“Porter la pensée française dans le monde”

Le président de l’Institut français prévoit une intégration complète du réseau en 2014 et appelle la France à ne pas se laisser distancer par la Chine.
Quel bilan faites-vous de cette première année de l’Institut français ?
Ma première satisfaction est d’avoir tenu les délais. Conformément à la loi du 27 juillet 2010, l’Institut français est en ordre de marche, avec un budget de 45 millions d’euros stabilisé sur trois ans, et une marque unique et forte qui commence à s’imposer. Le 1er janvier 2012, l’Institut français a intégré, comme prévu, 12 postes représentatifs de la diversité de notre réseau culturel. Au terme de cette expérimentation – si elle réussit –, nous intégrerons progressivement tous les postes du réseau. Ce qui portera, à l’horizon 2014, le budget global de l’Institut français à 160 millions d’euros.
Quelles différences avec Culturesfrance ?
L’Institut français reprend les missions et les agents de l’association Culturesfrance, mais avec un statut différent, celui d’Epic, sous la seule tutelle du ministère des Affaires étrangères, et non plus du ministère de la Culture, avec des missions élargies. Aux activités traditionnelles en matière d’échanges artistiques, s’ajoutent les missions de promotion du cinéma, du livre, de la diffusion des savoirs et de la langue française, ainsi que tout ce qui relève, selon les termes de la loi, du “débat d’idées”. L’Institut français a vocation à porter la pensée française dans le monde. Nous sommes clairement au service de la stratégie diplomatique et nous veillons à la formation des agents qui y concourent.
Quelle est votre vision de la diplomatie culturelle ?
C’est une invention française, née à la fin du XIXe siècle. L’historien Pierre Renouvin parlait de “forces spirituelles”. Aujourd’hui, on évoque plus volontiers le soft power, qui joue un rôle de plus en plus considérable. Les États-Unis et la Chine l’ont bien compris. Les Chinois prévoient d’ouvrir 300 centres culturels dans les cinq ans à venir. Ils en ont déjà créé 200. En deux ans, ils ont constitué un réseau plus vaste que celui que nous avons mis plus d’un siècle à construire !
La France a-t-elle les moyens de ses ambitions ?
La France garde une influence intellectuelle et culturelle plus forte que sa puissance économique ou industrielle. Mais face à des pays en pleine conquête, se pose la question du financement de notre diplomatie d’influence. Pour tenir compte de ses missions élargies, l’Institut français a été doté d’un budget de 45 millions d’euros – près du double de celui de Culturesfrance – stabilisé sur trois ans. La rationalisation du réseau peut générer quelques économies d’échelle, dans un contexte budgétaire global assez tendu.
Vous avez fait du numérique l’un des piliers de votre stratégie. Pourquoi ?
C’est un enjeu majeur en termes de diffusion. Avec la plate-forme IF Cinéma, par exemple, le réseau des instituts français et des alliances françaises a accès à un catalogue de 100 films sous-titrés en sept langues. Et parce que le numérique nous permet d’avoir une véritable ligne éditoriale dans l’ensemble du monde. Sur le débat d’idées, nous devons définir nos sujets. C’est un élément majeur de notre stratégie. C’est même un combat essentiel.
Propos recueillis par Sabine Germain et Laurent Fargues
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