Quantcast

Terra Nova pilonne les suppressions de postes promises par François Fillon

19 avr. 2017, PAR Pierre Laberrondo
  • 05
    MIN
  • 0

Thibault Camus/AP/SIPA

Le think tank proche de la gauche reproche au candidat LR de “demander davantage d’efforts à la fonction publique d’État, qui en a déjà fait beaucoup, et finalement très peu à la fonction publique territoriale, qui est pourtant responsable d’une bonne partie des dérives constatées”. Terra Nova juge que François Fillon, “candidat des clientèles politiques”, a cédé au lobbying des élus locaux LR.


Voilà une note très engagée, voire très à charge, et qui ne passe pas inaperçue à cinq jours du premier tour de l’élection présidentielle. La fondation Terra Nova, proche de la gauche et des milieux sociaux-démocrates, revient, dans un document de 5 pages publié le 19 avril, non signé et intitulé “Emplois publics : les mauvais comptes de François Fillon”, sur la proposition phare du candidat de la droite et du centre : la suppression de 500 000 postes d’agents publics sur le prochain quinquennat (cliquez-ici pour consulter la note).

La fondation critique autant le diagnostic que la stratégie du candidat. Pour rappel, l’ancien Premier ministre, qui s’est fixé l’objectif de réaliser 100 milliards d’euros dont 15 milliards au titre des suppressions d’effectifs, estime qu’1 million d’agents quittera la fonction publique sur le quinquennat, qu’il s’agisse de fonctionnaires admis à la retraite ou de contractuels arrivés au terme de leur contrat. Le député de Paris, une fois élu Président, n’en remplacerait que 500 000. “Comment cet effort historique serait-il réparti entre les différentes fonctions publiques ? s’interroge Terra Nova. De manière surprenante, François Fillon ne répond pas formellement à cette question”, poursuit la note, en relevant que les départs en retraite se répartiront de façon inégale entre les trois fonctions publiques : 55 000 pour l’État (52 %), 27 000 pour les collectivités territoriales (25,5 %) et 24 000 (22,5 %) pour la fonction publique hospitalière.

Les dépenses au centre la discorde

Terra Nova remet en cause la crédibilité du projet du candidat, notamment parce qu’il n’a jamais dit combien il entendait rétribuer le passage aux 39 heures qui figure aussi dans son programme et que, par ailleurs, sa proposition d’allonger la durée de cotisation pourrait bien retarder les départs en retraite…

“Si l’on suit le programme de François Fillon, l’État et ses établissements publics devraient en effet prendre à leur charge un tiers des 100 milliards d’économies recherchées”, juge la fondation, en relevant qu’un effort deux à trois fois moins important (“10 à 15 milliards d’euros répartis sur les cinq années du mandat”) serait par ailleurs demandé aux collectivités territoriales.

Terra Nova reconnaît que les dépenses publiques de l’Hexagone ne sont pas loin de constituer un record – parmi les pays membres de l’OCDE, seule la Finlande y consacre davantage de ressources –, mais estime que la dépense publique ne doit pas être confondue avec l’emploi public. “Si l’augmentation en valeur des dépenses publiques est réelle dans tous les cas, elle n’est pas tirée principalement par les dépenses de fonctionnement et les salaires des agents, dont la part dans l’ensemble des dépenses a en réalité diminué depuis une quinzaine d’années”, argumente Terra Nova, chiffres à l’appui.

Le think tank en profite pour essayer de battre en brèche l’une des idées martelées par François Fillon au gré de ses interviews. L’argument selon lequel supprimer 500 000 postes d’agents publics conduirait simplement à revenir à la situation du début des années 2000 –époque où “le pays n’était pas sous-administré”, selon une antienne de l’ancien Premier ministre – “trouve vite ses limites”, juge Terra Nova, en rappelant que la population a augmenté depuis de 3,8 millions d’individus, “autant de nouveaux venus qu’il faut éduquer, protéger, soigner, etc.”

Les collectivités dans le viseur

En rapportant le nombre d’agents publics à la population, la France se situe “certes dans la partie haute du tableau des pays l’OCDE, mais pas en tête”. Avec 86 agents publics pour 1 000 habitants, elle pointe assez loin derrière les pays nordiques, en particulier, analyse Terra Nova. Le think tank reproche surtout au candidat LR de ne pas proportionner correctement les efforts et de “faire porter la plus large partie du chapeau à la fonction publique d’État”.

“S’il reste assurément des gisements de productivité dans le champ de l’action publique, force est de constater que l’État a déjà réalisé des gains de productivité significatifs ces dix ou quinze dernières années”, poursuivent les auteurs de la note en observant que les coûts de fonctionnement pesaient 38,3 % des dépenses totales de l’État et des établissements publics en 2000, contre 34,3 % en 2015.

La hausse des effectifs de l’hospitalière – entre 0,9 et 1,2 million d’agents supplémentaires entre 2000 et 2015 – aurait, elle, été tirée par la structure démographique du pays : le vieillissement de la population entraîne en effet une augmentation structurelle des besoins et des dépenses de santé. La territoriale n’a pas autant d’excuses pour Terra Nova, qui juge que les transferts de compétences de l’État vers les collectivités n’expliquent pas tout de la hausse de leurs dépenses, pointant “une gestion peu exemplaire des deniers publics”.

Le candidat directement ciblé

Terra Nova trouve là son principal angle d’attaque du projet de François Fillon. “Dans ces conditions, analyse le think tank, il est difficile de comprendre la stratégie du candidat Fillon qui consiste à demander davantage d’efforts à la fonction publique d’État qui en a déjà fait beaucoup, et finalement très peu à la fonction publique territoriale qui est pourtant responsable d’une bonne partie des dérives constatées.”

Et la fondation d’attaquer frontalement François Fillon : “À dire vrai, tout semble fait ici pour ne pas froisser les bataillons d’élus locaux Les Républicains dont le constant lobbying contre une révision à la baisse des dotations générales de fonctionnement – notamment durant le quinquennat écoulé – a manifestement porté ses fruits.” In fine, la fondation assène :  “François Fillon, qui s’est souvent peint en candidat du courage, est ici avant tout le candidat de ses clientèles politiques.”

Alors que les missions régaliennes seront probablement épargnées au sein de l’État, Terra Nova redoute que les secteurs les plus lourds en effectifs – parmi lesquels l’éducation nationale qui pèse, à elle seule, un quart du budget de l’État et 44 % de ses agents – ne soient particulièrement ciblés.