24/08/2010
Étude Médiascopie

Les mots de la modernisation de l’État

Tester une série de termes auprès d’un panel de hauts fonctionnaires. Tel est l’objet de cette enquête exclusive réalisée par l’institut Médiascopie pour Acteurs publics.


Quelles sont les finalités de la modernisation de l’État ? Pour les hauts fonctionnaires, elle doit d’abord et fondamentalement viser à améliorer les services publics aux citoyens et aux entreprises, en particulier à travers la qualité de l’accueil. Mais la crise est passée par là, et si l’enjeu est d’adapter les missions de l’État aux défis du XXIe siècle, il s’agit de le faire en réduisant les dépenses, dans une optique de rétablissement de l’équilibre de comptes publics lourdement dégradés, en garantissant le bon usage de chaque euro dépensé.

Les finalités étant clairement établies, les moyens sont connus et, dans leur immense majorité, approuvés. Hormis l’impopulaire augmentation des impôts, la modernisation de l’État s’appuie, aux yeux des agents interrogés, sur le triptyque formation continue, évaluation des politiques publiques et mutualisation des moyens. L’action doit porter prioritairement sur la gestion des effectifs, la mobilité des agents et la poursuite de la réorganisation des services déconcentrés de l’État ou de la fusion des directions d’administration centrale.

Douloureuses mais importantes

Mais elle ne doit pas s’arrêter là. Elle doit faire feu de tout bois et ne pas négliger diverses actions de rationalisation et de réorganisation. La liste est des outils que les hauts fonctionnaires approuvent et projettent dans l’avenir est impressionnante : réduction du nombre de logements de fonction, ouverture des services publics le samedi matin et en nocturne, généralisation du référentiel Marianne (qualité de l’accueil), sans oublier le recours aux partenariats public-privé (PPP). Des mesures plus drastiques et globales d’économies budgétaires et de personnel, voire de gel des dépenses publiques, sont aussi envisagées. Pas de gaieté de cœur. Les cadres publics semblent les juger douloureuses mais importantes pour l’avenir.


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Ce qui ne les empêche pas – contradiction ou levier d’efficacité ? – de plébisciter la revalorisation des rémunérations des agents publics.
En fait, c’est surtout du côté des technologies de l’information que la modernisation de l’État semble devoir trouver son élan en même temps que son salut. Dans la panoplie de l’administration électronique, le “39-39”, le site Internet mon.service-public.fr ou la déclaration de revenus en ligne, parmi d’autres outils, sont plébiscités. Pour les agents publics, les choses sont claires : la modernisation des services publics ne se fera pas sans le passage de l’administration au numérique.

S’agissant des acteurs, les cadres publics interrogés jugent que les fonctions publiques de l’État, hospitalière et territoriale vont dans le sens de la modernisation, quand bien même la première fait figure de leader en ce domaine, tandis que la troisième est perçue moins en pointe, voire un peu en retrait. Même si, dans le détail, on s’aperçoit que les hauts fonctionnaires des trois fonctions publiques décernent à celle à laquelle ils sont rattachés un brevet d’exemplarité... “Charité bien ordonnée commence par soi-même”, dit-on… C’est là un signe que la modernisation de l’État incarne, aux yeux des fonctionnaires, la… modernité ! Monsieur de La Palisse n’aurait pas dit mieux. Mais ce n’était pas évident : la modernisation de l’administration s’impose désormais, sous le regard de l’opinion, comme un “must”. Le mouvement est lancé. Et il y a même une prime à ceux qui mènent la course en tête : plus un acteur est jugé allant dans ce sens, plus on estime qu’il jouera, à l’avenir, un rôle important. Gare à ceux qui traînent !

Conseils généraux à la traîne

À ce titre, il est intéressant d’analyser le jugement porté par les hauts fonctionnaires sur les organisations syndicales. Apparaît là un paradoxe : alors que la “culture du dialogue social dans la fonction publique” est un item bien noté, chacune des centrales, considérée en elle-même, est perçue comme freinant le mouvement plutôt que le facilitant. La grève des fonctionnaires n’a pas non plus franchement la cote. Elle est jugée comme un obstacle et placée dans le passé plus que dans le futur. Et quant à savoir si la Révision générale des politiques publiques (RGPP) est un risque ou une opportunité, les résultats de notre enquête sont sans équivoque. Avec un bémol non négligeable : le non remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite est mal vu, même si la redistribution de la moitié des économies réalisées par ce biais apparaît comme une opportunité qu’on entend bien saisir…

Concernant la question plus précise du maillage des services publics sur le territoire, plusieurs enseignements se dégagent. La réforme des collectivités territoriales, même si elle est moins cotée, est perçue adéquate à l’objectif poursuivi. Les conseils régionaux sont jugés bien plus “moteurs” que les conseils généraux qui, notés de façon légèrement négative, apparaissent comme bloquant le mouvement. Une mauvaise nouvelle ne vient jamais seule pour les défenseurs du département : le projet de leur suppression apparaît inscrit dans le sens de l’histoire, selon les hauts fonctionnaires, tout comme la controversée création du conseiller territorial.


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Hiérarchiser les actions

Dernier point, nous avons voulu savoir quel jugement les cadres publics portaient sur les grands chantiers en cours. La réforme de l’État est fortement approuvée. Celle des collectivités territoriales, tout comme l’autonomie des universités, sont également saluées et jugées importantes pour demain. La réforme des retraites des parlementaires est appelée des vœux des agents parce qu’elle serait un bon signal de modernisation et qu’elle leur apparaît, à terme, inéluctable. Sont également jugés inscrits dans le sens de l’histoire : l’instauration d’un service minimum dans la fonction publique, la refonte de la carte militaire, le Grenelle de l’environnement ou encore la réforme de l’hôpital.

Quelques grandes réformes, toutefois, sont nettement moins convaincantes : celle de la carte judiciaire, le Grand Paris, ou la réforme des retraites des fonctionnaires, inscrite pourtant dans l’avenir. Enfin, deux chantiers d’actualité sont notés négativement : le non remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite et la réforme de la formation des enseignants. On le voit, si la perspective de modernisation de l’État est populaire parmi ses premiers serviteurs et si la crise, sur ce sujet comme sur bien d’autres, a fait mûrir les esprits et renforcé la prise de conscience, tout changement ne se vaut pas pour autant. Il faut hiérarchiser les actions. C’est l’intérêt de cette enquête de donner des boussoles et de baliser les priorités.

Denis Muzet, président de Médiascopie

Lire aussi l'interview de François Baroin, ministre du Budget et de la Réforme de l'État

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