22/02/2010
Jean-Michel Eymeri-Douzans

“« Copier-coller » un modèle étranger est impossible”

Pour Jean-Michel Eymeri-Douzans, professeur d’université à Sciences-Po Toulouse, si l'étude des exemples étrangers en matière de réforme de l'administration apporte des enseignements précieux, chaque pays doit tenir compte de ses spécificités culturelles.


La France peut-elle s’inspirer des exemples étrangers pour réformer son administration ?

Étudier et comprendre les grandes réorganisations des services publics à l’étranger ne peut que servir la réflexion de notre pays. Cela peut aussi permettre de casser quelques idées reçues. Ainsi, on apprend que la fonction publique fédérale des États-Unis s’est très peu réformée au cours des dernières décennies. Ou que la tradition des agences est très ancienne en Suède et ne date pas de la montée en puissance des idées du New public management dans les années 1980.

Le modèle des agences est-il applicable partout ?

L’idée de créer des agences à la place d’administrations classiques fait partie des préceptes du New public management. Nombre de pays ont opté pour cette solution en espérant dépoussiérer les anciennes structures, identifier davantage la destination des crédits publics et responsabiliser les gestionnaires avec des objectifs clairs. Le Royaume-Uni est de loin le pays qui a opéré la transformation la plus radicale de ce point de vue. La France a mis en œuvre ce modèle de façon plus limitée dans les secteurs sanitaires, sociaux, agricoles ou de protection des consommateurs. Mais il s’agit parfois davantage d’établissements publics changeant de nom que de réelle création d’agences en lieu et place de pans entiers de l’activité des ministères.

L’importation de réformes administratives n’est donc pas toujours aisée…


Les pays se sont toujours inspirés des pratiques de leurs voisins. Il n’y a qu’à penser à Napoléon, qui a copié l’organisation de l’armée prussienne, ou à l’ère Meiji au Japon, qui est revenue à moderniser le système juridique nippon en adaptant les codes des pays occidentaux. Mais il ne faut pas non plus croire qu’un simple “copier-coller” est possible. La mise en perspective des solutions est nécessaire. Exemple : il n’y a pas de dérives népotiques de la part des puissants directeurs d’agences suédois grâce à une culture de totale transparence sur l’utilisation des deniers publics dans ce pays. Je ne suis pas certain que la France serait totalement à l’abri de ce genre de pratiques si elle adoptait la même organisation…
Propos recueillis par L. F.

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