31/08/2010

Droit d’expression des fonctionnaires

par Pierre-Marie Vidal, directeur de la rédaction

À l’occasion de la rentrée littéraire, Aurélie Boullet, alias Zoé Shepard, haute fonctionnaire, auteure d’un pamphlet dénonçant les dysfonctionnements d’une administration municipale imaginaire, a été sanctionnée par son employeur, le conseil régional d’Aquitaine “pour manquement à l’obligation de discrétion, manquement à l’obligation de réserve et comportement fautif à l’égard de sa hiérarchie”.

Une sanction pour avoir publiĂ© chez Albin Michel Absolument dĂ©-bor-dĂ©e ! ou le paradoxe du fonctionnaire, barrĂ© d’un bandeau : “Comment faire les 35 heures en… un mois”. Un livre qui dĂ©crit, sous une forme romancĂ©e et satirique, les lourdeurs d’un service administratif et caricature les fonctionnaires sans toutefois identifier ni l’institution concernĂ©e ni les personnes.

Une description imaginaire, mais tellement criante de vérité que les salariés du conseil régional d’Aquitaine s’étaient immédiatement reconnus. À tel point même que l’instance régionale a cru bon d’accompagner l’annonce de la sanction d’une déclaration en forme d’aveu : “Toute organisation publique ou privée est perfectible, y compris le conseil régional d’Aquitaine.” Reconnaissant donc la situation, l’institution aurait pu avoir plus de reconnaissance pour celle qui, finalement avec beaucoup d’humour, dénonçait des pratiques pourtant très préjudiciables au service public.

Un sens de l’humour visiblement non partagé. Dix mois d’exclusion, dont six avec sursis mais sans traitement ni droits à l’avancement, a finalement tranché Alain Rousset, le président PS de la région, alors que son conseil de discipline avait même proposé une exclusion de la fonction publique territoriale sans rémunération pendant deux ans pour un ouvrage qui, estime-t-il, “porte atteinte à la réputation des fonctionnaires et du service public”.

L’anecdote pourrait faire sourire. Pourtant, non seulement une telle décision couvre de ridicule ses auteurs, mais elle porte gravement atteinte à un droit d’expression qu’il est urgent de rendre aux fonctionnaires dans le cadre d’une vision modernisée de leurs fonctions.

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