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Des sénateurs veulent mieux armer les collectivités face à la radicalisation

12 avr. 2017, PAR Bastien Scordia
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DURAND FLORENCE/SIPA

Craignant que les collectivités soient dépassées par les événements, un rapport sénatorial appelle à impliquer davantage les élus locaux dans la politique de lutte contre la radicalisation. Une meilleure diffusion des informations ou la facilitation de l’accès à certains fichiers de renseignements par les maires sont notamment préconisées.


L’implication des collectivités dans la détection des comportements douteux et dans la prévention des risques de radicalisation doit être améliorée. C’est le constat formulé par deux sénateurs dans un rapport présenté, mardi 11 avril, au nom de la délégation sénatoriale aux collectivités territoriales et pointant du doigt le fréquent isolement des collectivités face aux risques de radicalisation sur leurs territoires.

“Les collectivités sont confrontées, avec la radicalisation, à un domaine nouveau et mal connu qui désoriente parfois les élus et les personnels territoriaux”, soulignent dans leur rapport l’élu socialiste du Val-de-Marne Luc Carvounas et le sénateur UDI du Haut-Rhin Jean-Marie Bockel [cliquez ici pour consulter le rapport].

Sans davantage de “moyens humains, concertation, dialogue et confiance” entre l’État et les collectivités, “nous nous ferons toujours dépasser par ceux qui veulent attenter à la République”, a souligné le sénateur Luc Carvounas, également maire d’Alfortville. Face à ces situations, “les maires, notamment, sont en première ligne et appellent souvent à l’aide”, a-t-il ajouté.

Meilleure information et formation

Pour y remédier, le rapport dresse une liste de 21 recommandations invitant notamment le ministère de l’Intérieur, les préfets, les départements et les communes à mieux faire descendre et remonter les informations sur les “situations à risques”. Les sénateurs appellent aussi l’État à mieux former et informer les agents des communes, départements et régions pour prévenir les comportements radicaux, notamment en milieu scolaire ou associatif, et réagir plus efficacement face à des groupes ou individus présentant un “risque de radicalisation”.

“Tout ce que l’on propose peut être engagé sans loi” par le prochain gouvernement, a souligné Jean-Marie Bockel. “Le soutien de l’État doit aussi être financier”, a-t-il ajouté, mais, souligne-t-il, “on est dans l’épaisseur du trait car cela représente quelques dizaines de millions d’euros en plus sur des budgets de plusieurs centaines de millions”.

Accès aux fichiers

Le rapport ne se prononce pas sur l’épineuse question de la communication aux maires des noms des “fichés S” (personnes considérées comme potentiellement dangereuses pour la sécurité de l’État) ou même du fichier des signalements pour la prévention de la radicalisation à caractère terroriste (FSPRT). Selon l’Unité de coordination de la lutte antiterroriste (Uclat), 17 393 personnes sont inscrites dans ce dernier fichier, créé en 2005.

Plusieurs maires ont réclamé dernièrement d’avoir accès aux noms des individus fichés S, ce que le ministère de l’Intérieur refuse pour des raisons de confidentialité et parce que leur “dangerosité” n’est pas toujours “avérée”.

Les deux rapporteurs demandant toutefois que les maires puissent avoir accès, via les préfectures par exemple, à un futur fichier de “quelques milliers de noms” liés à des comportements avérés “radicaux, à connotation violente ou idéologiquement lourde”, a indiqué Jean-Marie Bockel.

(avec AFP)