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70 % des municipalités tunisiennes sont endettées

5 avr. 2017, PAR Acteurs Publics
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Le Premier ministre tunisien, Youssef Chahed (à gauche), et Chafik Sarsar, président de l’Instance supérieure indépendante pour les élections (ISIE), le 14 mars 2017 à Tunis. - © Mohammed Hammi/SIPA

En Tunisie, 176 communes sur 264 ont cumulé des dettes à hauteur de 150 millions de dinars tunisiens (62 millions d’euros). Depuis la chute du régime de Ben Ali, la gestion des affaires locales est assurée par des maires intérimaires. Des élections municipales devront avoir lieu l’automne prochain.


La présence de Kasserine dans la liste des 7 municipalités tunisiennes les plus endettées n’est pas du tout surprenante. Cette localité de 80 000 habitants, située dans la région du centre-ouest, compte parmi les plus pauvres du pays. Elle est régulièrement le théâtre de scènes de violence. En janvier 2016 puis à la même période en 2017, des émeutes populaires ont éclaté. Les manifestants en colère ont ciblé les symboles de l’État et ont vandalisé des espaces publics pour réclamer une plus grande justice sociale.

Dans cette ville, la moitié des foyers ne dispose pas d’eau potable et le taux de chômage est beaucoup plus important qu’au niveau national. Il y a deux ans, la mort par électrocution d’un jeune exclu d’une liste d’embauche dans la fonction publique a mis le feu aux poudres. Pour calmer la révolte, le gouvernement avait instauré un couvre-feu. En même temps, il avait annoncé des mesures d’urgence, dont la création de 5 000 emplois, la construction de logements sociaux et la mise en place d’une commission chargée d’enquêter sur les allégations de corruption qui visent les représentants de l’État sur place.

Expédier les affaires courantes

Les accusations de la population étaient dirigées contre la police, la préfecture et la délégation spéciale qui fait office de pouvoir municipal. À Kasserine comme dans toutes les autres localités du pays, l’administration locale a été confiée, après la chute du régime de Ben Ali en 2011, à des intérimaires, chargés d’expédier les affaires courantes. Des figures locales ont été désignées dans la précipitation, pour former des conseils municipaux de substitution. Or beaucoup de mandants n’ont pas le profil de l’emploi. Leur gestion chaotique a profondément affecté le quotidien des Tunisiens. En 2014, le pays a vécu une terrible crise des ordures ménagères provoquée par un ramassage très déficient. Les ressources financières locales ont par ailleurs été dilapidées.

Aujourd’hui, les deux tiers (176 sur 264) des municipalités du pays sont endettées. Selon un bilan présenté ces derniers jours par le ministère de l’Intérieur et des Collectivités locales, le montant des créances enregistrées jusqu’à 2015 s’élève à 150 millions de dinars tunisiens (62 millions d’euros). Outre Kasserine, les villes de Tozeur, Bardo, Carthage, Oum Laarayes, Sfax et Tunis cumulent à elles seules 30 % du déficit.

N’hésitant pas à tirer la sonnette d’alarme, le gouvernement estime qu’il est temps de pourvoir les municipalités de moyens de gouvernance plus appropriés afin de les aider à remonter la pente. “La situation actuelle impose la mise en place de cadres adéquats pour améliorer le cadre de vie des populations dans les villes tunisiennes”, a fait savoir Mokhtar Hamami, directeur des collectivités locales au ministère de l’Intérieur, au cours d’un séminaire sur le thème de la gouvernance locale tenu fin mars à Tunis.

Dans la pratique, les autorités tunisiennes tablent sur la réussite de la politique de décentralisation qui implique, selon la Constitution de 2014, un transfert des pouvoirs politiques, administratifs, financiers et fiscaux des autorités centrales aux collectivités territoriales.

Élections municipales en décembre ?

Elles veulent en outre s’assurer que la gestion des affaires locales soit à l’avenir du ressort exclusif d’élus qui seront choisis par la voie des urnes. Pour mettre fin au mandat transitoire des délégations spéciales, le gouvernement prévoit d’organiser des élections municipales le plus tôt possible. Il y a quelques jours, le chef du gouvernement, Youssef Chahed, a reçu Chafik Sarsar, président de l’Instance supérieure indépendante pour les élections (ISIE), qui lui a proposé la date du 17 décembre 2017 pour la tenue du scrutin municipal.

Cette échéance, qui doit aussi être avalisée par le chef de l’État, Bedj Caid Essebssi, ne fait toutefois pas l’unanimité au sein des partis politiques. Certains réclament auparavant l’adoption du code des collectivités locales alors que d’autres pensent que le délai est trop court pour leur permettre de préparer leurs listes de candidats. Ce sont au total 365 sièges municipaux qui sont à prendre.

Si la date du scrutin est validée, les délégations spéciales seront dissoutes dans les prochaines semaines. Trois délégués ont pour leur part déjà plié bagage. Ils viennent d’être limogés par le chef du gouvernement en personne. Celui qui dirigeait la municipalité de Gafsa (sud-ouest) a été pris en flagrant délit dans une affaire de corruption.

Samia Lokmane-Khelil