Yves Colcombet, ex-directeur du projet “administration territoriale” auprès du Premier ministre, recevait, le 9 février, les membres du Club à l’hôtel de Cassini. Un rendez-vous d’une actualité brûlante avec un interlocuteur sans langue de bois.
En plein big-bang de l’administration territoriale, qui, mieux qu’Yves Colcombet, pouvait exposer aux membres du Club les tenants et aboutissants de cette réforme d’ampleur ?
Pendant deux ans, ce conseiller de la Cour des comptes a préparé avec minutie la transformation des préfectures et des services déconcentrés ministériels. Des changements qui se sont concrétisés le 1er janvier dernier. Depuis Matignon et en se déplaçant sur le terrain, il est entré dans les moindres détails d’une restructuration qui a conduit à revoir de fond en comble organigrammes, contours des services et implantations immobilières.
S’exprimant sans langue de bois, l’ex-patron de la Mirate* a dĂ©crit comment sa tâche a essentiellement consistĂ© Ă trouver une multitude de solutions Ă des problèmes très concrets. “Une telle rĂ©organisation nĂ©cessite d’effectuer en permanence un tas de petits arbitrages qu’il faut prendre rapidement afin de ne pas bloquer le proÂcessus.” Le volet immobilier est l’un des points cruciaux. En la matière, Yves Colcombet regrette que le patrimoine des ministères demeure trop cloisonnĂ© : les bâtiments de la justice, de la dĂ©fense et des finances publiques restant totalement indĂ©pendants.
Il espère en outre que l’outil informatique Chorus adoptera une logique de plus en plus interminisÂtĂ©rielle et facilitera Ă l’avenir les mutualiÂsations de dĂ©penses, avec la possibilitĂ© de les ventiler par services.
Portage politique
Sur le fond, le haut fonctionnaire a réaffirmé l’importance du portage politique des réformes administratives. L’impulsion venue de l’Élysée dans le cadre de la Révision générale des politiques publiques a été déterminante. “La création d’une mission à Matignon a aussi été un coup de génie pour surmonter bien des blocages”, ajoute-t-il. Mais la réforme de l’État s’inscrit dans la durée et les mécanos de la réforme doivent convaincre les responsables politiques du caractère stratégique de certaines décisions techniques, comme par exemple en matière de système d’information. Ou que les économies attendues demain exigent des dépenses supplémentaires aujourd’hui. Dernier enseignement du dessinateur de l’État local : le pilotage des réorganisations doit être mené par des personnes ayant l’expérience du terrain.
“Les services font parfaitement la différence entre les instructions totalement déconnectées de la réalité et celles imaginées par des décideurs qui connaissent le quotidien des agents”, a conclu l’hôte des membres du Club.
*Mission interministérielle pour la réforme de l’administration territoriale de l’État (Mirate), au sein des services du Premier ministre..
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