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Les collectivités face à la rigueur
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Contributions

23/10/2007 NON

Y a-t-il trop de profs en France ?

Leader de la Fédération syndicale unitaire (FSU), Gérard Aschieri est toujours en première ligne pour défendre les profs. D'aucuns prétendent que des milliers d'enseignants sont payés à ne rien faire. Il répond : "Beaucoup trop simpliste !"


Acteurs publics : Y a-t-il trop de professeurs en France ?
Gérard Aschieri :
Tout dépend de la nature de l'enseignement que l'on souhaite donner aux élèves. Dans l'organisation actuelle, non, il n'y a pas trop d'enseignants. Le chiffre souvent brandi de "32 000 profs qui ne sont pas devant les élèves" est par ailleurs largement trompeur. Il est le résultat du cumul de toute une série d'heures de différents professeurs. Le vivier de 32 000 personnes n'existe donc pas en tant que tel. Ces heures effectuées hors de la classe sont en outre loin d'être inutiles. Il s'agit de maintenance informatique, d'animation d'activités sportives le mercredi après-midi, de la gestion des laboratoires de chimie, etc. Les enseignants chargés de ces tâches ne sont donc pas payés à ne rien faire !

Le gouvernement devrait pourtant supprimer quelque 11 000 postes dans l'éducation nationale en 2008. Cela ne signifie-t-il pas qu'il y a des marges de manœuvre ?
Non, car en compensation, le gouvernement réfléchit à la suppression d'heures de cours. C'est bien le signe qu'il n'existe pas de professeurs en surplus. Le précédent ministre de l'Éducation, Gilles de Robien, l'avait constaté à la création des collèges "ambition réussite". Pour dégager 1 000 postes d'enseignants, il avait dû supprimer une demi-heure de cours par semaine aux élèves de cinquième et quatrième. Évidemment, en réduisant les horaires de cours, il est possible de supprimer des emplois d'enseignants. Une heure de moins à tous les niveaux du collège équivaut, selon nos calculs, à 6 000 postes à temps plein ; si cette heure est également retirée aux classes des lycées, la réduction atteint 12 000 postes.

Réduire les temps d'enseignement, est-ce une bonne manière de supprimer des emplois de professeurs ?
Cette question est très politique et mérite débat. L'enjeu en est la diversité de l'enseignement. La France est l'un des pays proposant le plus de cours de langues et d'options variées. Exemple : les élèves de l'Hexagone sont pratiquement les seuls au monde à bénéficier d'un enseignement de philosophie dès le lycée. Cette richesse explique la statistique du faible nombre d'élèves par professeur. On compte environ un enseignant pour douze élèves dans le second degré, parce que des classes de grec ou de chinois sont ouvertes pour peu d'élèves. Mais, dans les matières principales, les classes sont aussi peuplées que dans les autres pays développés.

Des études récentes montrent que la réduction du nombre d'élèves par classe n'est pas forcément un gage de réussite. Qu'en pensez-vous ?
Une étude très médiatisée va en effet dans ce sens. Mais d'autres chercheurs ont démontré qu'elle était largement biaisée et qu'il était finalement difficile de tirer des conclusions générales sur cette question. La seule réduction de la taille des classes n'est pas la solution. Il faut augmenter le nombre de profs dans les zones d'éducation prioritaire, développer le travail en équipe et être attentif à la formation des autres personnels éducatifs (conseiller principal d'éducation, conseiller d'orientation, proviseur, etc.). Et cesser de tailler dans les effectifs de l'éducation nationale.

Gérard Aschieri en six dates

1952 : naissance à Marseille
1974 : agrégation de lettres classiques
1974 : professeur au collège du Raincy (Seine-Saint-Denis)
1987 : secrétaire national du Syndicat national des enseignants de second degré (SNES) chargé des carrières et statut
2001 : élu secrétaire général de la Fédération syndicale unitaire (FSU)
2007 : élu pour la troisième et dernière fois secrétaire général de la FSU

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