27/01/2012
Santé

Les cliniques privées à la tête d'hôpitaux publics endettés ?

La Fédération de l'hospitalisation privée veut gérer les hôpitaux publics endettés, qu'elle estime plongés dans une "culture du déficit". C'est une "insulte au service public hospitalier", répondent les hôpitaux publics.


"Déficits, endettement, gaspillages, gabegie : hôpital, état d'urgence ?" Tel était le titre choc de l'intervention, le 26 janvier, des présidents de la Fédération de l'hospitalisation privée (FHP) et de sa branche médecine-chirurgie-obstétrique (MCO), Jean-Loup Durousset et Lamine Gharbi. Leur objectif : permettre aux établissements privés de santé d'assurer la gestion des hôpitaux publics français en déficit. Dans ce but, Jean-Loup Durousset et Lamine Gharbi demandent au ministère de la Santé de publier la liste des hôpitaux publics en déficit au cours des cinq dernières années et le montant des subventions dont ils ont bénéficié pour combler leurs dettes.

"L’hôpital public doit devenir plus efficient pour trois raisons, souligne Lamine Gharbi. Il coûte cher à la collectivité dans son fonctionnement quotidien, il est plongé dans une culture du déficit d’exploitation et, enfin, il fait gonfler la dette sociale aux frais des cotisants sociaux sans s’interroger sur son fonctionnement : recrutement de fonctionnaires, absentéisme record." La solution : confier la gestion de ces établissements au privé. "Nous sommes prêts à aider dans leur gestion les hôpitaux déficients voire à en assumer la gestion financière, comme cela se fait déjà ailleurs en Europe, en Suède ou en Grande-Bretagne par exemple", avance le président de la branche MCO.

La Fédération de l'hospitalisation privée regroupe 1100 établissements de santé qui, à en croire ses deux présidents, percevraient 28% de moins que les hôpitaux publics pour des soins identiques. Depuis 2007, dénoncent-ils, le déficit cumulé des hôpitaux s’élève à environ 3 milliards d’euros et en sept ans l’encours de leur dette a plus que doublé, passant de 10 milliards à 24 milliards d’euros. Et de rappeler des "gaspillages et dysfonctionnements" pointés par les chambres régionales des comptes mais "apparemment, cela n’émeut personne et tout continue comme avant"

Enjeu de campagne

Cette charge de la FHP fait bondir la Fédération hospitalière de France, institution qui défend les intérêts des hôpitaux publics français. La FHF fustige une "vision mercantile" et "absurde" car "la santé n'est pas un marché". Et d'ajouter : "Elle est surtout une insulte au service public hospitalier, aux missions qu'il assure chaque jour et à l'engagement de ses personnels." La FHF insiste sur l'indispensable maintien d'une offre de soins "accessible, moderne, juste et solidaire" supposant la mise en place, "autour du patient, d'un service public de santé, réunissant l'ensemble des acteurs de soins, de prévention et de suivi, autour des mêmes valeurs de service public et garantissant la pérennité ainsi que la permanence de l'offre".

Ce match de ping-pong entre les deux fédérations intervient alors que le rythme de la campagne présidentielle s'accélère. La santé s'impose comme l'un de ses enjeux majeurs.

Sylvain Henry

Lire aussi : l'interview de Frédéric Valletoux, président de la Fédération hospitalière de France, sur les propositions de la FHF pour la présidentielle (janvier 2012)

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