Quantcast

La diversité cherche encore sa place dans les écoles de service public

16 févr. 2017, PAR Bastien Scordia
  • 06
    MIN
  • 0

M.ASTAR/SIPA

Du chemin doit encore être parcouru pour que la fonction publique et les écoles de service public s’approprient la question de la diversité, selon un rapport du conseiller d’État Olivier Rousselle, présenté jeudi 16 février. Le faible engagement des écoles et leur manque de cohésion sur le sujet y sont pointés du doigt.


Le 3 novembre 1789, sous la pression de la foule, le monarque Louis XVI se résout à promulguer la Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen et pose ainsi les bases de la diversité dans le service public. Ce texte fondateur, œuvre des députés réunis en Assemblée nationale au cours de la Révolution, stipule que “tous les citoyens étant égaux à ses yeux, sont également admissibles à toutes dignités, places et emplois publics, selon leur capacité, et sans autre distinction que celle de leurs vertus et de leurs talents”. Un principe repris depuis lors dans le préambule de la Constitution, mais que la fonction publique et les écoles de service public doivent encore s’approprier, selon un rapport du conseiller d’État Olivier Rousselle remis jeudi 16 février au Premier ministre, Bernard Cazeneuve.

“Les administrations n’interviennent qu’en bout de chaîne dans un processus social et éducatif qui conduit à reproduire les inégalités, souligne le conseiller d’État dans son rapport [cliquez ici pour le consulter]. La fonction publique les accentue parfois et ne peut donc se dédouaner de sa responsabilité à cet égard.”

La présentation de ce rapport s’inscrit dans la continuité de celui de l’économiste Yannick L’Horty sur les discriminations dans l’accès à l’emploi public, rendu en juillet 2016. Ce dernier avait notamment révélé que les candidats d’origine maghrébine et ceux vivant dans les quartiers défavorisés étaient pénalisés dans l’accès aux fonctions publiques hospitalière et territoriale [cliquez ici pour consulter notre article : “Une campagne de testing inédite pointe des discriminations de recrutement”].

Engagement “décevant”

L’analyse d’Olivier Rousselle est le produit de la mission que lui avait confiée l’ancien Premier ministre Manuel Valls en février 2016 d’accompagner les écoles de service public dans l’autoévaluation de la diversité au sein de leurs structures. Mais également de coordonner l’élaboration et la mise en œuvre des programmes d’action des établissements.

Les résultats se sont finalement avérés “décevants”, indique Olivier Rousselle. À l’échelle des 75 écoles de service public, seules 18 structures ont fourni des documents d’autodiagnostic et 13 écoles ont, pour leur part, communiqué à la mission des programmes de promotion de la diversité. Parmi ces écoles productrices, figurent notamment l’École nationale d’administration (ENA) et 5 instituts régionaux d’administration (IRA), directement soumises à la direction générale de l’administration et de la fonction publique, ou encore l’Institut national d’études territoriales (Inet), l’École des hautes études en santé publique (EHESP) et l’École nationale d’administration pénitentiaire (Enap).

L’appropriation par les écoles – “le cœur du réacteur du recrutement des trois fonctions publiques” – des sujets concourant à une politique de diversité “est tout aussi inégale” souligne le rapport. Certes un travail a “déjà été largement engagé”, précise Olivier Rousselle. L’occasion pour le conseiller d’État de saluer l’extension du recours aux classes préparatoires intégrées (CPI), dont il faut “favoriser l’égal accès sur tout le territoire”, ou encore la personnalisation des formations “à même de s’adapter à la diversité des profils et d’améliorer les chances de réussite d’élèves qui rencontreraient des difficultés dans leur progression pédagogique”. Mais du chemin peut “encore être parcouru en matière de diversité”, “des ambigüités ou des contraintes (sont) à lever” et “des marges de progression demeurent”.

Une piste, le partenariat

À en croire la mission pilotée par Olivier Rousselle, l’approche de la diversité dans les écoles de service public semble souffrir d’un manque cohésion. “L’attention à la diversité gagnerait à s’inscrire dans un cadre partenarial, entre écoles et vis-à-vis de l’extérieur”, souligne le document. Un constat que le groupe de travail avait déjà formulé en septembre 2016 devant le Conseil commun de la fonction publique, lors de la présentation de ses premières recommandations. L’approche de la diversité est “morcelée école par école alors que certaines pratiques sont similaires”, pointait alors la mission Rousselle [cliquez ici pour consulter notre article : “Des pistes pour diversifier le recrutement dans les écoles de service public”].

Pour y remédier, un champ de partenariat est “à développer” avec l’enseignement supérieur et ce notamment avec les instituts de préparation à l’administration générale (Ipag) et les centres de préparation à l’administration générale (CPAG).

Les partenariats avec le monde éducatif peuvent “être utilement développés, notamment pour structurer, très en amont du recrutement dans les écoles ou même dans les CPI, des parcours scolaires puis universitaires qui conduiraient à la fonction publique, en vue de lutter contre l’autocensure”, précise le rapport. Sur ce point, la mission recommande de développer, sur le modèle britannique, des actions de tutorat par les élèves des écoles du service public dans les établissements du secondaire notamment. Cela constituant, pour le Royaume-Uni et ses Schools Mentoring Pilot Programme, “l’un des aspects d’une politique d’égalité des chances dans l’accès à la fonction publique”.

Clarifier les objectifs de recrutement

Les écoles pâtissent également “d’injonctions contradictoires” sur leurs principaux objectifs en matière de recrutement et de formation, souligne Olivier Rousselle. Pour le recrutement externe, les écoles doivent d’un côté “rechercher des profils qui présentent une motivation spécifique pour le métier” et de l’autre, “s’ouvrir à une diversification de leur vivier”.

Deux objectifs contradictoires selon le rapport : compte tenu de la “faible notoriété” ou de la “grande particularité” de certains métiers de la fonction publique (inspecteur des finances, directeur de centre pénitentiaire), “les candidats motivés de longue date se seront bien souvent positionnés dans les filières les plus adéquates” et “présenteront naturellement, en termes de parcours, une certaine homogénéité”.

Afin de clarifier les objectifs de recrutement et de formation dans les écoles, les administrations de tutelle doivent également réaffirmer “l’importance d’une formation à la carrière” et pas seulement “au premier poste” dans la fonction publique, préconise le conseiller d’État.

Diversité dans les instances de direction

Autre marge de manœuvre (et non des moindres) recensée par la mission pour la promotion de la diversité : la composition des instances de gouvernance des écoles de service public. Des administrations recruteuses aux représentants syndicaux en passant par les élus, les personnes qui y interviennent “sont trop rarement porteuses de regards extérieurs”, souligne le rapport. Ce qui “permet de représenter des points de vue éminemment utiles pour une école, mais laisse peu de place à une diversification des approches quant à la formation des fonctionnaires”, ajoute-t-il.

Sans se risquer à vouloir transposer aux écoles du service public le “Code de gouvernement d’entreprise des sociétés cotées” élaboré par le Medef et l’Association française des entreprises privées (Afep) en 2015 et précisant l’importance de compter au sein des conseils une certaine proportion d’administrateurs indépendants, la mission Rousselle souhaite néanmoins apporter “un peu d’air frais” dans les instances des établissements.

Les partenaires institutionnels, les universitaires, les représentants des usagers du service public en cause ou les associations investies dans le champ de formation desdites écoles font partie des personnalités “extérieures” qu’Olivier Rousselle aimerait voir intégrer les instances de direction des écoles. “Ce point n’est pourtant pas de ceux qui ont suscité la plus grande adhésion de la part des écoles et administrations participantes” à la mission, relève le rapport. Outre la parité hommes-femmes, l’approche en termes de diversification des points de vue au sein des instances de gouvernance “reste marginale”. Prestige du siège, quand tu nous tiens.