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Les fonctionnaires représentent 60 % des salaires versés en Algérie

14 sept. 2017, PAR Bruno Botella
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ALLILI MOURAD/SIPA

Les mesures de reclassement des personnels ainsi que les augmentations de salaires ont dopé le volume des rémunérations. Deux tiers du budget de fonctionnement de l’État servent à payer les agents de la fonction publique. 


Le chiffre est étourdissant. En 2016, 3 085,5 milliards de dinars (soit l’équivalent de 25 milliards d’euros) ont été alloués par l’État algérien au règlement des salaires des fonctionnaires. Dans une étude très exhaustive rendue publique récemment, l’Office national (algérien) des statistiques (ONS) révèle que le montant des rémunérations dans l’administration a augmenté d’environ 25 % depuis 2011 et représente plus de 59 % du volume global des salaires versés dans le pays. À titre de comparaison, la somme réservée au paiement des travailleurs du secteur économique hors agriculture est largement moins importante. Elle constitue 35,9 % de l’ensemble des salaires. Dans l’agriculture, cette part est dérisoire et ne dépasse pas 5,1 % du volume global des émoluments versés par l’État.

Déjà réputée comme budgétivore, l’administration algérienne confirme, à travers cette répartition très déséquilibrée des salaires, sa propension à engloutir des dépenses de fonctionnement colossales pour un rendement très discutable. L’État est accusé, dans ce domaine, de financer la bureaucratie au lieu de se servir de ses ressources pour le développement du secteur économique créateur de richesses et l’amélioration du bien-être de la population.

Dans certains départements ministériels stratégiques, les budgets de fonctionnement sont quasiment entièrement consacrés au règlement des salaires. La ministre de l’Éducation, Nouria Benghebrit, vient de rappeler à cet égard que 85 % des ressources de son département servent à payer l’ensemble des effectifs. Elle a apporté cette précision au moment où une grève des syndicats enseignants se profile à l’horizon et alors qu’une polémique enfle sur les déficits du secteur en matière d’équipements et d’encadrement.

L’éducation et la santé recrutent encore

À l’inverse de la majorité des autres secteurs de la fonction publique, l’éducation nationale a pourtant obtenu – avec le ministère de la Santé – l’autorisation de continuer à recruter des enseignants. À la fin de l’année 2014, la chute du prix des hydrocarbures (principale ressource financière du pays) avait amené les autorités algériennes à geler les embauches dans l’administration. Sur les recommandations des institutions monétaires internationales, l’État avait même envisagé de dégraisser les effectifs de la fonction publique. En 2015, l’ex-ministre du Travail, de l’Emploi et de la Sécurité sociale, Mohamed El Ghazi, avait annoncé l’intention de l’État de se séparer d’1 million de fonctionnaires. Mais ce projet n’a jamais été mis à exécution.

Officiellement, l’Algérie compte 2 millions d’agents de la fonction publique (1 608 964 permanents et 411 208 contractuels). À ces chiffres arrêtés en 2015, il faut néanmoins rajouter les quelques dizaines de milliers de recrues de l’éducation nationale. Le ministère de la Santé s’apprête lui aussi à embaucher du personnel paramédical pour pallier le manque des effectifs dans les hôpitaux.

La police a également annoncé son intention de consolider ses rangs en rendant public un vaste programme de recrutement. Ces dernières semaines, la direction générale de la fonction publique a révélé de son côté avoir autorisé les administrations à régulariser la situation de près de 44 200 fonctionnaires qui travaillent dans le cadre des programmes d’insertion professionnelle et de préemploi. Le but étant de combler les postes laissés vacants après les départs en retraite.

À plus long terme, le gouvernement n’exclut par l’éventualité de lever le gel des recrutements des fonctionnaires afin, dit-il, de répondre aux besoins des administrations. Une perspective qui devrait faire enfler encore la masse salariale. La rémunération des fonctionnaires absorbe actuellement deux tiers du budget de fonctionnement de l’État.

Samia Lokmane-Khelil