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En RD Congo, Goma rêve d’une prison modèle

19 mars 2014, PAR Jean-Michel Meyer
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Rebecca Blackwell/AP/SIPA

La ville de Goma, dans l’est de la République démocratique du Congo, jette les bases d’un pénitencier modèle. Un projet, soutenu par le ministère provincial de la Justice, qui repose en grande partie sur des activités génératrices de revenus mises en place pour certains détenus.


Le 1er décembre 2012, les rebelles du Mouvement du 23 mars se retirent de Goma, capitale de la province du Nord-Kivu, dans l’est de la République démocratique du Congo. Ils laissent derrière eux la prison centrale Munzenze presque entièrement détruite et vidée de ses 1 300 détenus.

Cet établissement ressemblait à beaucoup d’autres dans le pays : vétuste, insalubre, surpeuplé. En octobre 2013, entre autres pour améliorer le quotidien, l’association congolaise Comité d’appui à l’autopromotion (Caap) a participé au lancement d’activités génératrices de revenus (AGR) bénéficiant à des détenus en fin de peine.

 

L’ONU a financé leur formation (coupe-couture, maçonnerie, savonnerie, agriculture, élevage de poules) à hauteur de “70 000 dollars”, indique le site Internet du Programme de l’ONU pour le développement (Pnud), précisant que “des activités similaires ont également été ouvertes dans les prisons centrales d’Uvira et de Bukavu (Sud-Kivu)”.

 

Les prisonniers sont motivés”

 

L’un des grands défis des pénitenciers de l’ex-Zaïre est de nourrir les condamnés. D’où le potager. Mais il a fait chou blanc, des insectes s’étant servis avant les bénéficiaires… “J’ai demandé l’aide de la FAO (l’Organisation de l’ONU pour l’alimentation et l’agriculture), mais rien ne vient”, regrette le ministre provincial de la Justice, Christophe Ndibeshe.

 

Une partie de l’argent généré revient aux travailleurs et l’autre est stockée sur un compte. “Lorsque des problèmes se posent, on prend de l’argent à la banque, confie le ministre, en poste depuis un an et demi. Mais cet argent sert aussi à continuer les AGR, à faire qu’elles ne s’arrêtent pas. C’est ça mon ambition.”

 

Signe encourageant : “Les prisonniers sont très motivés et travaillent très bien. Les blocs de ciment (fabriqués par les détenus, ndlr), la population voit qu’ils sont bien réalisés”, estime-t-il. Et d’évoquer de futurs projets : que les détenus cousent pour eux-mêmes une tenue distinctive et que se généralise le port de polos spéciaux pour les agents pénitentiaires.

 

Sur le long terme, le ministre est convaincu que les AGR peuvent “participer au calme et à la réinsertion sociale”. “Quand les détenus partent, ils savent qu’ils peuvent exercer un métier, dit-il, qu’il n’y a pas de sous-métier, qu’on peut gagner sa vie et assurer les besoins de sa famille honnêtement.” Sans passer par la case prison.