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L’Algérie veut féminiser davantage son armée

1 févr. 2017, PAR Acteurs Publics
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© Mourad Allili/SIPA

Une première promotion de 60 cadettes vient de faire son entrée dans l’un des 9 établissements de formation de l’élite militaire algérienne, dépendants du ministère de la Défense. Les diplômées poursuivront plus tard des carrières d’officiers et de sous-officiers. 


C’est une première en Algérie. Le ministère de la Défense nationale a décidé au début de l’année d’ouvrir l’École des cadets de la nation aux filles. Jusque-là, seuls les garçons avaient accès à ces établissements de formation de l’élite militaire algérienne. En décidant d’y intégrer des promotions de cadettes, les autorités militaires veulent étoffer leur politique de recrutement des femmes au sein de l’armée. Soixante nouvelles élèves ont ainsi fait leur entrée à l’école des cadets de Blida, à l’ouest de la capitale Alger, à la mi-janvier.

Elles ont été admises à l’issue d’un concours qui a enregistré 343 candidatures. Selon le directeur des écoles des cadets à l’échelle nationale, le général-major, Abdelaziz Houam, un nombre plus important de jeunes filles sera recruté dans l’avenir. À Blida, les nouvelles inscrites bénéficieront comme leurs camarades masculins d’une formation scolaire classique et d’une autre paramilitaire. L’établissement, qui est sous la double tutelle des ministères de la Défense et de l’Éducation, se charge de l’enseignement secondaire et suit ses élèves jusqu’au baccalauréat. Les reçus sont par la suite orientés, selon les besoins, vers les écoles de formation d’officiers, pour l’armée de terre, de l’air et la marine. Ils ont également la possibilité de poursuivre des études universitaires classiques sous l’égide du ministère de la Défense.

Rigueur et discipline

On compte actuellement 7 200 élèves dans les écoles des cadets, à travers l’Algérie. Six établissements ont valeur de collèges. Ils dispensent un enseignement moyen. Trois autres sont destinées au cycle secondaire. Presque tous les cadets sont reçus au bac et au BEM (Brevet d’enseignement moyen) chaque année. Pour le général Houam, les vertus de rigueur et de discipline acquises par les élèves tout au long de leur scolarité expliquent cette performance. Soumis comme le reste des personnels militaires à un code de conduite spécifique, les cadets de la nation sont préparés dès leur entrée à l’école à une carrière dans l’armée. Comme les garçons, les filles devront à leur tour se familiariser avec le règlement de la vie militaire. Une formation physique adaptée est par ailleurs dispensée à l’ensemble des formés.

L’arrivée des filles dans les écoles des cadets intervient presqu’une dizaine d’années après leur réouverture. Ces établissements qui avaient vu le jour dans les années 1960 au lendemain de l’indépendance de l’Algérie, sous le nom d’écoles des cadets de la révolution, ont été fermés en 1986. Les autorités de l’époque avaient estimé que l’enseignement public, plus massifié dans le pays, pouvait servir de tremplin à des carrières militaires. Ce qui n’est pas l’avis du Président actuel. Abdelaziz Bouteflika a réhabilité l’école des cadets dans l’intention de renforcer les effectifs militaires avec des éléments qualifiés et loyaux.

Modernisation de l’armée

Cette démarche figure en bonne place dans son programme de modernisation de l’armée. La féminisation des forces armées a toujours été aussi, un de ses objectifs. En 2014, il avait élevé 3 femmes officiers au rang de général. La première nommée à ce poste en 2009 est Fatma-Zohra Ardjoun, cheffe de service de l’hôpital militaire d’Ain Naadja (Alger).

L’application de la politique du genre dans l’armée algérienne remonte à 2006. À cette date, l’Armée nationale et populaire (ANP) a publié une ordonnance relative au statut des personnels militaires qui garantit l’égalité entre les hommes et les femmes. Auparavant, les Algériennes qui ont eu le privilège de rejoindre les rangs de l’armée (en raison de recrutements épisodiques) étaient cantonnées à des postes dans l’administration, la santé, l’enseignement, les services sociaux, la conception et la fabrication militaire, l’informatique et la maintenance.

Aujourd’hui, les recrutements sont plus diversifiés. Des femmes sont admises dans des établissements de formation d’officiers, dans la gendarmerie et les forces navales. Leur nombre reste néanmoins dérisoire. Elles sont en outre encore exclues de certains secteurs d’activité, comme l’artillerie et l’infanterie, et des unités de combat.   

Samia Lokmane-Khelil