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L’Institut Montaigne veut connecter les universités au numérique

4 juil. 2017, PAR Soazig Le Nevé
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XAVIER VILA/SIPA

Le think tank libéral voit le numérique à la fois comme outil de meilleure gestion des universités et comme savoir fondamental à délivrer aux étudiants, à intégrer de manière systématique. Une vision optimiste, qui tient peu compte de la réalité financière des universités françaises.


Faute de formation adaptée, près de 800 000 postes ne seront pas pourvus dans le secteur des TIC dans l’Union européenne en 2020. Partant de ce constat, l’Institut Montaigne en appelle à un électrochoc, dans un rapport publié le 28 juin, convaincu que les universités “peuvent tirer parti des potentialités du numérique pour accroître la qualité de leurs modèles pédagogiques, favoriser l’insertion professionnelle des étudiants et renforcer l’attractivité de nos établissements, en France et à l’étranger”.

Les universités “ne se focalisent plus tant sur la maîtrise de compétences propres à un emploi que sur la capacité à anticiper les mutations de la société, à développer un esprit critique et créatif”, écrivent les auteurs. En conséquence, “les étudiants ne doivent plus tant apprendre « qu’apprendre à apprendre » et être prêts à compléter leur formation tout au long de leur cursus professionnel et de leur vie”.

Parachever l’autonomisation des universités

Et dans ce changement de paradigme, le numérique est la clé. L’Institut Montaigne le perçoit en effet à la fois “comme outil de rationalisation et de meilleure gestion de nos établissements, mais également comme savoir fondamental à délivrer aux étudiants, [qui] doit être intégré de manière systématique aux réformes de notre système d’enseignement supérieur”.

Des réformes structurelles des systèmes de formation, initiale et continue, sont donc nécessaires. Et celles-ci “ne pourront s’entreprendre sans que ne soit parachevée l’autonomisation de nos universités, indispensable à la mutation et à la modernisation des établissements”, affirme le libéral Institut Montaigne. Elles devront, en outre, intégrer une approche européenne, dans le cadre d’une relance du processus de Bologne. Lancé en 1998, celui-ci vise à rapprocher les systèmes d’études supérieures européens d’enseignement.

Simplification administrative

Parmi les 10 propositions du rapport : une maîtrise accrue des données propres à chaque université, le développement des bons outils de pilotage, mais aussi le basculement dans l’innovation ouverte, notamment par la poursuite de la modernisation et de la numérisation des bibliothèques – un vaste et onéreux chantier.

Cette évolution, souligne le think tank, “requiert un investissement non négligeable dans les systèmes d’information et leur interconnexion”. D’ailleurs, l’Institut Montaigne recommande une révision des prochaines vagues de contractualisation des universités et des communautés d’universités et d’établissements (Comue) “pour aboutir à une simplification administrative de la tutelle des établissements d’enseignement supérieur et de recherche”.

Universités en faillite

Pas sûr, cependant, que l’heure soit vraiment aux grandes réformes, alors que 15 des 70 universités françaises connaissent, selon la Cour des comptes, “une situation financière très dégradée”. Depuis leur passage à l’autonomie, décidé en 2007 avec la loi Pécresse (LRU), une majorité d’établissements souffrent d’un manque de moyens chronique.

Ainsi, l’université de Bourgogne, qui a décidé de supprimer des heures de cours. Ou celle de Grenoble-Alpes, qui va geler des postes. Au total, 40 000 étudiants supplémentaires sont attendus à la rentrée prochaine dans l’enseignement supérieur… Une situation quasi insoutenable pour de nombreux établissements publics.