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Cédric Villani appelé à éclairer le débat sur l’intelligence artificielle

4 sept. 2017, PAR Soazig Le Nevé
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IBO/SIPA

Le député-mathématicien prend la tête d’une mission d’information et devra imaginer “une stratégie pour les prochaines années”. Une réflexion de plus, alors que François Hollande avait déjà initié une “stratégie France IA” il y a moins de six mois.


Ce sera sa toute première mission d’information en tant que député : Cédric Villani (LREM) vient de se voir confier une réflexion sur l’intelligence artificielle par le secrétaire d’État au Numérique, Mounir Mahjoubi. Dans Le Journal du dimanche du 3 septembre, le ministre précise qu’il veut “proposer une stratégie pour les prochaines années, définir si un débat national doit être mené et sur quels sujets”. Et d’ajouter que “si on prive les Français d’une réflexion sur le sujet, il y aura un déni de démocratie”.

“L’intelligence artificielle, c’est l’une des transformations les plus majeures, les plus radicales, de ces dix prochaines années, soutient Mounir Mahjoubi. Les États qui arriveront à maîtriser ces technologies auront un avantage pour le siècle à venir.” Car c’est “un nouveau monde qui arrive” que les Français doivent “se préparer à penser”. À Cédric Villani donc de les guider et d’initier s’il le faut un ou plusieurs débats nationaux sur les enjeux de l’intelligence artificielle (IA) qui, de la protection des données personnelles à la concurrence des robots sur l’Homme, alimentent la chronique.

Quel rôle pour le CNNum ?

Si le secrétaire d’État au Numérique a choisi Cédric Villani, c’est pour “sa méthode de travail, du fait de son métier de mathématicien, assez hétérodoxe et complète”. “J’avais besoin de trouver un partenaire qui pense différemment qu’au gouvernement”, a-t-il expliqué au JDD. Le mathématicien, lauréat de la médaille Fields en 2010, a trois mois pour rendre ses recommandations.

Des compliments que certains pourraient avaler un peu de travers. Notamment au sein du Conseil national du numérique (CCNum) qui, selon nos informations, avait lui aussi été “casté” pour mener la mission. Sans être retenu comme chef de file par un Mounir Mahjoubi pourtant ancien président de l’instance jusqu’en janvier dernier… Deux rapporteurs issus du CNNum devraient cependant joindre leurs forces à celles de Cédric Villani.

Il y a moins de six mois, l’ancien chef de l’État, François Hollande, s’était déjà vu remettre une “stratégie France IA” [lire notre article], fruit du travail de pas moins de 559 contributeurs. Le rapport de synthèse appelait notamment à “mettre en place dans la durée une politique de soutien à la recherche amont en matière d’intelligence artificielle, qui viendra[it] favoriser le transfert des résultats vers l’industrie”.

Domination de la recherche privée américaine

En mai 2017, l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques, remettait lui aussi ses travaux. Le député Claude de Ganay et la sénatrice Dominique Gillot, rapporteurs de cette mission, estimaient que la “stratégie France IA” était “un plan qui arrive trop tard”, ne pouvant être intégré dans les stratégies nationales de la recherche à dix ans ni dans le livre blanc de l’enseignement supérieur et de la recherche.

Pas en retard mais pas en avance non plus : dans le domaine de l’intelligence artificielle, la France – et l’Europe – ont donc encore beaucoup à prouver, face à la place prépondérance de la recherche privée, dominée par les entreprises américaines “et, potentiellement, chinoises”, prévenait l’office parlementaire.