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Marylise Lebranchu : “La fonction publique devient une variable d’ajustement avec ce gouvernement !”

18 mai 2017, PAR Sylvain Henry
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Pour l’ancienne ministre de la Fonction publique, de la Décentralisation et de la Réforme de l’État de François Hollande (de 2012 à 2016), supprimer l’intitulé “Fonction publique” des portefeuilles gouvernementaux est un signal négatif adressé aux agents publics. 


La “Fonction publique” disparaît des appellations gouvernementales. Qu’en pensez-vous ?
C’est un signe négatif adressé à nos fonctionnaires. Rattacher ainsi la fonction publique aux comptes publics [au sein du ministère de l’Action et des Comptes publics, ndlr] donne l’impression que la fonction publique devient une variable d’ajustement budgétaire. D’autant plus que cela correspond à la vision du ministre en charge [Gérald Darmanin, ndlr], issu d’une droite dite dure, qui voulait supprimer plusieurs centaines de milliers de postes d’agents publics. Les fonctionnaires et leurs organisations syndicales ont l’habitude de négocier avec leur ministre sur les carrières, les parcours professionnels, les évolutions du secteur public ou les passerelles entre les trois versants du secteur public. Des enjeux qui vont perdurer. J’avais initié un travail qu’Annick Girardin a poursuivi sur la définition de ce qu’est un fonctionnaire, ce qu’il représente en matière de loyauté, d’impartialité ou de laïcité. Supprimer l’appellation “Fonction publique” donne l’impression que ce travail ne sera pas poursuivi.

Mais la fonction publique ne se conçoit-elle pas également en termes d’enjeux budgétaires ?
C’est une vieille habitude que de présenter les fonctionnaires seulement comme une variable d’ajustement. C’est pour eux un manque de reconnaissance, cela les dévalorise. Les territoires ruraux votent davantage que les territoires urbains pour le Front national justement parce que, dit-on, ils vivent un abandon des services et des effectifs publics. Je parcours souvent les marchés dans des petites villes, où l’on me dit qu’il ne se passe plus rien, que les personnes âgées ne sont plus accompagnées, que les services publics reculent. Cette appréciation budgétaire de la fonction publique ne peut qu’aggraver cette situation. Notre Président, Emmanuel Macron, dit vouloir supprimer 120 000 postes. Il devra dire dans quels secteurs et à quel moment. Cela impactera forcément la présence des services publics dans les territoires.

La réforme de l’État revient également dans le giron de Bercy. Était-ce souhaitable ?
C’est la même chose que pour la fonction publique : la réforme de l’État devient un facteur d’économie budgétaire et non plus de recherche d’efficacité. Nous avons lancé, avec Manuel Valls notamment, un travail pour un État plus déconcentré, avec des services de proximité, une présence plus marquée dans les départements. Là encore, cette démarche risque d’être remise en cause.

Vous aviez assumé en 2012 un portefeuille qui liait décentralisation, réforme de l’État et fonction publique. Ce triptyque n’existe plus…
C’était très cohérent parce que cela permettait un lien plus fort dans les territoires entre services de l’État, administrations territoriales et services de santé. Nous faisions travailler ensemble préfets, élus locaux et directeurs d’hôpital dans une vision commune des territoires avec une recherche d’efficacité partagée. Remettre ce lien en cause me semble regrettable, mais attendons de voir comment les nouveaux équilibres ministériels vont concrètement se mettre en place. La question première doit être : quels services publics voulons-nous ?

Faudra-t-il, peut-être après les élections législatives, instaurer un secrétaire d’État à la Fonction publique ou un secrétaire d’État à la Réforme de l’État ?
Ce n’est pas à moi de le dire. J’avais, en 2012, un portefeuille très lourd parce que je tenais à présider personnellement les conseils supérieurs de la fonction publique pour entendre “en direct” les propos des syndicats. Cette proximité me semblait être positivement perçue et produisait des résultats. Les fonctionnaires faisaient remonter des propositions de simplification, de rationalisation et de mutualisation. J’espère que cette relation perdurera.