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Les directeurs de cabinets ministériels lancent l'opération "recasage"

15 févr. 2017, PAR Pierre Laberrondo
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© PDN/SIPA

Cinq membres de cabinets ministériels parmi lesquels 4 directeurs de cabinet ont fait l’objet d’une promotion en Conseil des ministres le 15 février. Depuis deux mois, le Président François Hollande a lui aussi procédé au reclassement de plusieurs conseillers élyséens.


Le Conseil des ministres du 15 février a un peu chargé la barque. Alors que les derniers mois d’un mandat présidentiel sont toujours marqués par des opérations de reclassement pour les proches du pouvoir en place, l’équipe du Président François Hollande ne déroge pas à la règle.

S’il s’agit d’un mouvement assez naturel – les personnes en question sont le plus souvent des fonctionnaires ayant de toute façon vocation à retourner dans la haute administration –, il reste néanmoins très politique. Une opération toujours délicate. Le gouvernement dispose en effet d’un temps limité pour recaser les derniers fidèles alors qu’en vertu d’une tradition républicaine plus ou moins respectée, il est d’usage de ne plus nommer à l’approche de la présidentielle. Et certaines nominations obéissent parfois à des règles de calendrier administratif très strictes.

4 directeurs de cabinet promus
Le Conseil des ministres du 15 février, l’une des dernières grandes fenêtres de tir avant le scrutin présidentiel, enregistre la promotion de 5 membres éminents de cabinets ministériels et d’autres nominations assez politiques. Ainsi, le préfet Fabien Sudry, directeur de cabinet du ministre de l’Aménagement du territoire, de la Ruralité et des Collectivités territoriales, Jean-Michel Baylet, retourne-t-il dans la préfectorale à l’occasion d’un jeu de chaises musicales touchant… 10 préfets. Ancien préfet du Tarn-et-Garonne, de la Saône-et-Loire, puis de la Loire, ce dernier est promu préfet du Pas-de-Calais et accède à sa première préfecture hors classe – la catégorie qui regroupe les préfectures de départements abritant un grand nombre d’habitants.
Dans ce jeu de chaises musicales, le directeur de cabinet de la ministre des Outre-mer, Ericka Bareigts, François Ravier, administrateur civil, obtient son ticket d’entrée pour le corps des préfets et hérite du poste de préfet, secrétaire général de la préfecture de la région Île-de-France, à compter du 20 mars. Il succède à ce poste à Sophie Brocas, haute fonctionnaire et écrivaine, ancienne conseillère du Président Hollande à l’Élysée, qui obtient, elle, son deuxième poste de préfète et sa première affectation comme préfète de département, en Eure-et-Loir. Le ministère des Outre-mer précité enregistre aussi une nomination à son sommet : Corinne Orzechowski, préfète de la Sarthe et ancienne directrice de cabinet de Guillaume Garot au ministère délégué à l’Agroalimentaire, accède au poste sensible de directrice générale des outre-mer.

La Cour des comptes très sollicitée
Deux membres de cabinets ministériels obtiennent leur ticket pour la Cour des comptes. Étienne Champion, administrateur civil, directeur de cabinet de la ministre des Affaires sociales, Marisol Touraine, est ainsi nommé conseiller maître à la Cour des comptes au tour extérieur, en dépit de l'avis défavorable du Premier président, Didier Migaud (cliquez-ici pour lire notre article sur le sujet). Le biologiste Ali Saïb, conseiller “éducation” du Premier ministre, Bernard Cazeneuve (et auparavant de son prédécesseur, Manuel Valls), et éphémère recteur des académies de Caen puis d’Aix-Marseille entre 2012 et 2014, rejoint aussi la Rue Cambon au tour extérieur avec le grade de conseiller maître.
Le directeur de cabinet du secrétaire d’État chargé des Affaires européennes, Harlem Désir, Stéphane Saurel, passé par la direction du budget à Bercy et par la représentation permanente de la France auprès de l’Union européenne, est quant à lui nommé au tour extérieur contrôleur général (de première classe) au Contrôle général économique et financier, l’un des corps d’inspection du ministère de l’Économie et des Finances.

Un “vallsiste” bientôt au chevet des victimes 
Par ailleurs, Christian Gravel, patron du service d’information du gouvernement (SIG), statutairement promu préfet en avril 2015 par le Premier ministre d’alors, Manuel Valls, dont il fut pendant des années le plus proche collaborateur à la mairie d’Évry, quitte ses fonctions à la tête de ce service sans être, pour l’heure, remplacé. Il prend la tête du tout nouveau secrétariat général pour l’aide aux victimes, créé la semaine dernière pour garantir l’efficacité et la pérennité de la politique gouvernementale en faveur des victimes et de leurs proches. La création de cette administration figurait parmi les recommandations de la commission d’enquête parlementaire lancée à la suite des attentats du 13 novembre 2015.
Par ailleurs le Conseil des ministres du 15 février entérine le “recasage” de l’ancien patron de la CGT, Thierry Lepaon, à la tête de la nouvelle délégation interministérielle à la langue française pour la cohésion sociale chargée de la mise en œuvre opérationnelle de la nouvelle agence créée à cet effet, dont il prend aussi la présidence.

Plusieurs conseillers de l’Élysée déjà recasés
Ces nominations entérinées lors du Conseil des ministres interviennent après plusieurs opérations de reclassement. Au sommet de l’État, François Hollande recase avec générosité ses proches conseillers. Fin décembre, il offrait une très belle porte de sortie à l’un de ses conseillers politiques du Château, Vincent Feltesse, ancien rival malheureux d’Alain Juppé pour la mairie de Bordeaux, qui s’est vu parachuté dans un grand corps de l’État : la Cour des comptes, au grade de conseiller maître. Cet ancien président de la communauté urbaine de Bordeaux avait renoncé dans la douleur en novembre dernier à une candidature aux élections législatives.
Le Président a poursuivi le mouvement en plaçant son conseiller social, Michel Yahiel, inspecteur général des affaires sociales et ancien DRH de la mairie de Paris, à la tête de France Stratégie, un organisme de réflexion adossé à Matignon. Puis est venu le tour du conseiller budgétaire du Président, Rodolphe Gintz, promu à Bercy. Nommé à la tête de la direction générale des douanes et des droits indirects (l’une des grosses administrations de Bercy), cet énarque accédait ainsi, à 39 ans, à son premier poste de directeur d’administration centrale.
Entretemps, une autre conseillère du Président, Alice Rufo, jeune énarque chargée à l’Élysée des sommets internationaux, des Nations unies, des Amériques et de l’Asie, était promue conseillère référendaire de la Cour des comptes. La Rue Cambon a aussi été priée d’accueillir fin janvier le premier vice-président du Parti radical de gauche : Guillaume Lacroix. Cet agent contractuel de catégorie A de la fonction publique territoriale et jusqu’alors conseiller “territoires” de Manuel Valls puis de Bernard Cazeneuve à Matignon, a été promu conseiller référendaire à la Cour des comptes.

Polémique autour d’un train de nominations d’ambassadeurs
Enfin, le chef de l’État a surpris son monde en décidant de procéder à la nomination de 28 ambassadeurs lors du Conseil des ministres du 8 février, parmi lesquels les représentants de Paris dans les grandes capitales, sans que les noms des pressentis n’aient été rendus publics officiellement puisqu’ils doivent en effet recevoir le feu vert (appelé agrément) des capitales concernées.
Il ne s’agit pas que de proches du pouvoir en place, loin s’en faut, mais quelques membres de cabinet (ou fraîchement ex-membres) figurent dans la liste. Le directeur de cabinet de Jean-Marc Ayrault au Quai d’Orsay, Laurent Pic, est pressenti pour l’ambassade au Japon, tandis qu’un autre conseiller de ce cabinet, Frédéric Laplanche, pourrait s’envoler pour la Malaisie. L’ex-conseiller diplomatique de Manuel Valls à Matignon, Stéphane Romatet, devrait être nommé en Égypte.
Ce mouvement de nominations d’ampleur dans la diplomatie a été jugé par certains contraire aux usages républicains, notamment par l’ancien ministre délégué LR aux Affaires européennes Bruno Le Maire, même si, en la matière, les pratiques ont été diverses dans le passé. En 2012, Nicolas Sarkozy avait lui-même procédé à la nomination de deux conseillers élyséens – diplomates de métier – à des postes d’ambassadeurs. Mais ces deux nominations avaient été annulées par le Conseil d’État car elles ne respectaient pas certains critères administratifs.