Les syndicats hostiles Ă la hausse des cotisations

Alors que se prépare la journée de grève et de manifestation du 24 juin, le secrétaire d’État à la Fonction publique Georges Tron exclut de compenser la hausse des cotisations retraites des fonctionnaires, prévue par la réforme à venir, par une hausse des salaires. Les syndicats sont très critiques.
“La question des retraites est, pour Éric Woerth et moi, déconnectée de celle des salaires”, a déclaré Georges Tron, secrétaire d’État à la Fonction publique, dans Le Figaro du 18 juin, indiquant qu’il n’était “pas question de compenser la première par la seconde. Cela reviendrait à annuler immédiatement l’effort légitime et progressif demandé aux fonctionnaires sur les retraites, ce que personne ne comprendrait.”
Le gouvernement prévoit un alignement en dix ans des cotisations des fonctionnaires sur le privé, qui passeront de 7,85 % à 10,55 %. Cet alignement devrait être progressif, avec une hausse des cotisations des fonctionnaires de 0,27 % par an. Quand on lui demande si le gouvernement tiendra ses engagements d’augmenter le point d’indice de la fonction publique (qui sert de base au calcul des salaires) de 0,5 % en juillet, Georges Tron répond : “S’il est important de tenir ses engagements, nous devons aussi être lucides sur l’état des comptes publics.”
Des propos qui font bondir les fédérations syndicales de fonctionnaires, alors que l’intersyndicale (CGT, CFDT, FSU, Unsa, Solidaires et CFTC) appelle à une grande journée de mobilisation le 24 juin pour protester contre le projet de réforme des retraites du gouvernement, qu’elle juge “injuste”. Et ce alors que des discussions entre gouvernement et syndicats débuteront le 25 juin sur la question des salaires des fonctionnaires.
“Replâtrages”
Pour Jean-Michel Nathanson, délégué général de Solidaires fonction publique, “ce n’est pas une surprise : le gouvernement applique les mêmes méthodes que les autres gouvernements européens. Après une baisse de 9 % depuis 2000, le pouvoir d’achat des fonctionnaires va continuer de diminuer”. Brigitte Jumel, secrétaire générale de la CFDT fonctionnaires, fait le même constat : “Malgré la mise en place de la garantie individuelle du pouvoir d’achat en 2008, le gouvernement ne procède qu’à des replâtrages en matière de pouvoir d’achat. L’alignement des retraites sur le privé n’est pas une mesure d’équité par rapport au secteur privé : on va demander davantage aux fonctionnaires sans rien obtenir en retour.”
“Ce n’est pas aux fonctionnaires de porter tout l’effort contributif de la nation, renchérit Élisabeth David, de l’Unsa. On demande aujourd’hui davantage à des fonctionnaires désorientés par les multiples réorganisations de services. Certes, la situation économique est particulière, mais nous n’avons pas extorqué les promesses faites par le gouvernement de réévaluer le point d’indice.”
Préserver le pouvoir d’achat
“Il faut une approche globale de la question des retraites en tenant compte de l’ensemble de la rémunération, estime Michel Moreau, le président de la CFTC fonction publique. Ainsi, certaines primes régulièrement versées aux agents ne sont pas prises en compte dans le calcul des retraites. La question du pouvoir d’achat des fonctionnaires est essentielle.” De son côté, Anne Baltazar, responsable FO fonctionnaires, dit ne pas fermer la porte à un alignement du taux de cotisation des fonctionnaires sur celui des salariés du privé, “seulement si cela n’induit pas une baisse du pouvoir d’achat des agents”.
Plus nuancé, Charles Bonissol, de la CFE-CGC (qui n’a pas appelé à manifester le 24 juin), admet qu’une hausse des cotisations retraites des fonctionnaires “peut se concevoir”, mais regrette une mesure “inéquitable”. “Retraites et salaires des fonctionnaires sont étroitement liés, affirme-t-il. Le gouvernement doit mettre en place un vrai système de retraite additionnel en déplafonnant le régime additionnel dans la fonction publique.”


















