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L’Algérie remet en route la planche à billets pour payer ses fonctionnaires

3 oct. 2017, PAR Acteurs Publics
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Le Premier ministre algérien, Ahmed Ouyahia - Sidali Djarboub/AP/SIPA

Le gouvernement algérien a clairement annoncé son intention de recourir à cette solution pour renflouer les caisses de l’État. Sans cela, les administrations seraient incapables, dès novembre prochain, de payer leurs effectifs.


“Le choix du financement interne non conventionnel est un impératif et non une option.” Le Premier ministre algérien, Ahmed Ouyahia, a livré récemment aux députés et aux sénateurs sa solution pour régler les salaires des agents publics alors que le défaut de paiement se profilait à l’horizon.

 

Pour convaincre les parlementaires, le chef du gouvernement a indiqué que l’État s’apprêtait à redémarrer la planche à billets. “Sans cette solution, nous n’aurons pas de quoi payer les fonctionnaires des novembre prochain”, a annoncé par ailleurs Ahmed Ouyahia, indiquant que les caisses de l’État étaient terriblement déficitaires.

 

Si tout le monde savait, en Algérie, que l’économie allait mal, peu imaginaient une situation aussi grave. Pour enfoncer le clou, le ministre des Finances, Abderahmane Raouya, a révélé que les réserves de change allaient chuter de 14 milliards d’euros entre 2016 et 2017. Avant la baisse du cours des hydrocarbures, principale ressource financière du pays, ce matelas de devises avait atteint le niveau faramineux de 174 milliards d’euros. Il aura fondu à 86 milliards d’euros d’ici la fin de l’année.

 

34 milliards d’euros de masse salariale

 

Globalement, la masse salariale dans la fonction publique est évaluée à 34 milliards d’euros pour un total de 2,5 millions de fonctionnaires. Malgré le gel des recrutements dans plusieurs administrations pour cause d’austérité ces dernières années, la part du budget alloué au règlement des salaires n’a pas cessé de progresser. Le relèvement du montant du salaire minimum ainsi que les embauches exceptionnelles dans l’éducation nationale et la santé ont lourdement fait pencher la balance du mauvais côté.

 

Aujourd’hui encore, en dépit d’une conjoncture qu’il reconnait lui-même comme étant compliquée, le gouvernement refuse d’opérer les coupes nécessaires et de prendre des mesures qui fâchent. Il tient à ce sujet, d’ailleurs, un discours très ambivalent. D’un côté, le Premier ministre affirme vouloir “adresser un message réaliste” aux Algériens en leur décrivant “la situation infernale” des comptes publics. D’un autre côté, il les assure que rien ne va changer. Pour preuve, l’État ne compte pas, du moins pour le moment, réduire ses dépenses. Une baisse du montant des transferts sociaux n’est pas envisagée non plus.

Aspirant de toute évidence à acheter la paix sociale en perspective de l’élection présidentielle de 2019, les autorités préfèrent en fin de compte imprimer des billets pour résorber le déficit budgétaire (13,7 % en 2016), avec le risque d’aggraver le niveau de l’inflation. 

Députés soucieux de leurs privilèges

Plusieurs experts se sont d’ailleurs exprimés contre le recours à cette démarche contre-productive. “Ils sont entrain de racler les fonds de tiroirs”, a déploré l’économiste Ferhat Ait Ali dans les médias algériens. Au Parlement, les représentants de l’opposition sont montés au créneau, accusant le gouvernement de fuite en avant et d’opter pour une solution de facilité. Leurs critiques n’ont pas permis, cependant, de renverser la tendance. Une grande majorité des parlementaires, proches du pouvoir, a approuvé le choix du gouvernement de recourir à la planche à billets.

Pour les médias algériens, ce vote favorable confirme le Parlement dans son rôle de caisse d’enregistrement de l’exécutif. Des commentaires très acerbes ont ciblé les députés de la majorité plus préoccupés par leurs salaires et le maintien de leurs privilèges que par le bien-être de leurs concitoyens et par l’avenir du pays.

Il faut savoir qu’en Algérie, le montant exagéré des indemnités versées aux élus parlementaires est l’objet d’une vive controverse. Tout dernièrement, il a été révélé que les députés de l’ex-législature (achevée en mai 2017) ont perçu des primes de départ de 8 400 euros, une somme astronomique alors que le salaire minimum en Algérie est estimé à moins de 200 euros mensuels.

Samia Lokmane-Khelil