Quantcast

Les hôpitaux britanniques subissent déjà le Brexit

23 juin 2017, PAR Acteurs Publics
  • 02
    MIN
  • 0

Manifestation en faveur du Système national de santé britannique (NHS) , à Londres, le 4 mars 2017. - © KONRAD K./SIPA

Le nombre d’infirmières européennes postulant dans les hôpitaux du Royaume-Uni est en chute de 90 % depuis le vote sur le Brexit, en juin 2016. Un phénomène dû aux incertitudes concernant le sort des Européens travaillant dans les îles britanniques. Mais le manque à gagner de 30 000 infirmières s’explique aussi par les coupes budgétaires dans les hôpitaux depuis cinq ans.


Les négociations pour le Brexit se sont ouvertes le 19 juin dernier, mais la santé publique britannique subit déjà les conséquences de la probable sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne en mars 2019. Médecins, garde-malades ou infirmières… Tous métiers confondus, les Européens occupent 57 000 postes dans le système médical national sur un total de 1,2 million de personnes. Près d’un médecin sur 10 est originaire de l’Union européenne ainsi que 7 % des infirmières, selon les chiffres officiels. 

“Le Brexit aurait un impact énorme sur la santé au Royaume-Uni et sur l’avenir de notre service de santé national”, avait prévenu Glennis Willmott, eurodéputée du groupe des Socialistes et démocrates en avril 2016. Les premiers effets se sont fait ressentir quelques semaines après le vote. Les infirmières originaires des 27 États membres européens n’étaient plus que 344 à postuler dans le système de santé en septembre 2016, contre 1 304 deux mois plus tôt. Un an plus tard, les candidatures ont chuté de 96 %, avec seulement 46 infirmières européennes arrivées au Royaume-Uni en avril dernier.

Ce très faible nombre est dû à l’incertitude que font peser les négociations sur le Brexit. Subissant depuis un an une défiance croissante de la part des Britanniques, les quelque 3 millions d’Européens vivant au Royaume-Uni ignorent quel sera leur avenir. La Première ministre, Theresa May, a fait savoir que leurs droits seront garantis à condition que ceux du 1,2 million de Britanniques expatriés le soient aussi. Mais la situation est loin d’être claire et les détails de cette question prioritaire pour les deux parties ne seront pas connus avant des mois.

Des années de coupes budgétaires

C’est la crise la plus grave depuis vingt ans, reconnaît le gouvernement britannique, qui avait vu le nombre d’infirmières d’origine européenne passer de 10 000 à 38 000 entre 2010 et 2016. Aujourd’hui, près de 30 000 postes d’infirmiers ne sont pas pourvus, selon le Royal College of Nursing. 

Anita Charlesworth, directrice de la recherche à la Health Foundation, estime que cette chute ne s’explique pas seulement par le phénomène Brexit, mais aussi par “des années de planning à court terme et de coupes budgétaires dans les formations en écoles d’infirmières”, estimées à 10 % des financements depuis cinq ans. Ces établissements ne sont pas en capacité de former davantage de professionnels. Et pour la rentrée 2017, les postulants ne se précipitent pas : le gouvernement britannique a annoncé que les candidatures étaient en chute de 23 %.

D’ores et déjà, le Pays de Galles vient de lancer une campagne pour recruter des infirmières en Europe, en Chine, en Afrique et en Inde. Le ministère de la Santé promet de prendre en charge les quelque 10 000 euros de frais de scolarité. Si des mesures radicales ne sont pas prises à court terme, le département de la Santé britannique a estimé, en avril dernier, que le manque à gagner pourrait être de 42 000 infirmières d’ici 2026.

Jean-Bernard Gallois