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Le roi du Maroc désigne un nouveau Premier ministre

20 mars 2017, PAR Acteurs Publics
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Le nouveau Premier ministre, Saad Eddine Al Othmani, le 18 mars à Rabat - Abdeljalil Bounhar/AP/SIPA

Le numéro deux du Parti de la justice et du développement, Saad Eddine Al Othmani, a été chargé de former au plus vite un gouvernement. L’échec des tractations engagées par son prédécesseur, Abdelilah Benkirane, a provoqué une situation de blocage politique qui a duré cinq mois, un record dans l’histoire du pays.


Retour à la case départ au Maroc. Cinq mois après les élections législatives gagnées par le Parti de la justice et du développement (PJD), le roi Mohamed VI a écarté Abdelilah Benkirane et nommé Saad Eddine Al Othmani, numéro deux de la formation islamiste. Le nouveau chef de l’exécutif, reçu en audience, vendredi 17 mars après-midi par Mohamed VI, a été chargé de former au plus vite son gouvernement, une mission dans laquelle son prédécesseur a échoué, en raison de tractations politiques difficiles et interminables.

Mis devant le fait accompli, le PJD a estimé, lors d’une réunion samedi, que la désignation d’un nouveau Premier ministre ne changerait rien à la situation car ce sont, d’après lui, les conditions posées par les partis politiques devant intégrer le cabinet qui font perdurer le statu quo.

Islamiste modéré

Dans la presse marocaine pourtant, on compte beaucoup sur la capacité du successeur de Benkirane à convaincre ses partenaires politiques, grâce notamment à son esprit de compromis et à ses talents de diplomate. Psychiatre de formation et figure emblématique du PJD, dont il est l’un des membres fondateurs, Saad Eddine Al Othmani est réputé pour être l’homme du consensus. Entre 2012 et 2013, il a occupé le poste de ministre des Affaires étrangères et s’est illustré, notamment, par un voyage en Algérie, un pays avec lequel le Maroc entretient des relations très conflictuelles. Le nouveau Premier ministre dispose par ailleurs d’un réseau de relations étendu dans les pays du Golfe.

En Europe, cet homme qui fait figure d’islamiste modéré plaît à beaucoup de chancelleries. Il prône une politique économique libérale et se distingue par des positions tolérantes sur certains sujets de société. Il s’est prononcé par exemple en faveur de l’avortement lorsque la santé de la mère est mise en danger et pour l’évolution de la législation sur le cannabis.

Lors des législatives d’octobre 2016, Al Othmani a raflé la majorité des suffrages à El Mohamadia, une ville du nord-ouest du Maroc dont il a été le député depuis 2011. Il entend user de la même popularité et ratisser le plus grand nombre d’appuis politiques pour former son gouvernement.

Consultations élargies à tous les partis

Les consultations qu’il a entamées dimanche ont d’ailleurs été élargies à tous les partis. Selon des sources officielles, le roi a fixé à son nouveau Premier ministre un délai de deux semaines pour faire connaître la composante de son cabinet et mettre fin à la longue période de transition que son prédécesseur a gérée bon gré mal gré.

Incapable de réunir une majorité pour gouverner, Abdelilah Benkirane avait, pour rappel, dû maintenir à leurs postes certains des ministres figurant dans la précédente législature. D’autres (une douzaine au total), élus à la députation, avaient été remplacés. Comme leurs collègues, les nouveaux admis au cabinet ont hérité du statut d’intérimaires, qui les a réduits, conformément à la loi, à expédier les affaires courantes et à veiller au fonctionnement régulier des services publics.

Le Parlement lui-même a été mis en situation de chômage technique. Les 515 députés et sénateurs qui ont rejoint la chambre des représentants et celle des conseillers (Assemblée nationale et Sénat) en octobre dernier se sont réunis une seule fois en séance plénière, il y a quelques semaines, pour voter l’acte constitutif de l’Union africaine, qui avait précédé le retour du Maroc dans cette organisation.

Dossier des retraites

L’élection du président de l’Assemblée, restée en suspens pendant une longue période, avait été d’ailleurs été précipitée par le Palais royal, qui a demandé expressément aux membres de l’Assemblée de désigner leur représentant au perchoir. Habib El Malki, numéro deux de l’Union socialiste des forces populaires (USFP) a été finalement choisi, mais s’est trouvé très vite comme ses collègues, en situation de désœuvrement, se contentant d’officier dans des cérémonies protocolaires.

Pourtant, les sujets qui inquiètent les Marocains ne manquent pas. La grave situation financière de la caisse nationale des retraites a conduit à la mise en place d’une commission d’enquête parlementaire qui vient tout juste de livrer ses conclusions en dévoilant des failles dans la gestion de l’organisme.

Le relèvement de l’âge de la retraite décidé par le gouvernement Benkirane pour améliorer la situation financière et corriger les déficits de la caisse a d’ailleurs donné lieu à de violentes manifestations en 2016. Ces derniers temps, le pays a été secoué par des grèves organisées par les enseignants et les médecins, pour protester contre leurs conditions de travail.

Samia Lokmane-Khelil