Prépas intégrées : relancer l'ascenseur social

Inaugurées cette année, les classes préparatoires intégrées des écoles de la fonction publique visent à aider des candidats issus de milieux défavorisés à bachoter les concours.
ENA
La crème des étudiants chouchoutés
Pas facile d’intégrer la prépa intégrée de l’ENA, inaugurée en octobre dans les bâtiments parisiens de la plus prestigieuse école de la fonction publique. Pour se porter candidat, il faut glisser dans l’enveloppe un diplôme de master avec mention, être boursier de l’enseignement supérieur, avoir moins de 28 ans et surtout démontrer sa forte motivation devant un jury. Sur les 150 dossiers, seuls 15 ont été retenus : des étudiants brillants, issus de l’université ou des instituts d’études politiques (IEP). Plus de la moitié est née dans des familles issues de l’immigration. Deux ont grandi en outre-mer.
Pour les heureux élus, l’école a échafaudé un programme intensif de préparation aux épreuves de l’ENA, avec 21 heures de cours hebdomadaires. Coaching, interrogations orales et examens blancs vont rythmer l’année… jusqu’au concours de septembre. “Le groupe est déjà très soudé, affirme Bernard Boucaut, le directeur de l’ENA. Et puis, grâce à cet effectif réduit, les enseignants peuvent faire du sur mesure.” Histoire d’étudier dans les meilleures conditions possibles, les jeunes sont logés au Centre régional des œuvres universitaires et scolaires (Crous), à quelques pas de l’école, et se voient prêter un ordinateur. Des visites d’institutions, de ministères, d’expositions sont également à l’agenda, et chaque étudiant bénéficie de l’aide d’un tuteur en cours de scolarité à l’ENA.
Jeunes poulains
“L’idée, c’est de leur donner les mêmes chances que quelqu’un qui aurait accès à tout cela via sa famille”, commente Bernard Boucaut. Il espère ainsi que les futures promotions de l’école seront plus mélangées. La dernière promotion – 80 personnes – ne compte que deux enfants d’ouvriers et cinq d’employés… Reste que cet examen est considéré comme l’un des plus difficiles et que seules 40 places par an sont proposées aux candidats du concours externe. L’ENA incite donc aussi les étudiants de la prépa intégrée à se présenter aux concours de l’Institut national des études territoriales (Inet) et des administrateurs des assemblées. Mais le directeur ne souhaite pas que ses jeunes poulains s’éparpillent au-delà. Sa classe préparatoire a vocation à rester centrée “sur les concours A + +”.
IRA
Du sur mesure à Lille
Ils s’appellent Michaël, Djemila ou Anahit, et ils font partie, avec 24 autres élèves, de la première classe préparatoire intégrée de l’Institut régional d’administration (IRA) de Lille. Sélectionnés parmi 80 candidats, ces aspirants fonctionnaires, âgés de 23 à 44 ans, ont sept mois pour réviser et réussir le concours, qui leur ouvrira les portes d’un ministère ou d’une préfecture. Demandeurs d’emploi ou fraîchement sortis de l’université, ces futurs candidats sont majoritairement issus de milieux défavorisés de la région parisienne et du Nord-Pas-de-Calais.
Binôme
Le programme concocté par l’IRA de Lille est chargé. Jusqu’à fin décembre, ce sera des cours sur mesure dans les instituts de préparation à l’administration générale (Ipag) de Lille ou de Nanterre, à raison de 35 heures par semaine, puis un stage de deux semaines en administration, en binôme avec un élève de l’IRA. En janvier, toute la promotion se retrouvera à Lille, pour une session de méthodologie, avant les épreuves écrites de février. Dans la foulée, ces candidats seront entraînés pour les oraux, prévus en avril.
“Nous allons travailler sur leur manière de s’exprimer, d’organiser leur pensée, car c’est souvent cela qui leur fait défaut”, affirme Gilbert Elkaim, le directeur. Pendant cette période, ceux qui n’habitent pas Lille seront logés par le Crous, l’IRA prenant en charge les billets de train. L’ensemble de ce coaching sera-t-il efficace ? “Chaque IRA a conçu le programme de sa CPI, avec ses expérimentations. Ensuite, nous allons faire le bilan de ce qui marche le mieux”, explique Gilbert Elkaim. Pour les résultats, rendez-vous dans six mois.
Bercy
Des prépas “flashs” dans toute la France
Devenir inspecteur des Douanes, contrôleur des Impôts ou du Trésor, pourquoi pas ? Afin de diversifier le vivier de candidats à ces métiers, les ministères de l’Économie et du Budget ont lancé en 2009 quatre classes préparatoires à ces concours de catégories A et B. Quatre autres ouvriront leurs portes au début de l’année 2010.
Organisées à Tourcoing, Lyon, Toulouse, Montpellier ou Noisy, ces prépas rassemblent depuis la rentrée 69 élèves, sélectionnés parmi 150 dossiers, souvent proposés par des missions locales. Le profil type ? Des demandeurs d’emplois de 25 à 30 ans, qui souhaitent rebondir après une première expérience professionnelle. Ils sont issus pour la plupart de milieux défavorisés, 40 % d’entre eux résident en zones urbaines sensibles. Les cours, ultra-ciblés sur les épreuves, sont assurés par les formateurs internes de Bercy. Au programme, peu de matières fondamentales, mais des séances de résumé de texte, de notes de synthèse, des conseils méthodologiques, des galops d’essais, des oraux blancs…
Hébergement assuré
Pour le reste, aux étudiants de se prendre en main. Car, au total, le dispositif reste assez léger. Exemple : la classe prépa de contrôleur du Trésor (catégorie B), dispensée sur huit mois, propose en moyenne 4 heures de cours par semaine. Celle préparant à l’inspection des Douanes (catégorie A), à Tourcoing, est plus intensive, avec 10 heures hebdomadaires pendant trois mois. Et un hébergement assuré à tous les étudiants qui n’habitent pas la région.
Par Jessica Gourdon


















