26/06/2008
Traité de Lisbonne

Les trois chantiers de l'administration européenne

D’intenses négociations ont lieu en coulisse entre les États membres pour nommer les responsables des trois futurs postes clés de l'Union : président de la Commission, Haut représentant aux Affaires étrangères et président de l'Union. Leur issue aura aussi des conséquences sur l'administration européenne et le travail des fonctionnaires.


La mise en œuvre concrète du traité de Lisbonne – quelque 40 mesures "techniques" n’ont pour l’heure pas trouvé de réponses – va avoir un impact sur le travail quotidien des agents de Bruxelles. Commission, diplomatie, présidence de l'Union… Ces trois institutions voient leur organisation bouleversée par le nouveau traité. Au-delà de la création de deux nouveaux postes emblématiques – président stable du Conseil européen et nomination d’un chef de la diplomatie européenne qui deviendra également le vice-président de la Commission européenne –, c’est toute l’architecture institutionnelle qui est en jeu, sur fond de luttes de pouvoir. Petit inventaire des changements annoncés pour les fonctionnaires européens.

1. L'administration du nouveau Président

Pour le président du Conseil européen, deux scénarios se dessinent. Se contentera-t-il uniquement de préparer l’ordre du jour des réunions trimestrielles des chefs d’État – ce que souhaitent de nombreuses capitales – ou bien aura-t-il vocation à incarner l’Union sur la scène internationale ? Dans le premier cas de figure, le futur président du Conseil n’aurait besoin que d’un secrétariat réduit et devrait surtout compter sur les forces vives du Conseil. Dans la seconde hypothèse, le président de l’Europe devrait disposer d’une équipe élargie, avec des recrutements spécifiques, en étroite coordination avec le futur Haut représentant pour la politique étrangère de l’Union.

2. Un service diplomatique européen

C’est le second enjeu stratégique de l’Union. Si les Britanniques ont refusé que le Haut représentant soit nommé "ministre" des Affaires étrangères, ce dernier sera jaugé à l’aune des pouvoirs que les États auront bien voulu lui concéder, via la création d’un véritable service diplomatique européen. Sur le papier, le futur chef de la diplomatie servira à la fois les intérêts des États et représentera l’intérêt général européen en tant que vice-président de la Commission. Logiquement, il deviendra donc le patron de la puissante Direction générale des relations extérieures (Relex) et des "ambassades" de la Commission à travers le monde (près de 7 000 fonctionnaires). Côté Conseil, le chef de la diplomatie devrait aussi s’appuyer sur des diplomates mis à sa disposition par les États. La France en "prête" actuellement une dizaine au Conseil de l’Europe, mais ce chiffre pourrait doubler à terme. Reste une question : quid de l’état-major militaire européen dans le cadre de la politique européenne de sécurité et de défense ? Tout laisse penser que les États conserveront la haute main sur les questions de défense. Mais comment et dans quel cadre ?

3. Une nouvelle catégorie de fonctionnaires

Troisième chantier : qui nommera et comment seront nommés les futurs diplomates européens ? Un haut fonctionnaire s’interroge : "Faudra-t-il créer une véritable autorité, investie du pouvoir de nomination, avec un budget qui lui serait propre ?" Si tel est le cas, n’assisterait-on pas à la création d’une nouvelle institution, un État dans l’État ? "Rien n’est réglé", constate un diplomate. Pour l’instant, les Vingt-sept semblent toutefois d’accord sur deux grandes tendances : éviter les doublons et rationaliser les dépenses. Mais les questions sensibles de l'autonomie et de la coordination du futur service diplomatique européen ne seront tranchées qu’en fin d'année. Au plus haut niveau.

Christophe Garach, Ă  Bruxelles

 

Les favoris et les outsiders des postes clés

Ce sont les eurodéputés qui choisiront et éliront pour la première fois le futur président de la Commission européenne. Si c’est la droite qui gagne les élections européennes, José-Manuel Barroso aura toutes les chances de rempiler pour un second mandat. Mais si tel n’est pas le cas, c’est la gauche qui imposera son poulain. Le socialiste danois Poul Nyrup Rassmussen serait alors bien placé.
C’est encore le Parlement qui validera la nomination du futur chef de la diplomatie européenne. Hypothèse de plus en plus probable : fin décembre, les Vingt-sept devraient prolonger le mandat actuel de l’Espagnol Javier Solana. Jusqu’aux élections européennes, pour proposer ensuite un nouveau candidat. Mais qui ? Pourquoi pas l’ancien Premier ministre suédois Carl Bildt ?
Quant au choix du futur président du Conseil européen, toutes les options sont sur la table. Début mai, la France a reconnu que la candidature de Tony Blair était "cramée" et constaté que le Luxembourgeois Jean-Claude Juncker avait toutes ses chances… À moins d’un échange de dernière minute : Juncker devenant finalement le président de la Commission et Barroso le nouveau président du Conseil. Mais attention aux noms qui sortent trop vite du chapeau… Et une candidature française ? Même Nicolas Sarkozy semble s’être résolu à jouer profil bas. Quitte à imposer plus facilement un Français à un autre poste stratégique. Comme Michel Barnier au poste de commissaire européen au Marché intérieur.

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