Les premiers pas des services publics sur le mobile

Le gouvernement veut développer l’administration numérique sur le téléphone portable. Un démarrage en douceur.
Nathalie Kosciusko-Morizet, secrétaire d’État au Développement de l’économie numérique, ne vit plus sans son iPhone. Lors d’une récente conférence de presse, elle n’hésitait pas à surfer sur son mobile, mettant même à jour sa page Twitter, suivie par 40 000 personnes. Effet de mode ? L’utilisation d’Internet depuis le téléphone portable ressemble plutôt à une tendance de fond.
D’après certaines études(1), le mobile sera le premier mode d’accès au web en 2020. Alors que la quasi-totalité des Français sont équipés d’un portable (91 %), un tiers s’en servent pour naviguer sur Internet (en hausse de 24 % en un an) selon une étude Ipsos(2). Parmi ces derniers, 58 % a souscrit à des forfaits avec accès à Internet illimité. Dans ce contexte, rien d’étonnant à ce que l’administration numérique partent à la conquête de ce nouveau champ.
Concrètement, qu’existe-t-il aujourd’hui ? Pas grand-chose. La première réalisation tangible est toute récente. Il s’agit du portail gouvernemental Proxima, lancé le 18 février (www.proximamobile.fr). “Une première européenne”, se félicite Nathalie Kosciusko-Morizet, fière d’annoncer que les États-Unis “lanceront leur Proxima dans six mois”. Le nouveau site propose une série d’applications de services publics, à télécharger gratuitement sur son téléphone.
Aujourd’hui, 24 applications sont disponibles. On trouve, par exemple, un programme du ministère des Affaires étrangères permettant aux touristes de se renseigner sur la sécurité du pays visité ou une application du ministère de la Culture et de la BnF (Culture Clic) recensant les horaires et conditions de visites des monuments et musées nationaux. Une autre permet aux parents de s’informer sur le contenu des jeux vidéos et de vérifier s’il est approprié à l’âge de leurs enfants. L’Élysée rentre aussi dans la danse et a inauguré sa propre application le 29 janvier. Une déclinaison du site web donnant accès aux discours, à l’actualité et aux communiqués du Président et des ministres.
10 millions d’euros
Dans les mois qui viennent, d’autres services publics vont s’ajouter à la gamme proposée sur Proxima. À commencer par les applications sélectionnées par l’appel d’offres lancé l’été dernier par le gouvernement. Les 68 start-ups, administrations ou établissements publics qui ont remporté la mise se sont partagé une cagnotte de 10 millions d’euros pour développer leur projet.
Parmi les lauréats, La Poste inaugurera son application très prochainement. MobiPof aussi, déclinaison mobile du portail www.orientation-formation.fr, rassemblera des données sur les possibilités de formations pour les jeunes, les salariés ou les demandeurs d’emploi. En mai, l’application du ministère de la Justice, Mobidroit, proposera des informations de première nécessité en matière d’accès au droit et d’assistance, ainsi que des fiches pratiques. En juillet, Légimobile mettra à disposition des “mobinautes” une interface simple et dépouillée du site Légifrance.
Micro-paiement
Mais le portail Proxima ne rassemble pas seulement des applications issues des ministères ou des établissements publics. Les collectivités sont également invitées à proposer leurs “Mob-guichets”. Les pionnières ? La ville de Rennes, qui permet aux utilisateurs de smart-phones de localiser les services publics de la ville et d’obtenir des informations sur les activités sportives ou pour les enfants. La mairie de Bordeaux, qui a choisi de se focaliser sur son agenda culturel, recense tous les évènements, concerts ou festivals des alentours.
Outre le développement d’applications, l’État pourrait profiter du téléphone portable pour entrer dans une nouvelle ère de relations avec l’usager. C’est en tout cas ce que souhaite Franck Riester, député UMP, à la tête du comité d’experts qui a rendu un rapport sur l’avenir de l’administration numérique le 12 février. Ses propositions sont en cours d’arbitrage, mais dans tous les cas, leur financement devrait puiser dans les réserves du Grand emprunt. Ainsi, dans les années à venir, la géo-localisation des services publics pourrait permettre de trouver facilement la caisse d’allocations familiales ou le centre des impôts le plus proche et d’être mis en relation directe.
Autre évolution suggérée : le remplissage de formulaires via le mobile (par exemple, sa déclaration d’impôts pré-complétée) sans avoir besoin de rentrer l’ensemble de ses coordonnées, la carte SIM pouvant authentifier l’identité de l’administré. Le portable ouvre aussi aux administrations la possibilité de diffuser des messages personnalisés, en envoyant un SMS à une personne pour lui rappeler son rendez-vous avec Pôle emploi le lendemain ou pour l’informer que sa nouvelle carte d’identité est disponible en préfecture.
“On pourra aller plus loin, en créant des alertes pour prévenir que son passeport va expirer dans six mois”, projette Nathalie Kosciusko-Morizet. Dernière voie à explorer : le micro-paiement. Le comité d’experts envisage de permettre aux automobilistes de payer leurs parcmètres grâce à leur mobile.
Dans la liste des propositions du comité d’experts, une a particulièrement retenu l’attention du gouvernement. Il s’agit de la plateforme “État-Lab”. Sur le modèle d’Apple, cet outil permettra à des internautes développeurs de co-concevoir bénévolement des applications de service public, grâce à un ensemble d’outils. Une manière de démultiplier le nombre d’applications rapidement et d’être toujours plus innovant.
Pour cela, encore faut-il mettre à la disposition des développeurs un certain nombre de données ministérielles. C’est tout l’enjeu de la création d’une grande base en ligne recensant l’ensemble des chiffres et statistiques officiels (justice, santé, éducation, etc.). “Ce n’est pas facile à mettre en place, nous aurons quelques mois de retard, reconnaît Nathalie Kosciusko-Morizet, mais nous le ferons”. Le site américain “data.gov”, lancé en mai 2009, a donné l’exemple. Il a été suivi, en janvier dernier, par le gouvernement britannique. La France n’a plus qu’à prendre le train en marche.
Jessica Gourdon
(1) Etude menée par Pew Internet & American life project et Elon University
(2) Etude pour l’Association française du multimédia mobile (2009)
Les “Mob-services” dans les cartons
En cours
> Multiplier le nombre d’applications de services publics sur le portail Proxima (www.proximamobile.fr)
> Créer une plateforme État Lab, qui permettra à des internautes de co-construire des contenus. Le modèle : l’Apple store, qui a fait travailler 125 000 développeurs bénévoles pour créer de nouveaux services innovants.
> Permettre aux employeurs de réaliser leur déclaration unique d’embauche en deux saisies sur leur mobile. La moitié des données demandées seront supprimées. Un prototype sera lancé en juin 2010. Généralisation prévue fin 2010.
En projet
> Développer l’envoi par les administrations de SMS d’alertes, géo-localisation, des services publics, création d’un “coffre-fort numérique” rassemblant l’ensemble de ses données personnelles, accessibles depuis un mobile.
> Permettre aux usagers de créer leur page “mon.service-public.fr” avec des “widgets” (modules) personnalisés, sur le modèle de Netvibes. La rendre consultable depuis le mobile.


















