Quantcast

La Grèce s’attaque aux bakchichs dans le domaine médical

20 avr. 2017, PAR Acteurs Publics
  • 02
    MIN
  • 0

LODI FRANCK/SIPA

Le ministre grec de la Santé lance une plate-forme sur Internet où les patients pourront dénoncer les dessous-de-table donnés aux médecins et déposer des plaintes. C’est une première venant d’un gouvernement grec.


Tolérance zéro envers les dessous-de-table. En annonçant la création d’une plate-forme électronique anticorruption la semaine dernière – une information relayée par le site Euractiv.com – le ministre grec de la Santé, Andréas Ksanthos, a décidé de s’attaquer au phénomène des bakchichs dans le domaine de la santé. Selon une pratique courante, les patients, quelques jours avant de subir une intervention chirurgicale ou d’aller passer un séjour dans un hôpital public, remettent des enveloppes remplies d’argent à leur médecin pour recevoir les meilleurs soins possibles.

C’est la première fois qu’un gouvernement se penche sur ce système de “l’enveloppe”, un “phénomène qui a toujours existé mais (qui) s’est amplifié pendant la crise économique”, a indiqué le ministre. Selon une étude menée par Ioannis Kyriopoulos, professeur de l’économie de la santé à l’École nationale de la santé publique, les dessous-de-table donnés aux médecins dans les secteurs public et privé ont augmenté de 300 millions d’euros depuis le début de la crise financière, entre 2009 et 2014.

Organisme de surveillance ad hoc

Le gouvernement se dit conscient “de cette situation inacceptable qui nuit à la dignité du système de santé et aux droits du patient”. La plate-forme annoncée par le gouvernement Syriza permettra aux patients de dénoncer ces pratiques et de déposer des plaintes qui seront examinées par un organisme de surveillance créé ad hoc. Un site similaire avait été créé en 2012 par un étudiant mais n’avait reçu que quelques dizaines de témoignages.

Le ministre de la santé a insisté sur le fait que le gouvernement ferait preuve d’une tolérance zéro et entendait instaurer une nouvelle culture, “un autre style de système de santé, afin de convaincre les patients qu’ils peuvent recevoir des services avec dignité, sans devoir verser un centime supplémentaire aux médecins qui s’occupent d’eux”.

Hasard du calendrier ? La semaine dernière, le Parlement grec a voté la mise en place d’une  commission d’enquête sur des scandales de corruption dans le domaine de la santé qui se sont produits entre 1997 et 2014. Selon les calculs du gouvernement, un total de 85 milliards d’euros aurait été surfacturé durant près de vingt ans par des entreprises médicales aux hôpitaux publics grecs en matériels et services. Un gigantesque réseau qui pourrait impliquer des dizaines de personnalités politiques des partis au pouvoir durant ces périodes.

Jean-Bernard Gallois