22/01/2010
Parlement européen

Le secrétaire général place ses pions

EP 2007

Le secrétaire général du Parlement, Klaus Welle, tend à devenir le maître tout-puissant de la machine administrative de l’hémicycle européen.


La nouvelle a fait l’effet d’une douche froide lorsque les fonctionnaires et agents du Parlement ont appris que le secrétaire général adjoint en poste depuis 2007, le Britannique David Harley, démissionnerait le 1er mars prochain. Officiellement, le travailliste de 61 ans part en “retraite anticipée”. Argument peu convaincant, si l’on considère qu’étant présent dans les couloirs du Parlement depuis 1975, il aurait très bien pu achever sa carrière, en temps et en heure, confortablement installé dans son fauteuil de numéro deux de l’administration. En coulisses, personne n’est dupe. Les raisons de ce départ sont à chercher du côté de sa hiérarchie et plus exactement du côté du secrétaire général Klaus Welle.
Ce dernier reste un personnage énigmatique. Surnommé “K double U” ou “le Prince des ténèbres”, ce chrétien-démocrate allemand est parvenu en quelques années à développer dans l’ombre sa sphère d’influence parmi les eurodéputés et les fonctionnaires, à monter en puissance et à “placer ses hommes” un peu partout. Âgé de 44 ans, Welle a connu une carrière fulgurante. Il débarque au Parlement en 1994 directement comme secrétaire général du Parti populaire européen (PPE), après avoir officié à Bonn en tant que responsable du département politique étrangère et européenne de la CDU. Il monte rapidement un cran au-dessus, en devenant dès 1999 secrétaire général du groupe PPE au Parlement, le premier en nombre de sièges. Ensuite, de 2004 à 2007, il est directeur général des politiques internes avant de passer chef de cabinet du nouveau président du Parlement, le chrétien-démocrate allemand Hans-Gert Pöttering, jusqu’en 2009. Sans surprise, le poste suivant ne pouvait être que le plus important de toute l’administration : celui de secrétaire général, qu’il occupe depuis mars.

La main sur la com’
Dès son arrivée, les rapports sont tendus avec le brillant David Harley, fin connaisseur de la machine et animal politique (il a notamment le soutien du Labour). “KW” décide de neutraliser son adversaire et de reprendre à son compte des dossiers capitaux, comme l’organisation et le suivi de la Conférence des présidents de groupes politiques, organe politique suprême, et du Bureau, l’instance composée du président et des quatorze vice-présidents du Parlement, chargée de dossiers administratifs très importants, comme le statut des assistants. Le poste de Harley est vidé de sa substance, ce dernier choisit de quitter le navire.
L’épilogue montre toute l’habileté de Welle, mais aussi à quel point les frontières entre l’administratif et le politique deviennent poreuses passé un certain stade. Car, depuis, les fonctionnaires ont appris que le successeur de Harley sera l’actuelle directrice générale de la communication, la Napolitaine Francesca Ratti, marquée à gauche. Un cadeau empoisonné pour celle qui fut, au début de sa carrière administrative, au sein de l’ancêtre de la Gauche unitaire européenne ? Welle aurait-il exercé son influence sur le Bureau pour la placer à ce poste afin de la maintenir sous son contrôle et de mettre à sa place, à la stratégique direction générale de la communication, un allié ?
La question mérite d’être posée, si l’on considère que c’est la conservatrice espagnole Juana Lahousse, jusqu’à présent directrice générale de la traduction, autrefois dans les petits papiers d’Aznar, qui reprend le poste de Ratti. Et si l’on considère que le secrétaire général vient de réorganiser entièrement le service de presse du Parlement. Reste à savoir si Francesca Ratti se laissera faire ou si les députés décideront de réagir.
Célia Sampol, à Bruxelles

 

 


Un Français aux manettes

Dans la foulée des nominations liées au traité de Lisbonne, les dirigeants européens ont choisi le Français Pierre de Boissieu comme nouveau secrétaire général du Conseil de l’Union européenne. Ce haut fonctionnaire chevronné, jusqu’alors secrétaire général adjoint du Conseil, semblait tout désigné pour hériter du fauteuil.
Arrivé en 1978 au cabinet du vice-président de la Commission, François-Xavier Ortoli, il rentre en 1984 à Paris pour cinq ans à la direction des affaires économiques du Quai d’Orsay, avant de reprendre le chemin du plat pays en 1993 pour le poste de représentant permanent de la France auprès de l’Union européenne, où il deviendra un poids lourd dans les enceintes obscures du Conseil et prendra notamment part à la rédaction des traités. Il restera à son poste jusqu’à l’été 2011.

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