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Intelligence artificielle : la France doit endiguer la fuite des cerveaux

22 mars 2017, PAR Soazig Le Nevé
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Afin de faire de la France “la terre d’accueil européenne des start-up de l’intelligence artificielle”, le gouvernement a annoncé, le 21 mars, une batterie de mesures pour tenir son rang dans un marché crucial et ultraconcurrentiel.


Faire preuve d’une réelle intelligence au sujet de l’intelligence artificielle. Telle est l’ambition de la “stratégie France IA”, présentée le 21 mars à François Hollande par les ministres Michel Sapin, Thierry Mandon et Christophe Sirugue (Économie ; Enseignement supérieur et Recherche ; Industrie et Numérique).

Du 20 janvier au 14 mars 2017, 17 groupes de travail se sont réunis pour proposer des actions de politiques publiques visant à développer l’intelligence artificielle en France. Le gouvernement projette notamment de consacrer d’ici cinq ans plus de 250 millions d’euros d’argent public et privé à 10 start-up.

Parmi la cinquantaine de propositions formulées, un comité stratégique baptisé “#FranceIA” doit être mis en place et un nouveau programme mobilisant les institutions de recherche, lancé pour identifier, attirer et retenir les meilleurs talents en intelligence artificielle. Le gouvernement ambitionne également de constituer un consortium public-privé en vue de l’identification ou de la création d’un centre interdisciplinaire pour l’intelligence artificielle. Il prévoit par ailleurs de lancer d’ici l’été une concertation, menée par France Stratégie, sur la question des effets de l’intelligence artificielle sur l’emploi.

Enjeux majeurs à relever

“La France doit affirmer une ambition de leadership au niveau européen en matière d’intelligence artificielle et faire de ce leadership un facteur d’attractivité grâce à une meilleure compétitivité de ses entreprises”, affirme le rapport de synthèse de la stratégie France IA, fruit du travail de 559 contributeurs.

Pour ce faire, la France doit surtout mettre en place dans la durée une politique de soutien à la recherche amont en matière d’intelligence artificielle, qui viendra favoriser le transfert des résultats vers l’industrie. “L’identification des technologies clés de l’intelligence artificielle et le soutien à leur maîtrise par les laboratoires et les entreprises françaises est donc l’un des enjeux majeurs de ces dix prochaines années”, estime le rapport.

Problème : “notre écosystème de recherche présente quelques fragilités”, relèvent les auteurs : il n’y a pas dans la recherche amont une véritable présence des grands groupes industriels français et cette recherche reste financée pour l’essentiel par des fonds publics. Par ailleurs, “le foisonnement des thématiques d’intelligence artificielle se traduit par un grand nombre de communautés, souvent très autonomes”, alors que “c’est aux interfaces de ces thématiques et dans l’intégration de techniques qui en sont issues que le potentiel de progrès semble aujourd’hui le plus important”.

L’IA est gourmande en données

L’autre grand défi est celui des données, qui constituent le “carburant” – complémentaire aux algorithmes – majeur de l’IA. “L’obtention de modèles prédictifs fiables nécessite notamment d’exécuter ces algorithmes sur des jeux de données prétraitées qui sont aujourd’hui des ressources rares”, souligne le rapport.

D’autant que certaines approches d’apprentissage très performantes, comme le deep learning, où un programme est capable de reconnaître une image ou un langage parlé, ont besoin de volumes massifs de données. Une gourmandise qui se heurte à la protection de certaines catégories de données, comme les données à caractère personnel ou encore à la confidentialité de nombreuses données techniques. Mais aussi “au manque de données en langue française, en particulier pour alimenter les phases d’apprentissage machine”, note le rapport.

Concurrence internationale

Sans surprise, la stratégie France IA préconise de former massivement experts et chercheurs dans les domaines scientifiques sous-jacents à l’intelligence artificielle, mais aussi de développer une offre de formation à de nouveaux métiers : “des développeurs informatiques appelés à être des intégrateurs d’IA, des spécialistes « métier » capables d’organiser le problème à résoudre pour le rendre accessible aux solutions techniques existantes, et des chefs de projet intervenant de manière transversale sur le développement, l’intégration, et la maintenance des systèmes d’IA”, décrit le rapport.

Aujourd’hui, le vivier français “suffit à peine à combler les besoins des start-up et des grands groupes actifs dans le domaine”. Un déficit, qui s’explique aussi par “un mouvement significatif de départs à l’étranger (notamment vers les États-Unis) des jeunes ingénieurs et chercheurs”, alerte le document.

À l’heure où nombre de pays affûtent leurs armes pour remporter le leadership de ces technologies de demain, la France devra déployer beaucoup d’efforts et s’allier étroitement avec le secteur privé. À titre d’exemple, la Corée du Sud investit dans l’intelligence artificielle 800 millions d’euros sur cinq ans.