25/08/2010

Déficits : le pari impossible

par Pierre-Marie Vidal, directeur de la rédaction

Les dernières dĂ©cisions budgĂ©taires prises par le gouvernement – suppression de 10 milliards d’euros de niches fiscales, gel du salaire des fonctionnaires, annonce d’économies de dĂ©penses de 10 milliards sur trois ans, etc. – permettront-elles Ă  la France un retour Ă  un dĂ©ficit de 3 % du PIB en 2013, comme annoncĂ© ?

Pour y arriver, il faudrait, par le jeu de l’augmentation des recettes et la rĂ©duction des dĂ©penses, dĂ©gager quelque 100 milliards d’euros en trois ans.

Faisons les comptes.

Du cĂ´tĂ© de la RGPP, on escompte dorĂ©navant, entre 2009 et 2011, environ 6 milliards d’euros d’économies, dont 3 milliards d’économies de dĂ©penses de personnel reversĂ©s pour moitiĂ© aux intĂ©ressĂ©s, soit un gain budgĂ©taire net possible de 4,5 milliards. Et encore s’agit-il d’une version optimiste.

CĂ´tĂ© baisse des dĂ©penses, les 10 milliards d’euros d’économies par an seront-ils rĂ©ellement rĂ©alisĂ©s ? On peut en douter. En effet, le projet gouvernemental semble calibrĂ© pour atteindre ce volume en trois ans, soit seulement Ă  partir de 2013. Alors que la Cour des comptes estime que cet effort devrait ĂŞtre annuel dès 2011 et que pour y arriver, cela nĂ©cessiterait de tailler vĂ©ritablement dans le noyau dur de la dĂ©pense. C'est-Ă -dire ne pas se limiter Ă  la recherche d’amĂ©liorations Ă  la marge, mais procĂ©der, comme le recommande clairement la Cour des comptes, Ă  “la remise en question de l’existence mĂŞme de ces politiques et services publics”.

Enfin, le gouvernement annonce la suppression de 10 milliards d’euros de niches fiscales Ă  partir de 2011.

On peut discuter de chacun de ces chiffres mais, au total, le compte n’y sera pas. Ce sont tout au plus 45 milliards, c'est-Ă -dire Ă  peine 50 % des 100 milliards nĂ©cessaires Ă  la rĂ©duction des dĂ©ficits publics Ă  3 % du PIB qui seront, au mieux, rĂ©unis par ces mesures.

Reste l’espoir permanent d’une hypothĂ©tique reprise Ă©conomique qui viendrait par miracle remplir les caisses. Pour reconstituer un surplus de 50 milliards d’euros de recettes fiscales, il faudrait une croissance supĂ©rieure Ă  3 % pendant trois ans ! L’affaire s’annonce mal, au moment oĂą le gouvernement vient lui-mĂŞme de rabaisser ses prĂ©visions de croissance pour 2011 de 2,5 % Ă  2 %. LĂ  oĂą la plupart des Ă©conomistes s’accordent Ă  penser que la croissance ne sera que de 1,8 % !

Ne reste donc – si le gouvernement veut tenir sa promesse de retour Ă  un dĂ©ficit maĂ®trisĂ© – que la seule solution de l’augmentation des impĂ´ts bien au-delĂ  du rabotage des niches fiscales. Ă€ dix-huit mois de la prĂ©sidentielle, une telle mesure semble encore moins probable qu’une croissance annuelle de plus de 3 % de 2011 Ă  2013.

Ce qui est plus probable, c’est que l’engagement de rĂ©duction de nos dĂ©ficits publics Ă  3 % du PIB ne sera pas tenu et que, comme en 2008 et 2009, l’état des finances publiques des autres membres de l’Union ne s’étant sans doute pas amĂ©liorĂ©, on assistera Ă  une absolution gĂ©nĂ©rale au sujet des promesses de maĂ®trise budgĂ©taire non tenues des uns et des autres.

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