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Le ministère de l’Enseignement supérieur prié de s’intéresser aux classements internationaux

23 août 2017, PAR Soazig Le Nevé
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Un rapport conjoint des inspections générales des Finances et de la Recherche enjoint au ministère de l’Enseignement supérieur de se préoccuper davantage des classements internationaux, où les universités françaises sont loin de briller.


Le ton est diplomatique mais l’intention est ferme : il est grand temps que le ministère de l’Enseignement supérieur ouvre les yeux sur la place peu glorieuse des universités françaises dans les classements internationaux. Conjointement, l’inspection générale des Finances (IGF) et l’inspection générale de l’Administration de l’éducation nationale et de la recherche (IGAENR) s’emploient donc à tracer la voie, dans un rapport publié fort à propos quelques jours après la sortie du classement de Shangaï, le 15 août.

Dans ce classement considéré comme le plus influent, et où dominent les facultés américaines, la première université française (Pierre et Marie Curie Paris-VI) n’arrive qu’en 40e position. Et seuls 20 établissements tricolores figurent dans le top 500. Ce que confirme la mission d’inspection générale : “Les établissements d’enseignement supérieur français représentent 4 à 4,4 % des établissements qui apparaissent dans les 500 premiers des classements internationaux.”

Épais brouillard

Un poids plume qui reste néanmoins légèrement supérieur au poids des publications scientifiques françaises dans les publications mondiales en 2013 (3,30 %)… Un épais brouillard empêcherait donc notre enseignement supérieur et notre recherche de percer sur la scène internationale.

Toujours dans le classement de Shangaï, les établissements d’enseignement supérieur français sont moins bien placés que ceux des principaux pays comparables. “La France représente 4,4 % des établissements classés et se situe derrière les États-Unis (27,6 %), la Chine (8,2 %), l’Allemagne (7,6 %) et le Royaume-Uni (7,4 %)”, détaille le rapport. De plus, “elle est globalement moins présente que ces mêmes pays dans la première partie du classement”. Pire, insistent les inspections générales, “au regard de plusieurs indicateurs tels que le poids démographique, le PIB national ou la part du PIB consacrée aux dépenses de R & D, la situation de la France dans ce classement est moins favorable que celle de ses principaux concurrents”.

Pourquoi ? La réponse est simple et claire : “L’État n’a jamais véritablement, sauf avec les initiatives d’excellence, encouragé la création et la montée en puissance de « champions mondiaux » dont les niveaux de ressources, le degré d’autonomie et la capacité à choisir leurs étudiants sont sans commune mesure avec ceux des établissements d’autres pays.”

Maquis de classements

Pas d’emballement pour autant : la réponse aux classements ne peut pas s’appuyer sur “une uniformisation des critères d’évaluation d’établissements souvent différents” ni sur “une trop grande standardisation des outils de structuration du système d’enseignement supérieur et de recherche”.

D’autant que tous ces palmarès ne se valent pas. Ainsi, le classement de Shangaï, qui se caractérise par la stabilité et la transparence de ses méthodes, est “utile” pour évaluer la réussite des programmes d’excellence mis en place dans plusieurs pays, tandis que les classements de Leiden et Webometrics sont “bien adaptés à une réflexion stratégique scientifique construite par les établissements d’un site”, décrit le rapport.

En revanche, les classements de THE et QS permettent de mettre en valeur la diversité des points forts des différents établissements d’un site, “mais ils présentent l’inconvénient de reposer sur des données dont la qualité n’est pas vérifiable”. Idem pour le U-Multirank, qui “souffre encore d’un décalage entre la pertinence et l’intérêt du projet annoncé et les insuffisances de l’outil”.

Dialogue de gestion

Dans ce maquis, les établissements d’enseignement supérieur attendent de l’État qu’il se saisisse de la problématique des classements, qu’il “pilote le développement d’une ingénierie qui leur soit dédiée”, qu’il “soutienne une politique d’influence relative aux classements et prenne davantage en compte ces derniers dans le dialogue de gestion et la politique contractuelle”. Sur cette base, la mission préconise que le ministère “intègre les classements internationaux dans le dialogue contractuel qu’il mène avec les sites et les établissements d’enseignement supérieur”.

Les inspecteurs généraux encouragent également le ministère à développer la production d’analyses statistiques permettant aux établissements de construire leurs propres indicateurs comparatifs. Une base de données qui serait “largement ouverte aux chercheurs” pour nourrir les réflexions sur l’organisation, le fonctionnement et les instruments de pilotage des universités et de la recherche. De quoi dissiper un peu le brouillard ambiant.