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L’éducation nationale rémunère mieux les enseignants du public que ceux du privé

6 janv. 2017, PAR Soazig Le Nevé
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WITT/SIPA

Un professeur de l’enseignement privé gagne en moyenne 9,7 % de moins que son homologue du public. Un écart de salaires justifié en grande partie par la différence de composition des deux corps, selon une note du ministère de l’Éducation nationale publiée fin décembre.


La question des écarts de rémunérations entre enseignants du public et du privé n’avait… jamais été posée. Ou tout au moins n’avait-elle “jamais fait l’objet d’analyses statistiques approfondies au sein de l’Éducation nationale”. Cette note publiée par la direction statistique (Depp) du ministère vient donc, avec honnêteté, rectifier le tir.

En moyenne, en 2014, les enseignants du secteur privé sous contrat ont perçu un salaire brut mensuel de 2 640 euros contre 2 920 euros pour les enseignants du public, soit 9,7 % de moins. Pour rappel, depuis 1992 et les accords Lang-Cloupet, tous les professeurs sont recrutés sous les mêmes conditions en termes de diplômes requis et d’épreuves passées lors des concours.

“Ce différentiel de salaire brut serait de - 2,4 % si la structure de population dans le privé sous contrat était la même que dans le public”, explique Marion Defresne, l’auteure de l’étude. Ce résultat donne une idée de l’importance des “effets de composition” : en effet, ce sont avant tout les différences de caractéristiques entre enseignants du secteur public et enseignants du secteur privé sous contrat qui génèrent cet écart.

Plus de titulaires et d’agrégés dans le public

Corps, quotité de rémunération et zone territoriale d’affectation sont ainsi plus favorables au public qu’au privé sous contrat, créant deux catégories distinctes d’enseignants. “Il y a proportionnellement davantage de « titulaires » dans le public que dans le privé sous contrat, davantage d’enseignants évoluant dans les corps aux grilles de rémunérations plus avantageuses dans le public que dans le privé sous contrat, moins de faibles quotité de rémunération dans le public que dans le privé sous contrat, davantage d’enseignants dans les DOM ou bénéficiant d’un taux d’indemnité de résidence à 3 % dans le public que dans le privé sous contrat”, détaille la note de la Depp.

En France entière (hors Mayotte), le secteur privé sous contrat se distingue du public par une population enseignante moins souvent rémunérée sur une échelle de “titulaires” (14,8 % de “non-titulaires” dans le privé contre 3,5 % dans le public). Et lorsqu’elle l’est, elle relève moins fréquemment de grilles de rémunération plus avantageuses : parmi les enseignants du public, 7,7 % sont des professeurs agrégés et de chaire supérieure contre 2,7 % dans le privé sous contrat, précise encore Marion Defresne.

Points non élucidés

En outre, le régime de rémunération des contractuels du public est plus avantageux que celui du privé sous contrat. Ajoutez à cela le fait qu’un enseignant à temps incomplet (faute d'élèves suffisants dans la discipline ou l'établissement) dans le privé est rémunéré au prorata des heures effectuées alors que celui du public est rémunéré comme un temps complet.

“Néanmoins, une part de l’écart public-privé reste non élucidée”, poursuit Marion Defresne. Car le système d’information sur les agents des services publics (Siasp) ne permet pas de répondre à certaines interrogations. “On aurait souhaité créer une indicatrice de carrière tenant compte de l’ancienneté et de la vitesse d’avancement afin de contrôler les éventuels écarts de salaires dus à l’évolution des carrières selon le secteur. En outre, on aurait aimé pouvoir distinguer plus finement les primes et indemnités”, énumère-t-elle. Encore quelques mystères à percer donc, pour la Depp.