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Les hôpitaux de Paris vendent en bloc

27 août 2010, PAR Acteurs Publics
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Quatrième propriétaire foncier de la capitale, l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) veut intensifier ses cessions.

Un bureau de poste à Paris, dans le XIVe arrondissement, un stade en banlieue, un château dans le Pas-de-Calais, des hectares de dunes à Berck… Pléthorique, le patrimoine de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris comprend de nombreux biens insolites, mais surtout des milliers d’appartements et de propriétés, ainsi que près de 700 hectares de terres agricoles un peu partout en France. L’héritage d’une longue histoire de dons et de legs, venant de congrégations religieuses ou d’œuvres de bienfaisance. L’AP-HP est aujourd’hui le quatrième propriétaire foncier de la capitale, derrière la ville de Paris, l’État et Réseau ferré de France. Un patrimoine foisonnant, lui rapportant près de 10 millions d’euros par an, selon un rythme régulier de cessions.

“Pour maintenir un niveau d’investissements en phase avec nos besoins, nous allons intensifier les ventes de nos biens”, annonce Benoît Leclercq, le directeur général de l’AP-HP, qui table sur un rythme d’au moins 20 millions d’euros par an de 2010 à 2014. “En dehors d’opérations immobilières exceptionnelles”, précise-t-il, en songeant à la vente dans les deux ans des murs de l’hôpital Saint-Vincent-de-Paul – sur laquelle la ville de Paris s’est positionnée –, qui pourrait à elle seule rapporter 130 millions d’euros, ou celle, programmée, du siège de l’AP-HP. L’imposant immeuble historique de l’avenue Victoria, situé en face de l’Hôtel de ville, au cœur de la capitale, pourrait rapporter près de 150 millions d’euros. L’AP-HP espère aussi valoriser les importantes emprises désaffectées du site de Broussais. Au total, l’objectif est de récupérer entre 250 et 400 millions d’euros en quatre ans.

Plus-values

En dehors de ces cessions majeures, l’AP-HP compte se séparer, avant la fin de l’année, de 650 parcelles de terres forestières et agricoles non urbanisables, d’une dizaine de pavillons un peu partout dans l’Hexagone et d’une soixantaine d’appartements parisiens. Rue Andrieux, dans le très chic VIIIe arrondissement, c’est tout un immeuble qui est mis en vente. Dans cette liste hétéroclite, on trouve aussi le manoir du Laber, à Roscoff, en Bretagne, loué depuis 1920 au Centre héliomarin. Ces dernières années, l’AP-HP avait déjà vendu quelques-uns de ses étonnants trésors : le théâtre Mogador (5,5 millions d’euros), les puces de Saint-Ouen (4 millions d’euros), une station-service ou encore un hôtel Holiday Inn…

“Autant de biens qui n’ont aucune vocation hospitalière”, souligne Benoît Leclercq. Mais pas question de les brader, assure le directeur : “Nous ne vendrons pas nos biens en dessous des prix du marché. Nous n’hésiterons pas à retarder les cessions si nécessaire.” L’AP-HP entend ainsi éviter que certains particuliers ou promoteurs à l’affût réalisent des plus-values immobilières. Pour attirer les acheteurs, l’AP-HP communique via la presse locale et spécialisée. Un site Internet sera également lancé à l’automne pour détailler les cessions. Et si l’AP-HP dispose d’un département “administration et valorisation du patrimoine”, elle fait aussi appel à des agences extérieures pour procéder aux ventes.

Pourquoi multiplier les cessions ? “Nous lançons un ambitieux programme d’investissements qui prévoit une mise en sécurité et un confort accru dans nos bâtiments, et l’achat d’équipements coûteux (IRM, robotique…), détaille la direction de l’AP-HP. Par ailleurs, dans un souci de meilleure gestion, nous déplaçons dans de nouveaux bâtiments certaines de nos activités, à l’image du prochain regroupement des laboratoires de l’Hôtel-Dieu et de Cochin. D’autres opérations similaires sont prévues au nord et au sud de Paris. Les cessions serviront à financer notre plan de rénovation et de modernisation, sans aggraver notre endettement.”

Ce “plan stratégique” comprend un volet social sur lequel les syndicats promettent d’être très vigilants. “Il n’est pas incohérent de vendre un appartement sur la Côte d’Azur ou des terres agricoles qui ne sont d’aucune utilité à l’AP-HP, observe Annick Pradères, de la CFDT. Mais il ne faut pas tout céder : on ne doit pas toucher aux logements qui servent à héberger les personnels.” L’AP-HP possède 4 060 logements en Île-de-France, dévolus à l’accueil de son personnel. “Une part conséquente des produits des cessions doit être consacrée au volet social, comme l’aménagement de crèches ou de centres de loisirs”, insiste Annick Pradères.

Moins de legs

Olivier Cammas, de la CGT, est moins nuancé : “Nous cédons nos bijoux de famille pour renflouer les caisses.” En théorie, c’est impossible. “Des dispositions juridiques particulières liées au legs interdisent de reverser le produit de leur vente au budget de fonctionnement et donc au désendettement”, précise Marie-Christine Fararik, syndicaliste SUD, avant d’ajouter : “En multipliant les cessions, la direction veut démanteler l’AP-HP. À cet égard, la vente annoncée de notre siège est symbolique.” Le sujet est sensible. Les syndicats, mobilisés contre la cession de l’immeuble de l’avenue Victoria en avril dernier, dénoncent la “précipitation” de la direction. La vente de Saint-Vincent-de-Paul pourrait intervenir avant janvier 2011, “alors que les bâtiments de Necker, qui doivent accueillir les actuels services de Saint-Vincent-de-Paul ne seront pas achevés”, craignent les responsables syndicaux.

La méthode atteint ses limites. L’AP-HP ne pourra pas éternellement vendre pour moderniser ses 37 établissements et ses 23 000 lits. Elle ne bénéficie plus que d’une poignée de legs par an. En 2009, un seul don avait été recensé : deux appartements, situés près de Montparnasse, vendus quelque 460 000 euros. “Quand tout aura été cédé, comment fera-t-on ?” s’interroge un syndicaliste. “Les cessions servent en partie à regrouper des services sur de nouveaux bâtiments, ce qui libère des surfaces disponibles que nous vendrons progressivement, répond Benoît Leclercq. C’est un jeu d’enchaînement, qui nous permet de transformer peu à peu nos actifs non hospitaliers en actifs hospitaliers.” Tant pis pour les bijoux de famille.

Sylvain Henry

 

Les cessions en 2010
590 parcelles agricoles
56 parcelles forestières
Un manoir à Roscoff (Bretagne)
Une dizaine de pavillons à Fontainebleau, Croissy-sur-Seine, Antony, Neuilly-sur-Marne, Pau et Laval
6 terrains constructibles (8 500 mètres carrés) dans les Yvelines
7 immeubles (63 logements) dans le centre de Paris
1 560 mètres carrés de bâtiments à l’hôpital Broussais

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