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Jean-Paul Delevoye : "Le CESE plus nécessaire que jamais…"

3 juil. 2015
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"Dans ses travaux, le CESE s’efforce de s’extraire d’un clivage facile mais peu pertinent entre anciens et modernes, supposés conservateurs et supposés progressistes", estime Jean-Paul Delevoye, président du Conseil économique, social et environnemental (CESE)


C’est tout le paradoxe de cette troisième Assemblée de la République, résolument moderne dans ses principes, ses préconisations et son fonctionnement, mais parfois réduite à son déficit d’image.

Je suis absolument convaincu qu’un lieu de dialogue républicain et d’expression citoyenne, neutre, indépendant et apaisé, hors des calculs de pouvoir et postures d’affrontement, capable d’appréhender les enjeux actuels et futurs pour construire collectivement l’avenir, est plus nécessaire que jamais.

Notre société fragmentée a besoin de renouer les fils du dialogue, lasse de cet affrontement permanent davantage lié à des stratégies de conquête de pouvoir qu’à des divergences de convictions, lasse de la volonté de clivage qui fait gagner des électeurs mais perdre des citoyens, lasse des comportements belliqueux qui ne sont à la hauteur ni des enjeux ni des attentes ni des difficultés des Français.

Notre société sous tension a besoin d’apaisement et d’une respiration démocratique nouvelle où la pédagogie des enjeux n’est pas soumise à la dictature de l’urgence, de l’émotion, du tempo médiatique.

Notre société crispée sur son avenir a besoin de retrouver confiance en elle-même et sa capacité à embrasser le futur avec enthousiasme, avec la conviction que ce futur réserve bien une place et un rôle à chacun et non à quelques-uns.

Plus que jamais, le CESE me paraît ainsi avoir un rôle majeur dans la restauration de ce lien de confiance distendu entre les institutions et les citoyens, entre un système qui semble tourner à vide ou mener à l’impasse, plus soucieux de préserver le confort de ses modèles que de porter des solutions.

Je note d’ailleurs que nombre de pays étrangers en transition démocratique créent des CESE ou en renforcent les pouvoirs comme autant de moyens d’associer désormais la société civile au débat public et à la décision politique. De la même manière, nombre de maires créent depuis les dernières élections municipales des CESE locaux afin d’associer largement les acteurs de la vie locale au projet qu’ils dessinent pour la ville dont ils ont la charge.

Le CESE représente dans toute leur diversité les forces économiques, sociales et environnementales de la France. L’actuelle mandature a été marquée par l’intégration réussie des représentants de la jeunesse et du monde environnementaliste. Leur rôle fut majeur pour élargir le champ d’investigation du Conseil et accroître notre capacité d’interpellation. Nous avons ainsi pu alerter le décideur sur la nécessité aujourd’hui d’un nouveau pacte intergénérationnel où la jeunesse est bien perçue comme un nouvel âge de la vie. Nous avons participé activement aux travaux gouvernementaux et parlementaires sur la transition énergétique et sur le dernier semestre, avons amorcé la mobilisation de la société civile autour de la COP21 et de l’enjeu climatique.

Dans ses travaux, le CESE s’efforce de s’extraire d’un clivage facile mais peu pertinent entre anciens et modernes, supposés conservateurs et supposés progressistes. Les derniers mois, cinq avis ont été consécutivement consacrés au numérique, refusant à la fois la frilosité envers une révolution numérique non pas à venir mais déjà largement opérante, et un « technoptimisme » béat qui ignore les interrogations profondes en termes de projet de société amenées par cette révolution.

Le CESE est au cœur des réflexions sur notre capacité à inventer de nouveaux modèles capables de concilier performance économique, performance sociale et performance environnementale. Nos avis se sont penchés sur les actions à mener pour développer l’économie sociale et solidaire, l’économie circulaire et un prochain avis s’intéressera à l’économie du partage ou collaborative.

Enfin, le CESE s’est ouvert aux expressions citoyennes en développant une palette d’outils destinés à répondre aux demandes croissantes de nos concitoyens de participer à l’élaboration de la décision publique. Nous avons ainsi pu développer des plates-formes de recueil d’initiatives destinées à faire émerger la créativité du terrain et ces myriades d’initiatives qui émergent actuellement partout sur les territoires. C’était le cas pour notre avis sur la société inclusive et le handicap, pour notre avis sur la réussite éducative pour tous. Un groupe de parents en situation de pauvreté, via ATD Quart Monde, a été associé à nos travaux et ils sont intervenus en séance plénière.

Une expérience très réussie a aussi consisté à associer trois classes du primaire, du collège et du lycée à nos travaux sur le climat, nous plaçant ainsi symboliquement sous l’œil vigilant des générations futures.

Dernier point, le CESE ne peut s’absoudre des recommandations qu’il formule et il est très vite apparu à notre Assemblée qu’elle devait réaliser des efforts importants mais nécessaires en termes de transparence, de maîtrise budgétaire, de valorisation de son patrimoine et de contribution au redressement des finances publiques.

La Cour des comptes a salué cet effort tout en invitant à le poursuivre et l’intensifier.

Il ne s’agit pas de revendiquer un quelconque brevet de vertu, mais d’inviter les uns et les autres, à l’heure où le débat politique est avide de trophées et de totems et où l’on préfère parfois conserver l’image d’un Conseil économique et social ancien pour mieux le critiquer, à porter un regard objectif sur la réalité du CESE aujourd’hui et sur son intérêt pour demain.

Comment redonner de la stabilité et une vision à moyen et long termes pour l’action publique lorsque les pratiques semblent dictées par l’urgence permanente, lorsque le quinquennat accélère encore ce rythme, lorsque la vie politique se polarise voire se radicalise ?

Comment davantage associer nos concitoyens qui veulent devenir des coproducteurs du futur ?

Le CESE peut apporter une réponse pertinente et moderne face à ces enjeux qui impactent toutes les institutions et attendent des réponses.