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Les eurodéputés demandent une politique de défense commune

16 févr. 2017, PAR Acteurs Publics
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le ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian et son homologue allemande, Ursula von der Leyen - Melanie Wenger/Isopix/SIPA

Une résolution du Parlement européen réclame que 2 % du PIB soient investis dans la défense d’ici 2030. Face à une volonté isolationniste accrue des États-Unis, l’Allemagne devrait présenter dans les prochains jours un projet de création d’une flotte commune d’avions de transport militaire avec la France.

 


Ce n’est qu’un texte préliminaire, mais il fait avancer un peu plus la perspective d’une coopération européenne en matière de défense. Les commissions des affaires constitutionnelles et des affaires étrangères de l’Union européenne ont adopté, le 9 février dernier, une résolution qui a souligné la nécessité d’approfondir et d’encourager la coopération en matière de défense entre les États membres. Voté à une large majorité, ce texte s’appuie sur une disposition du traité de Lisbonne (actif depuis 2009), nommée la “coopération structurée permanente”. Elle permet à certains pays de l’Union européenne de renforcer leur coopération sur les affaires militaires. 

Les eurodéputés des commissions affaires étrangères et constitutionnelles souhaiteraient fixer un objectif d’investissement de 2 % du PIB européen dans la défense, soit 100 milliards d’euros supplémentaires d’ici la fin de la prochaine décennie. Ils proposent également de traiter l’Agence européenne de défense et la coopération structurée permanente comme des institutions de l’UE et qu’elles soient financées par une section spécifique du budget européen. 

Défis sécuritaires

Créée en 2004, l’Agence européenne de défense est l’instrument de coopération sur les capacités de défense et sert aussi à renforcer la base industrielle et technologique européenne. Cependant, avec son petit budget de fonctionnement de 31 millions d’euros, elle a bien du mal à faire passer la coopération à une vitesse supérieure.

La commission “Budget” du Parlement européen soutient également les visées d’une coopération renforcée au niveau de l’UE. En pleine préparation du budget 2018, elle a rédigé un projet de texte indiquant qu’“une coopération renforcée dans le domaine de la défense est nécessaire pour faire face aux défis sécuritaires qui découlent d’une instabilité prolongée dans le voisinage de l’Union européenne”.

Annexion de la Crimée par la Russie, positions isolationnistes du nouveau Président américain… Les pays membres de l’Otan sont instamment priés par Donald Trump d’augmenter leurs dépenses militaires afin d’atteindre l’objectif de l’alliance atlantique nord visant à consacrer 2 % du PIB à ses dépenses militaires.

Coïncidence ou non, l’Allemagne devrait présenter dans les prochains jours un projet pour créer une flotte d’avions de transport militaire commune avec la France. Selon l’agence Reuters, qui a révélé l’information, elle devrait également intégrer une flotte européenne de tankers dont le commandement est exercé par les Pays-Bas et qui regroupe 220 appareils de transport de 7 pays européens, tous membres de l’Union européenne et de l’Otan.

Équilibres menacés par le Brexit

Cette initiative, tout comme celle des commissions du Parlement européen, font écho à la volonté de coopération exprimée par le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, depuis son élection en 2014. Très volontariste en matière de défense européenne, celui-ci a abandonné depuis quelques mois le rêve d’une armée européenne. Mais il pousse les États membres à renforcer leurs liens militaires. En novembre 2016, les ministres des Affaires étrangères et de la Défense de l’Union européenne se sont accordés sur un plan global qui prévoit une structure permanente pour planifier les opérations militaires et civiles de l’UE. 

Récemment, Jean-Claude Juncker a indiqué qu’une “réflexion plus profonde” serait aussi nécessaire en ce qui concerne les futures relations entre l’Union européenne et le Royaume-Uni dans le domaine militaire. Si le Brexit prend forme en 2018, de nombreux domaines seront à revoir et pourraient même être menacés étant donné que le Royaume-Uni est l’acteur militaire le plus performant de l’UE.

La résolution adoptée le 9 février par le Parlement européen sera mise au vote en séance plénière au mois de mars.

Jean-Bernard Gallois