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Présidentielle 2017 : les candidats au chevet de l’hôpital public

9 mars 2017, PAR Acteurs Publics
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Le service des urgences de l’hôpital Bichat (AP-HP), à Paris, en janvier 2017. - © Jérôme Mars/JDD/SIPA

Le quatrième volet de notre dossier consacré cette semaine aux programmes des candidats à l’Élysée aborde le domaine de la santé publique. Manque de moyens, urgences saturées, lits insuffisants… Tour d’horizon des engagements pris par les différents candidats concernant l’hôpital.


Emmanuel Macron à l’hôpital de Nevers, François Fillon en visite à l’hôpital Marie-Lannelongue, en région parisienne, Jean-Luc Mélenchon à l’hôtel-Dieu (AP-HP) au plus fort de la crise qui a secoué le service des urgences, Benoît Hamon en visite à l’Institut du cerveau et de la moelle épinière à la Pitié-Salpêtrière (AP-HP)… Les candidats à l’élection présidentielle draguent de longue date les blouses blanches, et l’opération séduction devrait encore s’intensifier dans les semaines à venir dans la perspective de l’élection présidentielle.

Après quelques scrutins où la santé était restée la grande absente des débats, François Fillon, candidat Les Républicains, l’a propulsée au-devant de la scène politique dès la primaire de la droite à l’automne 2016.

Dans le secteur de la santé, la prudence est de mise. Le sujet est épineux et dangereux sur le plan électoral et pourtant cette année, chaque candidat s’en préoccupe, à commencer par l’hôpital et son organisation, tout en laissant, pour l’heure, de côté la question clé de son financement.

Soutenir les hôpitaux en danger

Benoît Hamon, candidat du PS, veut soutenir les hôpitaux en danger. Il propose d’améliorer les conditions de travail et de diminuer la souffrance au travail des personnels. Il promet notamment de revaloriser les rémunérations et de revoir l’organisation du temps de travail et des heures supplémentaires non rémunérées. Il met le doigt sur la délicate question des temps de transition – où les équipes de soins se transmettent les informations – qui ne sont pas forcément pris en compte. Une situation qu’il promet de corriger en l’accompagnant de recrutements massifs à l’hôpital.

Reprenant la proposition d’Arnaud Montebourg d’y créer 5 000 postes tous les ans pendant cinq ans, il s’engage donc à multiplier le nombre de médecins et paramédicaux tout en défendant les 35 heures. Benoît Hamon est aussi l’un des seuls candidats à avoir abordé franchement le thème de la psychiatrie, secteur où il juge nécessaire de concentrer l’effort budgétaire et l’effort de santé publique.

De son côté, le candidat du Front de gauche, à la tête du mouvement La France insoumise, Jean-Luc Mélenchon, s’aligne sur le strict respect des 35 heures, mais il affirme clairement son ambition de remettre à plat les principales mesures de la loi de modernisation du système de santé élaborée par la ministre Marisol Touraine, dont il déplore régulièrement les conséquences, au premier rang desquelles l’engorgement des services d’urgences. Sur cette question, il dénonce “le règne du bavardage au sommet de l’État” et constate entre autres que “l’hôpital est malade de la politique de ces cinq dernières années”. En s’attachant aux réalités humaines avant de parler d’objectifs comptables, il est épaulé par Riva Gherchanoc, maire adjointe de Montreuil, en Seine-Saint-Denis, pour étoffer ses propositions sur la santé en refusant l’idée de responsabiliser les Français dans leur consommation de soins.

Loi “Santé” : échec et mat

Une approche aux antipodes de celles de François Fillon, qui se concentre précisément sur cette idée de responsabiliser chacun pour rétablir une certaine stabilité à l’hôpital. Il propose un traitement de choc en rétablissant le jour de carence des fonctionnaires en cas d’arrêt maladie, en revenant aux 39 heures et surtout en recomposant la carte hospitalière sur des critères de qualité et d’activités.

Promettant de revenir sur la gouvernance instaurée par Marisol Touraine, qui concentrerait trop de pouvoir dans les agences régionales de santé (ARS), François Fillon envisage aussi d’assouplir les conditions de recrutement pour permettre aux médecins hospitaliers d’exercer à la fois en clinique et en cabinet afin d’ouvrir et faciliter les prises en charge en ville. Initiateur de la généralisation de la tarification à l’activité (T2A) lorsqu’il était Premier ministre, le candidat de la droite et du centre avance aussi une solution pour faciliter la réduction des temps de séjour. Il propose de créer des hôtels hospitaliers à proximité des établissements pour que les patients viennent se faire soigner à l’hôpital sans forcément y occuper un lit. Enfin, il s’engage à créer un label “Hôpital France” pour renforcer la notoriété des équipes médicales et la qualité de la prise en charge au niveau international.

Des préoccupations assez éloignées de celles d’Emmanuel Macron à la tête de son parti, En marche ! L’ancien ministre de l’Économie, de l’Industrie et du Numérique accélère d’ailleurs le pas pour s’attaquer à la crise qui secoue le monde hospitalier depuis des décennies. En annonçant la révolution de la prévention, il promet un accès à tous à des soins de qualité en amorçant une transformation de l’hôpital dans son ensemble. Le projet manque encore de précision, mais il propose de créer un service sanitaire de trois mois pour les étudiants en santé reposant sur des maquettes pédagogiques qui passeront par des actions dans les écoles et les établissements d’hébergement pour les personnes âgées dépendantes (Ehpad). Cela concernerait 40 000 étudiants qui pourraient être sur le terrain chaque année pour libérer du temps aux professionnels. En affirmant sa volonté de donner plus de latitude aux agences régionales de santé pour lancer des appels à projets en fonction des besoins locaux, son approche s’inspire du modèle québécois, où les ARS ont même disparu l’an dernier, laissant plus d’autonomie aux acteurs de terrain. “La révolution de la prévention ne partira pas de l’État, elle se construira sur les territoires par des initiatives multiples, avec les élus et les professionnels de santé”, a déclaré Emmanuel Macron lors d’un déplacement au centre hospitalier de Nevers, le 9 janvier dernier.

Déconcentration, décentralisation et information

Sa proposition de doubler le nombre de maisons pluridisciplinaires de santé d’ici 2022 et de développer la télémédecine avait d’ailleurs été largement applaudie. Une égalité d’accès à la santé qu’il envisage grâce à plus d’informations livrées par les pouvoirs publics. Son ambition de développer sur Internet un portail d’informations actualisées et fiables regroupant les données utiles sur les pathologies, les médicaments et les services publics de santé situés à proximité permettrait d’instaurer de nouvelles modalités de prise en charge et de rendez-vous en réduisant les délais d’attente. Enfin, sur l’organisation des soins, Emmanuel Macron compte s’appuyer davantage sur les personnels soignants que sur le système de santé et les établissements et promet d’ouvrir “une phase nouvelle de décentralisation et de déconcentration”. Des propositions qui visent à séduire un électorat tenté par le Front national.

D’après les chiffres du Cevipof, Marine Le Pen est à son plus haut niveau dans la catégorie C de la fonction publique hospitalière, avec 29 % d’intentions de vote. Deux fois plus d’aides-soignantes infirmières et l’ensemble des personnels au bas de la hiérarchie hospitalière seraient tentés par le Front national, qui n’a, à l’heure de notre bouclage, pas encore présenté de projet concret dans le secteur de la santé.

La tension monte à l’hôpital et la Fédération hospitalière de France (FHF), qui propose son programme de réformes aux différents candidats à l’élection présidentielle, présente un état des lieux du durcissement de la situation. Les salariés des hôpitaux ont travaillé plus et même gagné 1,5 % de productivité depuis 2012, le déficit est reparti à la hausse à partir de 2013 et les dépenses d’investissement continuent de reculer. Avec 6 600 lits en moins en trois ans, la seule promesse que Marisol Touraine leur ait faite pour 2017 correspond à 3 milliards d’euros d’économies à réaliser, qui devraient se traduire, selon la FHF, par 22 000 suppressions de postes, soit 2 % des effectifs. Le grand corps malade qu’est l’hôpital n’a pas fini de souffrir.

Laurence Mauduit