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Etalab veut remettre à plat, au grand jour, le système Admission post-bac

21 avr. 2017, PAR Soazig Le Nevé
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© Sébastien Salom-Gomis/SIPA

L’ouverture du code source de la plate-forme d’affectation des bacheliers peut permettre d’améliorer le système lui-même et contribuer ainsi à lutter contre le sentiment de défiance qui s’est instauré parmi les lycéens, affirme la mission Etalab dans un rapport publié le 21 avril.


Ils ont soulevé le couvercle, se sont penchés sur la marmite et en ont tiré la conclusion suivante : ce qui manque à la plate-forme Admission post-bac (APB), qui régit depuis 2009 l’orientation de toute une classe d’âge, c’est de l’air frais.

Dans leur rapport remis au secrétaire d’État à l’Enseignement supérieur, Thierry Mandon, le 21 avril et dont Acteurs publics a eu copie, les experts d’Etalab en sont certains : la “petite équipe” de développeurs du service APB basée à l’Institut national polytechnique de Toulouse “pourrait bénéficier des regards extérieurs sur leurs développements, et accepter à terme des améliorations proposées par des tiers”. Une manière très diplomatique d’indiquer que les dysfonctionnements de la plate-forme sont nombreux, dus notamment à la complexification d’un système qui ne concernait, à l’origine, que l’affectation des nouveaux bacheliers dans les classes préparatoires.

Près de dix ans après sa création, APB est composé de plusieurs modules et interfaces dont 35 fichiers répartis en deux blocs : le bloc “algorithme de classement” (14 fichiers de classement des filières non sélectives, et quelques fonctions support) et le bloc “algorithme d’affectation” (21 fichiers de traitement d’affectation des candidats).

Imaginer et tester d’autres options

Si le code source n’est pas, “par nature”, immédiatement compréhensible par le grand public, la mission Etalab estime que “des tiers compétents (développeurs, chercheurs...)” peuvent s’en emparer “afin de le rendre plus intelligible et assurer ainsi un travail de médiation” auprès d’élèves en lycée qui restent parfois perplexes devant le sort que leur réserve APB.

Pour mieux convaincre les derniers récalcitrants à la communication des données d’APB, encore nombreux à l’éducation nationale, Etalab rappelle que la communication en octobre 2016 “sous la forme de document imprimé” d’une partie du code source par le ministère “a permis d’illustrer la capacité de mobilisation de ces communautés”, des développeurs l’ayant retranscrit en langage informatique et publié sur une plate-forme de partage de code (Github) en quelques heures.

Ouvrir le système APB permettrait d’imaginer et de tester d’autres options, poursuit le rapport. “Que se passerait-il par exemple si on changeait les règles concernant les licences non sélectives sous tension [comme les études en faculté de médecine ou de sport, ndlr] ? Quel impact pourrait avoir la limitation du nombre de choix possibles ?” interroge ainsi Etalab.

Effort de l’administration

Objectiver le débat sur APB, mais aussi discuter des choix qui ont présidé à la mise en œuvre de l’outil, voilà l’enjeu. Et “le ministère doit considérer cette discussion comme une opportunité pour améliorer le système en place, et non comme une remise en cause de son autorité”, s’empresse d’ajouter le rapport.

À terme, Etalab projette même une offre de nouveaux services pour les bacheliers ou les acteurs de l’éducation sur la base des données ouvertes, “par exemple des personnalisations de conseils d’orientation en fonction du profil détaillé du candidat et des statistiques récentes”. Histoire de ne pas reproduire les erreurs d’aiguillage qui conduisent des étudiants à l’échec.

Transparence, lisibilité et reddition de comptes : trois obligations désormais légales (loi pour une République numérique) qui ne seront pas réalisables “sans effort de la part de l’administration”, prévient en guise de conclusion Etalab. Un effort qui devrait pousser le ministère à reconnaître, une fois le code ouvert, que les élèves des lycées français à l’étranger bénéficient jusqu’à présent d’un traitement prioritaire dans leur demande de poursuite d’études par rapport aux élèves des lycées de l’Hexagone.

Etalab propose un hackathon sur APB à la rentrée
Pour ouvrir le code d’APB, la mission Etalab formule 10 recommandations dont voici les principales : “Publier, sans attendre une nouvelle demande de communication, le code source de la dernière version d’APB et les données non réidentifiantes associées” ; “Organiser, avec l’appui d’Etalab et au plus tard à la rentrée 2017, un événement de type hackathon à l’occasion de la publication du code source, avec pour objectif de faciliter la réutilisation du code et des données” ; “Soumettre le code source à une licence de réutilisation” (la mission Etalab invite le ministère à choisir une licence dite “permissive” permettant toute forme de réutilisation) ; “Au-delà de l’ouverture du code, prévoir à terme le passage d’Admission post-bac dans un modèle de développement ouvert aux contributions, et étudier les conditions de l’ouverture de la gouvernance du système à l’ensemble des parties prenantes” ; “Travailler sur l’anonymisation des données, en s’appuyant sur l’expertise de l’administrateur général des données et le retour d’expérience d’autres administrations (dont l’assurance maladie)” ; “Créer un ensemble de jeux de données fictives permettant de simuler et de « rejouer » le système à partir du code source qui sera publié”.