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Débat sensible en Allemagne sur la centralisation de la sécurité

4 janv. 2017, PAR Acteurs Publics
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Le ministre allemand de l'Intérieur, Thomas de Maizière, le 23 décembre à Berlin. - CHINE NOUVELLE/SIPA

L’attentat de Berlin suscite en Allemagne un débat sur le rôle de l’État fédéral en matière de renseignements et de lutte antiterroriste. Le ministre de l’Intérieur a dénoncé, mardi 3 janvier, un éclatement des compétences.


Les critiques étaient latentes depuis l’attentat de Berlin, le 19 décembre, mais c’est le ministre de l’Intérieur allemand qui a mis les pieds dans le plat mardi 3 janvier. Dans le quotidien Frankfurter Allgemeine Zeitung, Thomas de Maizière insiste sur la nécessité de renforcer les pouvoirs de l’État fédéral en matière de renseignements intérieurs, actuellement partagés par les 16 États régionaux. Il propose en outre de renforcer les compétences, jusqu’ici limitées, de la police fédérale et de mettre sur pied un centre de crise qui chapeauterait l’ensemble des services concernés par les questions de sécurité liées aux migrants et à l’antiterrorisme.

“L’État fédéral n’est pas compétent pour des catastrophes d’ampleur nationale”, comme l’attentat du 19 décembre, qui a fait 12 morts, écrit Thomas de Maizière. “Les compétences en matière de lutte contre le terrorisme international sont éclatées”, a-t-il regretté. “Nous avons besoin de règles homogènes et d’une meilleure coordination”, a-t-il souligné, notamment pour la surveillance des individus classés “dangereux”, à l’instar du Tunisien Anis Amri, auteur présumé de l’attaque à Berlin, tué après plus de trois jours de cavale en Italie.

Campagne électorale

Cet attentat au camion-bélier sur un marché de Noël très fréquenté a mis à jour des failles du système existant, au point que les autorités allemandes ont été accusées de négligences et de s’être laissées berner par un militant islamiste avéré. Anis Amri, qui avait fait allégeance à Daesh, est ainsi parvenu à passer entre les mailles du filet en profitant notamment de l’éclatement des responsabilités en Allemagne. Il a aussi pu s’enfuir au nez et à la barbe des polices allemandes après l’attentat.

Bien qu’il ait été identifié de longue date comme individu susceptible de préparer un attentat, la police berlinoise avait cessé de s’intéresser à ses activités en septembre, faute d’éléments suffisants, alors que dans l’Ouest du pays, on le considérait encore comme une menace. Or, dans un pays bouleversé par l’arrivée de plus d’1 million de réfugiés depuis début 2015 et secoué par des attaques djihadistes, la sécurité promet d’être au cœur de la campagne électorale en vue des législatives prévues en septembre prochain.

Horst Seehofer, le dirigeant de l’Union chrétienne-sociale (CSU), parti frère de la CDU de la chancelière Angela Merkel, assure ainsi que la sécurité est “comme une épée de Damoclès” et pourrait décider de l’issue du scrutin. “On a déjà vu bien d’autres choses moins importantes décider d’une élection”, a martelé le président de la CSU, qui réclame depuis des mois un tour de vis sur les questions migratoires et de sécurité.

(avec AFP)