26/01/2010
Collectivités locales

En guerre contre les discriminations à l’embauche

Peut mieux faire. C’est le constat que dresse la Halde, au vu des réponses de 102 grandes collectivités à un questionnaire sur la gestion de leurs effectifs. Exemple avec deux d’entre elles, qui font partie des bonnes élèves.


Aquitaine
Le CV anonyme à tous les étages


Depuis avril 2008, c’est incognito que les candidats à un emploi à la région Aquitaine se présentent. Cette idée a germé dans la tête de Naïma Charaï, conseillère régionale PS, qui en a fait une priorité sous la présidence d’Alain Rousset, également président de l’ARF. “Plutôt que de faire la leçon aux entreprises, nous avons décidé de nous appliquer à nous-même des règles de non-discrimination pour montrer l’exemple”, résume-t-elle. Les offres d’emploi émanant de la région mentionnent clairement que le demandeur doit répondre à l’adresse d’un prestataire extérieur, une association d’insertion, sélectionnée sur appel d’offres, qui se charge d’anonymiser les candidatures. Les candidatures spontanées qui sont reçues à la région sont aussi renvoyées dans la boîte aux lettres de ce prestataire.
Dans le détail, le prestataire supprime photo, nom, âge, sexe et adresse, ainsi que tous les loisirs qui seraient trop connotés “féminins” ou “masculins”. Ce n’est pas tout : les expériences d’une durée supérieure à deux ans sont marquées d’un astérisque pour montrer qu’elles ont une importance particulière dans l’acquisition des compétences requises pour le poste – les dates ayant été retirées pour éviter de pouvoir identifier l’âge du candidat. “Grâce à cet astérisque, les simples stages de quelques jours ne sont pas traités comme de vraies expériences”, souligne Stéphane Auzilleau, le directeur des ressources humaines. Une fois toutes les CV traités, ils sont renvoyés par le prestataire à la direction des ressources humaines. L’anonymat n’est levé qu’une fois que la ou les candidatures sont retenues.
La tentation de discriminer ne revient-elle pas au galop, une fois le mystère levé sur l’identité ? Stéphane Auzilleau, DRH, balaie l’hypothèse d’un revers de main : “il est beaucoup plus facile de jeter un C.V. au panier, que de discriminer lors de l’entretien”. Pour Naïma Charaï, conseillère régionale PS à l’origine de l’initiative, “le C.V. anonyme n’a pas d’autre ambition que de lever le frein à l’accès à l’entretien”. Ensuite, c’est au candidat de faire la différence.

En chiffres
- 150 euros : le coût pour 5 C.V. “anonymisés”
- 115 : le plus grand nombre de C.V. anonymes reçus pour une annonce
- 30 : le nombre de candidatures en moyenne entre 2008 et 2009, contre 23 en 2006
- 70 : le nombre de personnes recrutées en 2009.

Amiens
Des entretiens plus ouverts

La municipalité d’Amiens a fait de la lutte contre les discriminations à l’embauche un axe fort de sa politique de ressources humaines. En décembre 2008, une “mission égalité” a été mise en place, composée de trois agents, et un “code du recrutement” recensant les bonnes attitudes a été adopté. La ville s’est attelée à sensibiliser les agents en interne avec l’aide de consultants. 75 personnes ont été sensibilisées à la lutte contre les discriminations, et la totalité des 53 agents de la direction des ressources humaines.

Fin du piston

Les jurys d’entretien sont composés, si possible à parité hommes-femmes, et s’attachent à recruter les futurs agents de la manière la plus ouverte possible. La municipalité espère ainsi attirer de nouveaux profils. “Chaque entretien doit être mené selon une grille de critères prédéfinie et les oraux doivent tous avoir la même durée”, précise Jean-Claude Ester, le responsable de la mission égalité. La “mission égalité” n’intervient néanmoins que pour les postes stratégiques, de type emploi de cabinet, définis par la direction générale des services.
Le dispositif porte se fruits. “Nos pratiques ont réduit la tentation des candidats à s’autocensurer et l’idée du piston a disparu des esprits”, affirme le responsable de la mission égalité, qui ajoute que “les candidats sont sûrs d’être recrutés sur leurs compétences”. Une évaluation est actuellement en cours. En attendant, la ville dit vouloir poursuivre plus avant sa démarche, au nom de l’exemplarité. Les jurys de recrutement vont recevoir une véritable formation approfondie en 2010.

 

À la découverte des métiers
La mairie d’Amiens va mener une politique d’intégration en accueillant 100 jeunes durant un an dans les services de l’agglomération. L’objectif : leur faire découvrir un métier territorial et les orienter vers les concours de leur choix avec l’aide du Centre national de la fonction publique territoriale (CNFPT). Ces jeunes, en contrats aidés, ne seront en aucun cas traités comme de “simples stagiaires”, affirme-t-on du côté de la ville. Espérons-le.

Par Xavier Sidaner

blog comments powered by Disqus