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La “mairie numérique”, un phare du futur pour les territoires isolés

11 janv. 2017, PAR Soazig Le Nevé
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© Michel Gile/SIPA

Le numérique peut drainer une transformation politique locale apte à vivifier les territoires ruraux, qui représentent 10 % des communes françaises, avance un rapport conjoint de Google et du think tank Terra Nova.


Avec des “mairies numériques”, les territoires ruraux (10 % des communes françaises et 1 million d’habitants) ont encore de longs et beaux jours devant eux : c’est la conviction de l’entreprise Google et du think tank classé à gauche Terra Nova, qui signent un rapport conjoint, publié et présenté à la presse le 11 janvier. Un espoir est donc possible, à l’heure où les trois quarts des bâtiments que comptent ces territoires ont un débit inférieur à 2,5 Mbits/s, ce qui ne permet même pas le télétravail*.

“La digitalisation des services publics concerne également les services offerts par les mairies des territoires isolés”, estiment Google et Terra Nova. De plus, “les mairies ont un rôle majeur à jouer pour démocratiser les usages du numérique et les applications les plus utiles”. Pour John Billard, maire de la commune du Favril (Eure-et-Loir) et vice-président de l’Association des maires ruraux de France (AMRF), présent à la conférence de presse sur le rapport, “le numérique permet de démultiplier l’exercice démocratique”.

De plus, en tant que maire, John Billard gère parfois sa commune à distance, grâce à un cloud. “Avec mon conseil municipal, nous prenons aussi des décisions par mails, témoigne-t-il. Cette souplesse autorise à choisir des élus qui sont un peu plus dans le monde du travail qu’auparavant.”

Plate-forme numérique commune

Le problème, c’est que les mairies des territoires isolés fonctionnent avec des moyens très réduits et éprouvent souvent des difficultés à mettre en place un site Internet, des outils collaboratifs et, surtout, à les maintenir à jour, techniquement comme sur le plan des contenus. Pour y remédier, la plate-forme Campagnol.fr, gérée par l’Association des maires ruraux de France, fournit à toutes les communes rurales qui le souhaitent un service de création de site Internet aux fonctionnalités basiques, la location des serveurs et du nom de domaine pour 180 euros par an.

“Mais cette logique peut être poussée plus loin”, selon le rapport. Le groupe de travail Google-Terra Nova propose donc de lancer un concours national visant la création d’une “plate-forme numérique” pour les maires. Ce concours serait à destination des écoles d’informatique et de code. Objectifs : créer et mettre en ligne en peu de temps un site de la municipalité comportant les fonctionnalités essentielles aux usagers ; être facilement et directement utilisable par des petites mairies, sans que le coût d’entrée en matière de maîtrise technique des supports ne soit un obstacle ; être régulièrement mise à jour pour prendre en compte les avancées technologiques.

“Notre mandat actuel, c’est le mandat du numérique, celui de la transformation et de la montée en compétences – ce qui suppose une impulsion des élus”, corrobore John Billard, pour qui l’étape de “l’infrastructure” est encore loin d’être accomplie. “En 2020, espère-t-il, nous aurons des élus au profil plus diversifié” qui détiendront tous la carte du numérique.

Accompagner la transition numérique des territoires

Parmi 7 propositions, le rapport préconise également de créer un “Office régional numérique” dans chaque région, qui serait le point d’entrée unique pour les entreprises (dont les artisans et les agriculteurs) et administrations pour les accompagner dans leur transition numérique.

Terra Nova et Google alertent aussi sur la nécessité de “lever les freins à l’adoption du télétravail salarié” en proposant une négociation interprofessionnelle sur le sujet afin de faire évoluer le cadre légal. “Il est souhaitable que les partenaires sociaux parviennent à offrir un cadre minimal cohérent applicable à l’ensemble des entreprises, notamment sur les questions de la prévention des risques à domicile et la coordination entre le télétravail et le droit à la déconnexion”, écrivent les auteurs, Thierry Pech (directeur de Terra Nova) et Élisabeth Barges (directrice des politiques publiques chez Google).

Enfin, le rapport avance une dernière idée : “Quand une administration ferme un guichet dans un territoire, il faudrait qu’elle verse à la formation numérique une partie des coûts économisés, affirme Thierry Pech. Ce ne doit pas être juste un rideau qu’on tire mais une chance pour accéder à de nouveaux services.” Une proposition encore peu consensuelle à ce stade.

 

*L’objectif affiché par l’État est de couvrir en 2G et 3G les quelque 3 800 centres‑bourgs encore situés en zone blanche en 2017 et 800 sites stratégiques situés hors d’un centre‑bourg d’ici 2019. L’État mobilise un budget de 30 millions d’euros pour financer la construction des pylônes destinés à recevoir les antennes des opérateurs.