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Exclusif : l’inspection générale alerte le ministère sur la réforme du collège

7 avr. 2016, PAR Soazig Le Nevé
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© MATHIEU PATTIER/SIPA

À six mois de l’entrée en application de la réforme du collège, 10 à 25 % des établissements sont en difficulté, selon un rapport confidentiel. L'alerte est officielle : les formations ne portent pas leurs fruits et l’autonomie accrue des établissements n’est pas palpable.


C’était le dernier des 13 points à l’ordre du jour de la réunion des recteurs du 5 avril. Un point chaud, pour la fin, et qui présage surtout de la suite… Car la réforme du collège, en vigueur en septembre prochain, ne fait pas qu’inquiéter les enseignants. Cette fois, c’est l’inspection générale de l’Administration de l’éducation nationale et de la recherche (IGAENR) qui alerte le ministère.

Dans une enquête confidentielle dont Acteurs publics a consulté les conclusions, le ton est clair : “La réforme avance” mais elle crée des “difficultés dans 10 à 25 % des établissements”. Comme si le décor était tombé, l’IGAENR constate désormais la réalité sur le terrain, définissant 3 profils type de collèges : “noyau syndical”, “ruralité” et “établissements de centre-ville”.

Une formation dont les Espé sont absentes

L’inspection générale s’est notamment intéressée à la mise en place des nouveaux dispositifs pédagogiques, le cœur même de la réforme. Las ! La “préoccupation pédagogique est trop souvent au second plan” et les “dispositifs ne sont pas toujours bien appréhendés”, illustre-t-elle en allusion à l’accompagnement personnalisé et aux enseignements pratiques interdisciplinaires (EPI). Ces “logiques ne sont pas véritablement assimilées”, commentent sobrement les inspecteurs généraux. Qui s’étonnent de “l’absence des Espé”, les écoles supérieures du professorat et de l’éducation, dans le plan de formation des enseignants à la réforme du collège.

Les formations se déroulent dans “toutes les académies” avec “un taux de participation plutôt bon”, mais les professeurs les “reçoivent d’autant mieux qu’elles sont disciplinaires”. Traduction : sur huit jours de formation prévus, seuls deux auraient la cote auprès des enseignants, ceux consacrés aux nouveaux programmes. Exit les six autres journées pourtant au cœur du réacteur, consacrées aux “axes structurants de la réforme” : EPI, accompagnement personnalisé, pédagogie de projet, usages pédagogiques du numérique, évaluation des acquis des élèves…

Au sujet de la dotation horaire des collèges, “l’inquiétude” s’est fait jour “dans les petits établissements qui vont devoir gérer des problèmes de service partagé”, relève l’inspection générale. Un comble quand on se souvient que la réforme du collège devait créer 4 000 postes. D’ailleurs, “quelle sera la marge d’autonomie pour ces établissements ?”, interroge encore l’IGAENR, alors que le principe de “marge d’autonomie accrue” présidait à la réforme du “nouveau collège”.

Encadrer l’expansion de l’espagnol

Brûlante elle aussi, la question de l’enseignement de l’allemand, à laquelle la ministre Najat Vallaud-Belkacem pensait répondre en demandant aux recteurs de déployer “une carte des langues” académique, histoire de faire oublier la disparition des classes bilangues en sixième. Problème : “La polémique a rapidement porté sur les sections bilangues”, au lieu de constituer une “stratégie” globale des langues. Et l’attention s’est focalisée sur un seul point : “le développement de l’allemand et l’encadrement de l’expansion de l’espagnol”.

L’IGAENR rappelle par ailleurs que certaines académies ont fait le choix de conserver leurs classes bilangues, accentuant ainsi des “inégalités territoriales”. Elle appelle également à la vigilance à l’égard de l’enseignement privé, pour lequel la suppression des bilangues a pu constituer un appel du pied pour faire évoluer son offre éducative et récupérer des élèves en classes d’allemand.

Un autre front pourrait rapidement s’ouvrir, avertit enfin l’IGAENR : “l’inquiétude” gagne les lycées, dont les moyens se verraient “ajustés” afin de permettre l’application de la réforme du collège. Les moyens dévolus au remplacement des enseignants seraient les premiers à “trinquer”, au risque de “voir apparaître des cours non assurés”.