Déficits : le pari impossible

Les dernières décisions budgétaires prises par le gouvernement – suppression de 10 milliards d’euros de niches fiscales, gel du salaire des fonctionnaires, annonce d’économies de dépenses de 10 milliards sur trois ans, etc. – permettront-elles à la France un retour à un déficit de 3 % du PIB en 2013, comme annoncé ?
Pour y arriver, il faudrait, par le jeu de l’augmentation des recettes et la réduction des dépenses, dégager quelque 100 milliards d’euros en trois ans.
Faisons les comptes.
Du côté de la RGPP, on escompte dorénavant, entre 2009 et 2011, environ 6 milliards d’euros d’économies, dont 3 milliards d’économies de dépenses de personnel reversés pour moitié aux intéressés, soit un gain budgétaire net possible de 4,5 milliards. Et encore s’agit-il d’une version optimiste.
Côté baisse des dépenses, les 10 milliards d’euros d’économies par an seront-ils réellement réalisés ? On peut en douter. En effet, le projet gouvernemental semble calibré pour atteindre ce volume en trois ans, soit seulement à partir de 2013. Alors que la Cour des comptes estime que cet effort devrait être annuel dès 2011 et que pour y arriver, cela nécessiterait de tailler véritablement dans le noyau dur de la dépense. C'est-à -dire ne pas se limiter à la recherche d’améliorations à la marge, mais procéder, comme le recommande clairement la Cour des comptes, à “la remise en question de l’existence même de ces politiques et services publics”.
Enfin, le gouvernement annonce la suppression de 10 milliards d’euros de niches fiscales à partir de 2011.
On peut discuter de chacun de ces chiffres mais, au total, le compte n’y sera pas. Ce sont tout au plus 45 milliards, c'est-à -dire à peine 50 % des 100 milliards nécessaires à la réduction des déficits publics à 3 % du PIB qui seront, au mieux, réunis par ces mesures.
Reste l’espoir permanent d’une hypothétique reprise économique qui viendrait par miracle remplir les caisses. Pour reconstituer un surplus de 50 milliards d’euros de recettes fiscales, il faudrait une croissance supérieure à 3 % pendant trois ans ! L’affaire s’annonce mal, au moment où le gouvernement vient lui-même de rabaisser ses prévisions de croissance pour 2011 de 2,5 % à 2 %. Là où la plupart des économistes s’accordent à penser que la croissance ne sera que de 1,8 % !
Ne reste donc – si le gouvernement veut tenir sa promesse de retour à un déficit maîtrisé – que la seule solution de l’augmentation des impôts bien au-delà du rabotage des niches fiscales. À dix-huit mois de la présidentielle, une telle mesure semble encore moins probable qu’une croissance annuelle de plus de 3 % de 2011 à 2013.
Ce qui est plus probable, c’est que l’engagement de réduction de nos déficits publics à 3 % du PIB ne sera pas tenu et que, comme en 2008 et 2009, l’état des finances publiques des autres membres de l’Union ne s’étant sans doute pas amélioré, on assistera à une absolution générale au sujet des promesses de maîtrise budgétaire non tenues des uns et des autres.


















