30/04/2009
Santé

Quand les hĂ´pitaux se marient

Recherche d’économies oblige, les hôpitaux sont de plus en plus nombreux à regrouper leurs moyens. Coup de projecteur sur trois expériences de fusion en cours.



Montbéliard et Belfort
Un site commun à l’horizon 2013

Deux hôpitaux de taille identique (750 lits environ) dans deux départements différents, éloignés de seulement 22 kilomètres. Le tout dans un bassin de population de 360.000 habitants. Au premier abord, la situation des établissements de Montbéliard et de Belfort, il y a dix ans, avait tout pour déboucher sur une guerre ouverte. D’autant plus que les rivalités politiques entre élus aggravaient les choses.

Et bien non. En avril 1999, les deux conseils d’administration des hôpitaux s’accordent sur le principe d’une direction commune. L’agence régionale d’hospitalisation (ARH) de Franche-Comté avalise ensuite le projet et la fusion devient effective le 1er janvier 2000. Mais le plus dur reste alors encore à faire. Il s’agit à partir de là de trouver un projet médical et un projet d’établissement communs. Les négociations se prolongent pendant quatre ans avant d’aboutir, en juin 2004 pour le projet médical, et en décembre de la même année pour le projet d’établissement.

"Aujourd’hui, tous les aspects techniques, administratifs et financiers sont surmontés. Les personnels médicaux et non médicaux ont l’habitude de travailler ensemble, indifféremment sur l’un ou l’autre site", explique Jean Schmid, directeur du Centre hospitalier de Belfort-Montbéliard. Les deux établissements envisagent même de regrouper en 2013 certains services sur un seul site, à mi-chemin entre les deux villes, à Trévenans (Territoire-de-Belfort). "Cette fusion doit permettre non seulement des gains financiers mais aussi des gains en qualité de vie. Un seul site, c’est deux fois moins de gardes, une meilleure gestion du personnel et une meilleure attractivité pour le personnel médical et soignant", affirme Jean Schmid.

Le futur hôpital réunira un important plateau technique de 770 lits et places (avec blocs opératoires, radiologie, urgences, laboratoire, etc.), ainsi qu’une base logistique commune (cuisine, blanchisserie, etc.). Une clinique mutualiste, regroupant deux cliniques privées, sera adjointe à ces bâtiments. Coût total de l’opération : quelque 350 millions d’euros. Le projet dépend encore de l’arbitrage du ministère de la Santé. Si la réponse est positive, les sites historiques seront redimensionnés. Les bâtiments les plus obsolètes seront rasés et les terrains, une fois nus, vendus. Quant aux bâtiments plus récents des deux sites, ils seront réaménagés en hôpitaux moyen et long séjours.

 

Parthenay, Bressuire et Thouars
Les spécialités médicales réparties

Le centre hospitalier du Nord Deux-Sèvres (CHNDS) est officiellement né en 1996. Dès cette date, il regroupait, sur le papier, les établissements de Bressuire, Parthenay et Thouars. Dans la pratique, la fusion sur le plan médical et logistique est une affaire de longue haleine qui se poursuit aujourd’hui. "Ce regroupement des structures était nécessaire, sinon primordial. Il a permis d’assurer la pérennité sanitaire dans un bassin de population de 150.000 habitants où il n’existait aucune structure hospitalière privée", souligne Annick Bonin, chargée de la communication au CHNDS.

Les actions ont notamment concerné le regroupement de la gynécologie-obstétrique et de la chirurgie orthopédique à Bressuire, le regroupement de la biologie à Thouars et celui de la logistique à Parthenay. La construction d’un magasin central à Parthenay, fort d’une flotte d’une centaine de véhicules qui alimente les trois sites, a précédé celle d’une cuisine centrale. Mise en service en 2001, celle-ci délivre, bon an mal an, près de 700.000 repas. "Cependant, cette fusion a montré ses limites. Elle manque de lisibilité pour les patients qui peuvent être pris en charge dans un hôpital pour un scanner et être transférés dans un autre pour y être opérés", concède Annick Bonin. D’autant que les transferts intersites sont à la charge du CHNDS, qu’il existe toujours 14 salles de bloc réparties sur les trois hôpitaux et que, "par conséquent, cette configuration favorise les doublons dans les effectifs".

Toujours à la recherche de la meilleure efficience économique, les élus, praticiens hospitaliers et représentants des usagers ont décidé, en 2005, de construire un plateau technique sur la commune de Faye-l’Abbesse (1.000 habitants), proche de Bressuire et située au barycentre des populations concernées. Fort de 316 lits et d’un plateau technique, ce nouvel établissement, qui regroupera notamment la chirurgie et l’obstétrique, devrait coûter 100 millions d’euros et ouvrir ses portes en 2013.

Le site de Bressuire sera alors fermé, tandis que ceux de Parthenay et de Thouars deviendront des "portes relais", afin de conserver l’offre de soins de proximité. "L’objectif est aussi de reconquérir quelques parts de marché et de modifier les habitudes d’adressage des médecins libéraux", affirme Annick Bonin. Le conseil général des Deux-Sèvres s’est engagé à débloquer des fonds pour construire de nouvelles voies d’accès. La sous-préfète de Bressuire, Véronique Lenoir, est chargée de coordonner le tout.

 

Brest et Carhaix
Une fusion qui passe mal

Les conseils d’administration du centre hospitalier de Carhaix-Plouguer (10.000 habitants) et du CHU de Brest (150.000 habitants) viennent de voter, à la majorité absolue, la fusion de leurs services. Entre les deux établissements, une heure et quart de route. Pas moins. "Le ministère de la Santé et l’agence régionale d’hospitalisation (ARH) ont bien fait leur travail", confie avec amertume un proche du dossier.

Christian Troadec, maire divers gauche de Carhaix et président du conseil d’administration de l’hôpital, s’insurge quant à lui contre cette "politique de déménagement du territoire qui remet en cause l’égalité d’accès aux soins pour 80.000 Bretons". L’édile peste aussi contre "le chèque en blanc" signé à l’hôpital de Brest. "On ne sait pas ce qui va nous arriver. Va-t-on conserver la chirurgie ? Notre maternité ? Le nouveau directeur de l’hôpital de Brest dit lui-même que ce serait une erreur de la conserver et aussi une erreur de la fermer", s’alarme-t-il. Christian Troadec aurait aimé que cette fusion puisse se réaliser autrement. "Mais le gouvernement, via l’ARH, nous a interdit de discuter quoi que ce soit. Cette fusion nous ayant été imposée, j’ai voté contre."

Le maire de Carhaix comprend d’autant moins cette décision que la maternité de sa ville réalise selon les années entre 250 et 300 naissances, avec un potentiel estimé à 550. Alors, pourquoi une telle décision ? Aux yeux de Christian Troadec, l’argument économique ne tient pas. Avec la tarification à l’activité (T2A), l’hôpital de Carhaix était bénéficiaire en 2006 et déficitaire en 2007. "Je reste très dubitatif, surtout quand je sais que c’est l’administration qui orchestre la classification des actes", déclare-t-il. L’élu ne cache pas qu’il a subi des pressions, et regrette le front politique d’abord uni pour conserver l’hôpital local, puis l’éclatement de cette belle union… "Alors même que la ville avait retrouvé le cercle vertueux de la croissance économique et démographique, l’État joue contre nous", se désole Christian Troadec.


Par Christophe Soulard-Coutand

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