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Thierry Mandon : “La haute fonction publique doit s’ouvrir aux titulaires de doctorat”

25 juin 2015
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© Vincent Baillais

Dans une interview à Acteurs publics, l’ex-secrétaire d’État à la Réforme de l’État et à la Simplification confie qu’il n’était pas demandeur de son départ à la l’Enseignement supérieur et à la Recherche. Thierry Mandon assure qu’il y aura “une parfaite continuité entre son action et celle de Clotilde Valter”.


Étiez-vous demandeur de ce passage de la réforme de l’État à l’Enseignement supérieur ?
Non. Il y a un an, j’ai engagé au sein du gouvernement un travail sur la simplification et la réforme de l’État et j’étais candidat à le poursuivre. Pour le volet simplification, parce que c’était un peu mon bébé avec Guillaume Poitrinal*, une politique nouvelle qu’on avait créée de toutes pièces avec quelques-uns. Pour la réforme de l’État, parce que nous avons fait, en un an, un travail gigantesque, plus important que ce que nous avons voulu montrer. Nous étions à quelques semaines, quelques jours des décisions et des annonces… Mais dans le même temps, j’ai accepté d’être nommé à la tête de ce secrétariat d’État car j’ai la passion de l’université, de la recherche et je souhaite qu’elles retrouvent leur place au cœur de la société française.

Votre remplacement, à peine un an après votre nomination à la Réforme de l’État, à quelques jours d’annonces sur la revue des missions, n’est-il pas une marque de désinvolture à l’égard de ce dossier et vis-à-vis des acteurs de la modernisation de l’État ?
Vous savez, il n’y pas de Zorro dans les gouvernements… C’est un travail d’équipe. Il y aura une parfaite continuité entre mon action et celle de Clotilde Valter. Elle connaît parfaitement ce dossier et, comme moi, elle est pragmatique et croit à la réforme collaborative, pas à celle imposée d’en haut.

“Le plus gros du travail a été fait”

Votre départ peut-il coïncider avec un changement de rythme dans les réformes ?
D’une certaine manière, mon départ coïncide avec un changement de séquence. Comme je vous l’ai dit, tout est à présent programmé, les arbitrages ont été rendus. Le plus gros du travail a été fait, la phase qui s’ouvre est celle de la mise en œuvre. Il n’y a pas de risque de voir les chantiers qu’on a lancés se diluer. Nous ne sommes plus dans le moment où il faut prendre des décisions, il faut veiller à la bonne application. Et à travers les décisions qui viennent bientôt, c’est le Premier ministre qui assurera le portage politique et cela, c’est le meilleur qui puisse arriver à la réforme de l’État. 

Le chantier le plus attendu est celui de la revue des missions. Dans quel état Clotilde Valter le retrouve-t-elle ?
Je rappelle que c’est un chantier qui n’avait jamais été lancé. Nous avons innové en le démarrant par une double phase collaborative : demandes aux administrations qu’elles listent toutes les missions portées par leur ministère et identifient des évolutions souhaitables, et ateliers territorialisés autour des missions de l’État. Les propositions d’évolution ont été peu nombreuses de la part des administrations centrales, c’est dommage. Nous avons en revanche été très satisfaits des 560 propositions des ateliers.

“Aujourd’hui, l’État s’évalue lui-même”

Le calendrier est-il retardé ?
Non. Tout sera présenté d’ici quelques jours en Conseil national des services publics, puis arrêté définitivement lors d’un passage en Conseil des ministres courant juillet. Soixante à 70 transformations importantes seront alors engagées, soit sous forme d’application immédiate, soit sous forme de chantiers à court terme, dans les domaines du développement économique, du contrôle des entreprises, de la culture, de l’organisation des préfectures et des sous-préfectures. Nous sommes en phase finale de ce dossier. Même si, bien sûr, cette première vague en appellera d’autres. C’est un dossier permanent, je ne crois pas à un “grand soir” de la revue des missions…

Pour la simplification aussi, estimez-vous que c’est désormais la mise en œuvre des mesures annoncées depuis un an qui doit être suivie ?
Nous arrivons à un deuxième temps de la politique de simplification. Désormais, en plus de l’administration de tutelle qui surveille la mise en œuvre des mesures de simplification, une petite équipe autour du Premier ministre, en liaison avec le secrétariat général pour la modernisation de l’action publique, va veiller au grain. Là aussi, c’est une innovation. Et puis, en matière de simplification, nous allons passer à des mesures structurelles. France Connect, marchés publics simplifiés, fiche de paye, procédure “Dites le nous une fois”… Tous ces grands chantiers vont aboutir d’ici l’été 2016. On est dans le structurel.
En matière d’évaluation, j’ai noté que Clotilde Valter était très attachée à la mise en place d’un système indépendant d’évaluation des mesures prises. Aujourd’hui, l’État s’évalue lui-même. Il ne le fait pas mal, mais il serait bon d’avoir un regard indépendant, porté par exemple par les universités, les labos des grandes écoles…

“Il faut que la haute fonction publique s’ouvre aux titulaires de doctorat français”

Avez-vous quelques regrets sur tel ou tel dossier ?
J’aurais bien aimé porter le discours global sur tout ce que nous avons fait.

N’étiez-vous pas pris en étau entre Marylise Lebranchu [ministre de la Fonction publique, ndlr] et Bernard Cazeneuve [ministre de l’Intérieur, ndlr], qui portent les volets fonction publique et administration territoriale des réformes ?
J’ai bien travaillé sur la réforme de l’administration territoriale avec Bernard Cazeneuve. On a inoculé une méthode collaborative, comme on le voit avec les préfets préfigurateurs des grandes régions. Avec Marylise Lebranchu aussi, même si parfois, je dérangeais les règles intangibles de la fonction publique. Ce n’était pas pour provoquer, j’ai beaucoup de respect pour les hauts fonctionnaires mais, je le redis, s’ils ne changent pas, il y aura des difficultés.

À l’Enseignement supérieur et à la Recherche, souhaitez-vous que les docteurs puissent enfin avoir accès à la haute fonction publique ?
Oui, il faut que la haute fonction publique s’ouvre aux titulaires de doctorat français. Nous allons y arriver.

Propos recueillis par Bruno Botella

* Ex-coprésident, avec Thierry Mandon, du Conseil de simplification pour les entreprises. Aujourd’hui les coprésidents en sont Françoise Holder et Laurent Grandguillaume.