“La signature française demeure solide”

Professeur d’économie à Paris Ouest Nanterre La Défense, Michel Aglietta estime que le “triple A” de la France n'est pas menacé à moyen terme.
Peut-on évaluer les dettes des pays comme celles des entreprises ?
Il est bien plus délicat d’évaluer la santé financière d’un État que celle d’une entreprise. Les pays ne sont pas des agents économiques comme les autres. Les États sont souverains et ont donc une durée de vie présumée infinie. Ils n’ont pas à rembourser leur dette, mais à la rendre soutenable, c’est-à-dire à faire en sorte qu’elle n’augmente pas indéfiniment en pourcentage du PIB. Juger la capacité et la volonté d’un État à maîtriser la dette publique pour qu’elle reste soutenable requiert de prendre en compte des paramètres multiples et passe sans doute par une certaine dose de subjectivité. Faut-il évaluer le seul état des finances publiques ou plus largement la situation macroéconomique du pays, puisque les États augmentent leur dette pour faciliter le désendettement des acteurs privés comme ils l’ont fait massivement après la crise financière ? Les agences de notation n’ont pas réellement répondu à cette question.
Les agences de notation parviennent-elles à anticiper les défauts de paiement des États ?
L’expérience montre que les agences ont plutôt tendance à dégrader la note d’un pays une fois que la défiance des marchés est avérée et non avant. En d’autres termes, leur attitude est largement suiviste par rapport aux investisseurs, alors qu’elles devraient jouer un rôle de vigie. Leurs analystes devraient être capables d’aller au-delà des artifices comptables auxquels peuvent avoir recours les pays, ce qui ne semble pas avoir été le cas dans l’exemple de la Grèce.
Le creusement de l’endettement de la France va-t-il conduire à une dégradation de sa note ?
Pas nécessairement, dans la mesure où les agences prennent en compte des critères plus larges. La relative bonne résistance de l’économie française face à la crise, grâce aux prestations sociales, est un bon point. De même, les agences se sont aperçues ces derniers mois que le seul niveau de l’endettement public n’était pas pertinent pour jauger la santé financière d’un pays. Il faut y ajouter l’endettement privé ! Or, en additionnant les deux, la situation de la France n’est pas en décalage avec la plupart des pays développés qui affichent une dette nationale brute comprise entre 180 % et 230 % du PIB. C’est pour cette raison que je pense que la France ne perdra pas son “triple A”. La signature de la France demeure solide. En tout cas, à moyen terme.
Propos recueillis par Laurent Fargues


















