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Classement OCDE : la France toujours championne des dépenses publiques

13 juil. 2017, PAR Bastien Scordia
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© Denis Closon/Isopix/SIPA

Pour accroître l’efficacité de l’action publique et motiver les agents, les administrations doivent travailler sur le leadership des managers et pas uniquement sur la rémunération à la performance, estime l’Organisation de coopération et de développement économiques dans sa nouvelle édition du “Panorama des administrations publiques”. La France a les dépenses publiques les plus élevées parmi les 35 pays de l’OCDE.


La sentence est toujours la même pour la France : l’État bat des records en matière de dépenses publiques. Après l’audit alarmiste de la Cour des comptes, c’est désormais au tour de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) d’en pointer le niveau élevé. En 2016, la part des dépenses publiques atteignait ainsi 56 % du PIB en France, plaçant notre pays en tête du classement établi par l’organisation internationale dans son édition 2017 du “Panorama des administrations publiques”, publiée jeudi 13 juillet.

À l’échelle des 35 pays membres de l’OCDE, le niveau de dépenses publiques rapporté au PIB était, en moyenne, de 41 %. Il atteignait 44 % en Allemagne, près de 38 % aux États-Unis et un peu plus d’un quart du PIB au Mexique. Hormis en 2015 où la Finlande l’a légèrement dépassée – de 0,4 % – pour se fixer à 57 %, la France mène ce palmarès depuis 2007. Il y a dix ans, la part des dépenses publiques dans le PIB français était de 52,2 %.

Pour y remédier et rendre l’action publique plus efficace, l’OCDE préconise d’actionner le levier de la gestion des ressources humaines axé sur la performance et sur une “attention particulière à la motivation des agents”. Et ce bien au-delà de la seule recherche d’économiques drastiques, de coupes budgétaires ou de suppressions de postes dans le secteur public.

Agir sur la motivation des agents

Ce que l’on regarde, ce n’est pas forcément la quantité mais la qualité”, estime Cristina Mendes, analyste à la division de la réforme du secteur public de l’OCDE. “La qualité d’une fonction publique ne pourra pas dépasser la qualité de ses employés, poursuit Guillaume Lafortune, économiste au sein de la même direction et corédacteur du panorama de l’organisation. C’est pourquoi, dans le contexte actuel de recherches d’économies, il est primordial de se pencher sur la question de la motivation des agents du secteur public”.

Selon l’OCDE, qui se base sur des recherches effectuées dans le secteur privé, la stimulation de la motivation des agents publics permet à la fois d’améliorer leur performance et donc d’obtenir des gains d’efficience, mais aussi d’accroître la qualité des services publics et implicitement, la satisfaction et la confiance des citoyens à leur égard.

Sur ce dernier point, la France n’est pourtant pas en reste. La satisfaction des Français à l’égard des services publics et institutions est “au-dessus” de la moyenne de l’OCDE, mais la réactivité de certains services “pourrait être améliorée”, tient à préciser l’organisation. Les Français sont 78 % à se déclarer satisfaits, notamment, du système de santé, contre 70 % en moyenne sur l’ensemble des pays membres de l’OCDE. Des proportions “à analyser au regard de la dépense publique”, précise Guillaume Lafortune. “C’est évident, plus on dépense, plus on a des résultats”, ajoute-t-il.

D’autres leviers que la rémunération au mérite

Quels sont donc les leviers que les administrations publiques doivent actionner pour motiver leurs agents publics ? L’OCDE est catégorique : la rémunération à la performance, parfois dite au mérite, n’est pas la “plus importante”. “Dans plusieurs pays, notamment Irlande, nous avons vu que la rémunération à la performance n’allait pas forcément motiver les fonctionnaires”, indique Cristina Mendes, et ce d’autant plus que le recours à cette dernière s’est fortement limité depuis la crise économique de 2008. Pour le seul cas de la France, l’ampleur du recours à la rémunération liée à la performance est en baisse depuis 2010 : sur une échelle de 0 (aucune utilisation) à 1 (utilisation élevée), l’indice français était supérieur à 0,8 en 2010 contre un peu plus de 0,7 en 2016.

La principale source de motivation reste d’avoir une perception positive du leadership […] par un management direct ou au niveau des organisations”, souligne Cristina Mendes. D’autres leviers d’action sont aussi mentionnés par l’OCDE, tirés pour la plupart d’enseignements anglo-saxons : l’accès à des opportunités de formation, de développement de compétences, de mobilité ; le sentiment de faire un travail qui compte et de se sentir soutenu ; la reconnaissance d’une “bonne performance” ou encore un bon équilibre entre la vie professionnelle et la vie personnelle.

Mais avant d’engager toute réforme dans la gestion des ressources humaines, il faut encore connaître l’avis des fonctionnaires eux-mêmes sur l’état actuel de ces facteurs de motivation au sein des administrations publiques. Dans ce domaine, la France accuse un sérieux retard par rapport aux pays anglo-saxons, selon les données de l’OCDE. Ainsi, les enquêtes menées auprès du personnel en 2016 dans les administrations françaises n’évaluaient pas l’implication du personnel, l’adéquation des compétences des agents au regard de leur emploi ni l’équilibre entre la vie privée et professionnelle.

La part de l’emploi public en France n’est pas la plus importante de l’OCDE
L’emploi public en France est jugé “important” par l’organisation, mais il reste en deçà des niveaux atteints dans d’autres pays de l’OCDE, notamment les pays nordiques. En 2015, l’emploi dans les administrations publiques toutes confondues (État, collectivités, santé) représentait ainsi 21,4 % de l’emploi total en France, contre 30 % en Norvège, 29,1 % au Danemark et 18,1 % en moyenne dans l’OCDE.