Les Français bien implantés à Bruxelles

Le déclin de la France en Europe est un mythe au regard du nombre de fonctionnaires dans les institutions communautaires.
L’âge d’or de l’influence française au sein des institutions de l’Union européenne serait-il révolu au profit d’un modèle anglo-saxon devenu prédominant ? C’est l’impression qui se dégage de certains articles et propos d’observateurs du microcosme européen. Pour d’autres, ce sentiment n’est pas fondé.
La Fondation Robert Schuman, qui mène des études sur l’Union depuis sa création en 1991, vient de publier un rapport démontrant, chiffres à l’appui, le contraire. Les auteurs, Thierry Chopin et Marek Kubista, constatent que les Français conservent de “nombreux postes importants, à la fois politiques et administratifs” dans les trois principales institutions.
À la Commission par exemple, ils occupent quantitativement la première place au sein des cabinets des commissaires avec 23 membres répartis dans 20 cabinets. À côté, les Allemands détiennent 22 postes dans 19 cabinets et les Britanniques sont 18 dans 13 cabinets. Cette bonne représentation est capitale d’un point de vue politique, soulignent les professeurs, car les membres des cabinets sont les “conseillers” directs des commissaires.
Du côté du Conseil, le poste stratégique de secrétaire général est, depuis le 1er décembre et jusqu’en 2011, entre les mains du Français Pierre de Boissieu, ce dernier ayant été pendant dix ans secrétaire général adjoint du Conseil. Le nouveau président stable du Conseil européen, le Belge Herman Van Rompuy, a choisi comme cheffe de cabinet adjointe la Française Odile Renaud-Basso.
Le rapport montre que c’est finalement au Parlement que l’influence des Français est la plus faible. S’ils conservent la tête du groupe de centre-droit majoritaire à l’assemblée, avec l’Alsacien Joseph Daul, et la coprésidence du groupe des Verts, avec le populaire Daniel Cohn-Bendit, ils n’ont obtenu que trois présidences de commissions et une présidence de sous-commission à la suite des élections de juin.
Le nombre de coordonnateurs français est d’autre part limité à 11 contre 30 Allemands et 34 Italiens, alors que ces postes sont essentiels pour “former la position des groupes sur une proposition de la Commission”. Sans compter que la France n’a décroché aucun des 14 sièges de vice-présidents du Parlement.
Le hic de la langue
Au total, sur les 40 000 fonctionnaires européens, les Belges sont les plus nombreux (de fait, c’est le pays hôte), tout de suite suivis par les Français puis les Italiens. La France comptabilise 4 572 agents soit 10,8 % des effectifs, avec notamment le plus grand nombre d’administrateurs et de directeurs généraux dans les trois institutions. Le discours sur le déclin français doit donc être nuancé, concluent les auteurs, car il apparaît comme “largement excessif et partiellement infondé”.
Interrogé à ce sujet, le porte-parole de la Commission pour l’administration, Michael Mann, estime que ces bons chiffres pour la France s’expliquent par le fait qu’il s’agit d’un “grand pays, l’un des fondateurs de l’Union européenne, avec une bonne réputation pour la formation de ses fonctionnaires et une tradition d’énarque”.
Toutefois, une telle présence n’est pas forcément signe de “pouvoir” pour la France dans la mesure où les fonctionnaires ne sont pas au service de leur pays d’origine. “Moi, par exemple, je suis Britannique, mais je ne travaille pas pour mon pays, je travaille pour la Commission, poursuit le porte-parole. Bien sûr, tout le monde a une histoire, une formation et on n’échappe pas à son passé, mais dans l’ensemble les fonctionnaires essaient de respecter cet esprit.”
Depuis son arrivée en 2002 à la Commission, Michael Mann a néanmoins remarqué que l’usage du français a clairement décliné, notamment avec l’intégration de douze nouveaux pays. C’est peut-être ce qui donne cette impression de perte d’influence à certains Français. L’étude de la Fondation Robert Schuman tire le même constat. Les fonctionnaires issus des pays d’Europe centrale et orientale utilisent en effet massivement l’anglais. En réunion, on parlerait désormais à 70 % anglais et 30 % français. What a pity !
Célia Sampol, à Bruxelles
Des porte-parole so english
Jusqu’en 1995, les journalistes de la salle de presse de la Commission étaient seulement autorisés à poser leurs questions en français. Ce temps est révolu et la langue française – comme toute autre langue à l’exception de celle de Shakespeare – n’est plus prioritaire au sein du service du porte-parole chargé de répondre tous les jours à la presse. Dans la nouvelle équipe mise en place avec la Commission Barroso 2, sur une trentaine de porte-parole, sept sont Britanniques et quatre Irlandais, contre trois Français. Et encore, les anglophones “de langue maternelle” devaient au départ être vingt ! Si la plupart d’entre eux parlent assez bien français, certains ne sont pas entièrement bilingues et doivent fréquemment basculer vers l’anglais. L’Association de la presse internationale a déjà protesté pour conserver le régime bilingue en salle de presse.


















