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Les enseignants toujours plus en proie aux risques psychosociaux

9 janv. 2017, PAR Soazig Le Nevé
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Une enquête de la direction statistique du ministère de l’Éducation nationale démontre que les enseignants ont une exposition moyenne aux facteurs de risques psychosociaux significativement plus élevée que les autres populations.


“Je continue de penser à mon travail même quand je n’y suis pas” : à 91 % dans le premier degré, 86 et 88 % dans le second degré et le supérieur, les enseignants expérimentent cet état. Bien loin devant les cadres de la fonction publique et du privé, qui ne sont qu’un peu plus de 50 % à en témoigner, selon une enquête comparative menée par la direction statistique du ministère de l’Éducation nationale (Depp) et publiée début janvier 2017.

“En 2013, les enseignants étaient plus exposés aux facteurs de risques psychosociaux que les cadres, avec une forte intensité de leur métier, des exigences émotionnelles plus importantes et un manque de soutien hiérarchique et entre collègues, notamment dans le premier degré”, décrivent les deux auteurs de cette étude, Sylvaine Jégo et Clément Guillo.

L’étude distingue les deux degrés d’enseignement, faisant apparaître que c’est le premier degré qui souffre le plus des facteurs de risques psychosociaux (RPS). Ainsi, les professeurs des écoles “ressentent davantage l’intensité et la pression qui sont liées à leur travail, et le peu de relationnel avec leur hiérarchie ou leurs collègues”. Dans le second degré, la pression est moindre et le soutien hiérarchique est vu comme supérieur, “même s’il est loin de celui dont peuvent bénéficier les cadres de la fonction publique et du privé”, analyse la note.

Métier solitaire et hiérarchie absente

Par exemple, l’item “Je dois penser à trop de choses à la fois” rassemble 79 % des professeurs des écoles contre une moyenne de 61 % pour l’ensemble du panel professionnel retenu. Ou encore, l’item “On me demande d’effectuer une quantité de travail excessive” remporte, lui, 67 % des témoignages de professeurs des écoles contre 45,5 % en moyenne pour le reste.

Parce qu’enseigner “tend vers un métier solitaire”, la solitude peut vite être vécue comme un isolement, surtout quand la hiérarchie est perçue comme lointaine. Pire, “plus de 30 % des enseignants du premier degré et du second degré ne sont pas ou peu d’accord avec l’item « Les personnes qui évaluent mon travail le connaissent bien », alors que les cadres représentent moins de 23 %”, illustrent les auteurs.

À ce manque de soutien hiérarchique se surajoute un manque de soutien entre collègues : plus de 73 % et 83,5 % des enseignants du premier et du second degré déclarent travailler seuls, alors que les cadres sont moins de 55 %. Quant à l’ambiance et au relationnel entre collègues, l’étude de la Depp nous indique qu’ils tendent à se dégrader avec l’âge, notamment pour les enseignants du premier degré.

Demande de formation continue

Enfin, sans surprise, les enseignants du premier degré déplorent massivement (81 %) le manque de formation continue adaptée (ce taux oscille entre 25 et 35 % chez les cadres du public et du privé).

Seule consolation pour les enseignants : les cadres en relation avec du public sont deux fois plus nombreux à trouver que leurs horaires ne s’accordent pas avec leur vie familiale et sociale : plus de 20 % dans le secteur public et privé contre à peine 10 % chez les enseignants.