Quantcast

Avis de tempête dans les ports espagnols

17 févr. 2017, PAR Acteurs Publics
  • 03
    MIN
  • 0

Le Premier ministre espagnol, Mariano Rajoy - Ignacy/DYDPPA/Shutterst/SIPA

Le gouvernement espagnol est sommé de transposer une directive européenne qui menace d’enflammer les docks. Jusqu’à présent, le gouvernement Rajoy a réussi à éviter le conflit en temporisant. 


La grève massive initialement prévue pour la semaine prochaine, qui devait paralyser l’ensemble des ports espagnols, n’aura, pour l’instant, pas lieu. C’est in extremis que les estibadores, les dockers espagnols, ont levé leur menace après que le gouvernement a décidé de repousser l’approbation du décret-loi sur la réforme de leur profession prévue ce vendredi 17 février à l’ordre du jour du Conseil des ministres. Les deux parties se donnent une semaine pour résoudre les divergences.

Ce conflit a pour origine l’application de la directive européenne sur la libéralisation des services portuaires. Un véritable casse-tête pour le gouvernement de centre droit, qui traîne des pieds depuis trois ans pour mener à bien cette restructuration dans un secteur crucial pour l’économie (85 % des importations et 65 % des exportations). Depuis décembre 2014, Madrid est en effet sommée par l’Europe de réformer le système d’embauche privilégié des employés au déchargement et chargement des navires, considéré comme contraire au libre marché du travail et incompatible avec le droit communautaire.

L’exécutif au pied du mur

Une demande qui est jusqu’ici restée lettre morte. L’ex-ministre de l’Équipement Ana Pastor s’est bien réunie en février 2015 avec le syndicat majoritaire de la manutention Coordinadora Estatal de los Trabajadores del Mar, mais aucun sujet fâcheux n’a été abordé lors de cette rencontre. Le Parti populaire au pouvoir, en chute dans les sondages, n’avait à l’époque aucun intérêt à déclencher la colère des dockers, qui se serait soldée par une grève alors que la campagne préélectorale pour les élections régionales et municipales venait tout juste de commencer. La réforme retombait ainsi dans l’oubli jusqu’au prochain scrutin présidentiel de décembre 2015. Or ces élections législatives n’ont permis de dégager aucune majorité stable au Parlement. L’Espagne entrait alors dans une année d’instabilité politique avec un gouvernement intérimaire durant près de dix mois et sans qu’aucune réforme ou loi majeure ne soit adoptée.

À nouveau aux commandes de l’État depuis novembre dernier, l’exécutif de Mariano Rajoy est cette fois au pied du mur. Et Bruxelles a perdu patience. Faute de réponse des autorités espagnoles, c’est le Tribunal de justice de l’Union européenne qui a été saisi du dossier en septembre dernier. L’Espagne a déjà été condamnée à une amende de 24 millions d’euros. Une autre amende, cette fois de 134 000 euros par jour, pourrait tomber si les autorités espagnoles n’appliquent pas immédiatement la norme européenne. Sous la pression de cette condamnation, le gouvernement a mis les bouchées doubles, au risque de provoquer un conflit sérieux avec les dockers.

65 000 euros de salaire annuel

Ces derniers demandent un assouplissement du décret-loi afin de garantir l’emploi des 6 156 salariés. “Avec l’excuse de la norme européenne, le gouvernement veut précariser notre emploi. Nous exigeons la création d’un registre national des travailleurs portuaires”, fulmine Antolin Goya, porte-parole de la Coordinadora, le syndicat majoritaire du secteur.

Une exigence impossible à satisfaire selon les règles européennes. Les dockers espagnols bénéficient d’un statut particulier en Europe, qui ne permet pas aux entreprises de manutention d’autres États membres de s’établir dans les ports espagnols. Actuellement, tous les manutentionnaires de plusieurs ports dits d’intérêt national (Barcelone, Valence, Algesiras, Bilbao) doivent passer par les sociétés de gestion de main-d’œuvre (Sagep) pour recruter le personnel. Enfin, les conditions d’embauche, avec un salaire annuel de 65 000 euros en moyenne, sont considérées comme un privilège, qui oblige à élever les coûts de manutention, bien plus élevés que ceux appliqués dans les autres ports d’Europe. C’est justement sur ce point que les dockers espagnols ne veulent pas céder.

Diane Cambon