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Les gendarmes du GIGN veulent la même prime que les policiers du Raid

17 févr. 2017, PAR Soazig Le Nevé
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Francois Mori/AP/SIPA

L’association professionnelle de défense des gendarmes, GendXXI, a écrit au ministre de l’Intérieur le 11 février pour dénoncer une inéquité de traitement entre policiers du Raid et gendarmes du GIGN, ces derniers ne touchant pas l’indemnité de missions exclusives.


Une prime pour le Raid, mais pas pour le GIGN. Il n’en fallait pas plus à la toute jeune Association professionnelle nationale des militaires de la gendarmerie du XXIe siècle, GendXXI, pour se fendre d’un courrier au ministre de l’Intérieur, Bruno Le Roux, le 11 février, dénonçant une inégalité de traitement entre les deux unités d’élite des forces de l’ordre. Le tout en prévenant la presse.

Alors que les unités d’intervention de la police nationale – dont le Raid – touchent ou toucheront très rapidement une “indemnité de missions exclusives”, “légitime au vu de leurs missions et de leur engagement quotidien”, les personnels du GIGN qui “effectuent leurs missions en prenant sensiblement les mêmes risques que les personnels du Raid”, ne touchent pourtant aucune indemnité “pour compenser leurs sacrifices au service des Français dans l’exercice de leurs missions d’intervention”, expose dans ce courrier Frédéric Le Louette, président de GendXXI.

D’un montant de 500 à 650 euros mensuels (en fonction du niveau d’habilitation), l’indemnité de missions exclusives du Raid – et élargie à la brigade de recherche et d’intervention (BRI) – vient récompenser les actions d’intervention contre des actes terroristes, comme au Bataclan, à Paris, en novembre 2015. “Les gendarmes de base ne font pas ce type d’interventions, qui relèvent du haut niveau du spectre, précise Frédéric Le Louette, joint par Acteurs publics. Mais le GIGN, lui, intervient dans ce genre d’opérations. Alors pourquoi serait-il évincé de cette prime ?”

Solde inférieure à celle des gendarmes de brigade

L’injustice est d’autant plus grande, aux yeux de Frédéric Le Louette, que les militaires du GIGN suivent une formation et des entraînements spécifiques à haute dose et enchaînent des déplacements nombreux et des astreintes permanentes. “En 2016, la feuille de route sociale décidée par le président de la République n’a bénéficié qu’aux gendarmes de brigade, qui ont vu leur prime revalorisée”, rappelle-t-il. Ce qui a créé un déséquilibre entre les troupes : “Les gendarmes des antennes GIGN, qui sont sous régime mobile, se retrouvent désormais moins soldés que leurs collègues des brigades.”

Seul le GIGN “historique”, celui de Paris, garde un salaire plus important, en vertu d’une “prime parachutiste” de 650 euros par mois. “Mais les antennes locales du GIGN ont été créées plus tard et n’en bénéficient pas”, regrette Frédéric Le Louette. Le GIGN comporte 13 antennes territoriales dont 6 outre-mer, soit 390 militaires. “La direction générale de la gendarmerie nationale [DDGN] n’a pas voulu entendre ces préoccupations, alors que tout est remonté dans nos instances de dialogue social”, rapporte le président de GendXXI.

La presse prise à témoin, une première

Un cas “exceptionnel” qui l’a convaincu de rendre publique cette affaire. “En deux ans, c’est la première fois que nous prenons la presse à témoin”, confie Frédéric Le Louette. Le président n’avait jusqu’ici envoyé qu’un seul communiqué de presse, pour annoncer la création de son association en janvier 2015. La hiérarchie n’a pas manqué de réagir à cette action de communication : “On a fait comprendre aux gendarmes des antennes GIGN que ce n’était pas bien de s’exprimer à l’extérieur et qu’il y aurait peut-être des enquêtes”, affirme le gendarme.

L’Association professionnelle nationale des militaires de la gendarmerie du XXIe siècle a été créée à l’issue d’une décision de la Cour européenne des droits de l’Homme et d’un rapport du conseiller d’État Bernard Pêcheur, proposant d’instituer un droit d’association professionnelle adapté à l’état militaire, à l’exclusion de tout droit syndical.

GendXXI compte 600 adhérents, dont un nombre grandissant de gendarmes du GIGN. “Depuis notre courrier au ministre, ils sont plusieurs dizaines à nous avoir rejoints”, indique Frédéric Le Louette, sans donner plus de précision chiffrée. Sollicitée par Acteurs publics, la DGGN n’a, pour l’heure, pas donné suite.