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Forte baisse de la productivité dans les administrations tunisiennes

17 mai 2017, PAR Acteurs Publics
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Le Premier ministre tunisien, Youssef Chahed - Hassene Dridi/AP/SIPA

Selon une étude récente, les fonctionnaires tunisiens travailleraient 105 jours en moyenne par an, soit huit minutes par jour. Leur baisse de rendement contraste avec l’augmentation importante du nombre des effectifs.


Les administrations tunisiennes ne travaillent pas assez. Leur rendement a gravement décliné depuis sept ans, soit depuis la chute du régime de Ben Ali. Au cours d’une audition devant la commission de législation générale de l’Assemblée des représentants du peuple (chambre basse du Parlement) dernièrement, Slim Azzabi, directeur du cabinet de la présidence de la République, a affirmé que cette productivité a chuté de 50 %. Il s’est appuyé dans son rapport sur les résultats d’une étude commandée au Centre (tunisien) de supervision des études et de développement.

Sans trop détailler les raisons de la baisse spectaculaire du rendement des administrations, Slim Azzabi a mis en exergue le poids de la bureaucratie et le manque de réactivité des responsables, surtout au niveau des régions. “L’État alloue de l’argent au développement mais ces sommes ne sont pas dépensées car certains hésitent encore à prendre les bonnes décisions”, a fait savoir le responsable de la Présidence, en précisant que les dotations consacrées aux projets de relance économique n’excédaient pas 35 % du budget des collectivités.

En matière de bureaucratie, Slim Azzabi s’est contenté de pointer du doigt un phénomène largement dénoncé mais face auquel les autorités tunisiennes semblent impuissantes. Résultat : tout le monde dans le pays dénonce la mauvaise qualité du service public dans de nombreux secteurs, comme les télécommunications, le transport, la santé, l’éducation, la formation, les services professionnels, la douane, les collectivités locales et la justice.

Complexité des démarches administratives

Pendant les mouvements sociaux qui ont secoué plusieurs villes de Tunisie en avril dernier, les manifestants étaient nombreux à protester contre les lenteurs et la complexité des démarches administratives dans les services de l’état civil, les agences de l’emploi et les caisses d’allocations familiales. Le prix exorbitant de certaines prestations a été, en outre, largement dénoncé. Dans le domaine économique, la détresse des investisseurs lève davantage le voile sur l’inefficacité des administrations publiques.

En prenant la tête du gouvernement il y a près d’un an, Youssef Chahed avait pourtant promis de réduire l’ampleur de la bureaucratie, en mettant en place une série de garde-fous réglementaires. Le cabinet précédant s’était engagé, quant à lui, à créer une agence de lutte contre ce fléau. Mais rien n’a été fait, en dépit des injonctions répétées du Fonds monétaire international (FMI). Liée à la Tunisie par un prêt de 2,6 milliards d’euros, cette institution a demandé expressément au gouvernement de faire sauter les verrous administratifs qui bloquent l’activité économique.

Réduction de la masse salariale

Sur un autre registre, elle recommande vivement la réduction de la masse salariale dans la fonction publique, où l’on compte un peu plus de 800 000 agents. Le nombre des fonctionnaires a explosé après la chute de l’ancien régime, grâce à des recrutements massifs et irréfléchis. Aujourd’hui, les administrations sont encombrées par des personnels sous-qualifiés et sans expérience. La plupart ont été affectés à des postes subalternes de guichetiers, de chauffeurs et de factotums. Selon des statistiques, le nombre de fonctionnaires par habitant en Tunisie (56 pour 1 000) est beaucoup plus important que la moyenne mondiale.

En revanche, leur assiduité est très discutable. Une étude réalisée par l’Institut tunisien de la compétitivité et des études quantitatives a révélé que les fonctionnaires travaillent en moyenne 105 jours par an, soit 8 minutes par jour. Pour lutter contre l’absentéisme, les pouvoirs locaux ont tenté jusque-là plusieurs remèdes.

L’ex-ministre de la Gouvernance et de la Fonction publique Kamel Ayadi avait mis en place une série de mesures, comme l’installation de pointeuses à l’entrée des administrations et l’organisation d’opérations de contrôle. L’ONG I Watch avait également lancé une campagne il y a un an, demandant aux internautes de poster des photos et des vidéos d’administrations désertées par leurs employés en dehors des horaires de travail légaux.

Samia Lokmane-Khelil