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Le Liban se dote d’un ministère anticorruption

11 janv. 2017, PAR Acteurs Publics
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Le nouveau Premier ministre, Saad Hariri, estime que la lutte contre la corruption est un facteur de stabilité dans le pays. - © Bilal Hussein/AP/SIPA

Le pays compte parmi les États les plus corrompus du monde, selon l’ONG Transparency International. Ce fléau a donné naissance à un collectif baptisé “Nous réclamons des comptes” qui lutte depuis deux ans pour une plus grande transparence dans la gestion des affaires publiques. 


Le gouvernement d’union nationale formé au Liban en décembre dernier dispose de 5 nouveaux portefeuilles, dont un ministère d’État dédié à la Lutte contre la corruption, véritable fléau dans le pays. Le titulaire du poste, Nicolas Tueni, a révélé que cette pratique avait fait perdre au Liban en moyenne 3 millions d’euros par an. “En récupérant ces sommes, nous allons augmenter nos gains et fortifier l’économie”, assure-t-il, précisant que l’éradication de la corruption se traduirait par un bond annuel de la croissance de 5 %.

De son côté, le nouveau chef du gouvernement, Saad Hariri, estime que la lutte contre la corruption est un facteur de stabilité dans le pays. “Mon objectif est de ramener la confiance dans le Liban afin que les gens reviennent et investissent”, a-t-il fait savoir au lendemain de sa nomination, à la mi-décembre. Selon lui, la numérisation pourrait réduire les pratiques de prévarication qui sclérosent l’administration. Il pense par ailleurs qu’en employant plus de femmes, les valeurs d’éthique et de transparence seront mieux défendues dans la fonction publique.

Le chef de l’État lui-même, Michel Aoun, est intervenu dans le débat sur la lutte contre la corruption, en appelant les citoyens “à garder les yeux ouverts”. Le Président libanais a dans ce cadre promis d’offrir une protection de la part de l’État pour tous ceux qui dénoncent les personnes corrompues.

Déliquescent et clientéliste

L’instabilité politique qui mine le pays depuis plusieurs années a affaibli tous les dispositifs de contrôle. Selon le dernier classement de l’ONG Transparency International, rendu public en janvier 2016, le Liban compte parmi les États les plus corrompus du monde. Il occupe la 123e position sur un ensemble de 168 pays. Ce résultat désastreux a été confirmé quelques mois plus tard par une étude de la même organisation sur la perception de la corruption dans les pays arabes. Au Liban, 92 % des personnes interrogées ont affirmé que cette pratique a progressé.

Affligés par le délabrement des services publics et doutant de la volonté de la classe politique d’endiguer le phénomène, des citoyens ont créé en 2015 un collectif baptisé “Nous réclamons des comptes”. Il a émergé au moment où le pays était confronté à une grave crise de gestion des ordures domestiques, qui s’est enlisée en partie à cause d’une guerre d’intérêts pour le contrôle du marché du traitement des déchets. Cette crise que les autorités ont eu du mal à régler est, pour beaucoup de Libanais, le symbole d’un État déliquescent et clientéliste. D’autres problèmes, comme les coupures récurrentes d’électricité et le coût exorbitant des communications, ont également poussé à la révolte citoyenne.

Contrôles rigoureux des fonctionnaires

Ces derniers jours, un nouveau collectif qui se bat contre les pratiques commerciales d’Alfa, la seule compagnie de téléphonie mobile dans le pays, a demandé aux clients de suspendre leurs communications. Selon ce groupe, les secteurs de l’énergie et des télécommunications sont les principaux foyers de corruption au Liban.  

De leur côté, les animateurs de Nous demandons des comptes ont organisé, à la fin de l’année 2016, une nouvelle manifestation devant les locaux de l’inspection générale des Finances dans la capitale, Beyrouth. Ce rassemblement, qui s’est tenu à la veille de la formation du nouveau gouvernement, avait pour principale revendication la mise en place de contrôles rigoureux des fonctionnaires au niveau des ministères et des différentes administrations.

Le collectif veut aussi que les opérations d’audit soient élargies aux hauts responsables de l’État, dont certains sont éclaboussés par différents scandales. C’est notamment le cas de ministres ayant siégé dans l’ex-gouvernement dirigé par Tammam Salam entre 2014 et 2016. Ce cabinet assimilé par les médias libanais à un club d’affairistes et de commissions avait souvent défrayé la chronique pour des méfaits liés à des marchés publics douteux. La gabegie au sommet de l’État a d’ailleurs entraîné le retrait d’un des partis de la coalition (les phalangistes) du gouvernement en 2015. 

Un autre ministre, celui de la Santé, s’est quant à lui démarqué en menant la guerre contre la corruption dans son propre secteur, où un tiers du budget serait régulièrement détourné. Wael Abou Faour, qui vient d’être remplacé, avait aussi rendu publique une “liste de la honte” incluant les noms de grandes surfaces et de restaurants qui ne respectent pas les règles sanitaires, et ce en totale connivence avec les services d’hygiène.

Samia Lokmane-Khelil